La Suisse a tiré les leçons du Platzspitz

A l'époque, le Platzspitz puis le Letten (photo) attiraient des centaines d’héroïnomanes. swissinfo.ch

Il y a dix ans, la fameuse scène ouverte du Platzspitz à Zurich disparaissait. Depuis, la politique suisse en matière de drogue a fait son chemin.

Ce contenu a été publié le 04 février 2002 - 17:43

A l'époque, le Platzspitz défrayait la chronique en attirant quotidiennement des centaines d'héroïnomanes, d'où son surnom de «Needle-Park» (le parc des aiguilles). Sa réputation avait même dépassé les frontières helvétiques, puisque de jeunes drogués venus de toute l'Europe pouvaient s'y «shooter» en toute impunité.

La place avait d'ailleurs ses défenseurs. Notamment des travailleurs sociaux et des médecins traitants. En effet, il était plus facile pour eux de procurer des aiguilles propres aux toxicomanes et de les prendre en charge en cas d'overdose.

Mais cette concentration de toxicomanes dérangeait pas mal de monde. En l'occurrence, le voisinage et certains politiciens qui craignaient pour l'image de la ville de Zurich.

Devenus indésirables les occupants du Platzspitz seront finalement chassés par les forces de l'ordre. Une intervention musclée qui marquera la fin de la scène ouverte de la drogue à Zurich.

Un soutien populaire

C'était le 4 février 1992. Mais, dix ans après, force est de constater que la Suisse a tiré les leçons de cette fameuse scène ouverte. En lançants des programmes d'aide aux toxicomanes.

Dans plusieurs villes, des locaux d'injection, d'échange de seringues, voire de distribution de méthadone ou d'héroïne ont été créés. Ils sont contrôlés par des travailleurs sociaux ou des médecins qui confirment l'évolution positive de la situation.

Mieux. Contestée au départ, la distribution de drogue sous contrôle médical finira par être acceptée. Par les Suisses du moins. Qui apporteront, en 1997, leur soutien à la politique du gouvernement en matière de drogue. Y compris à la fameuse prescription d'héroïne.

Une politique qui suscite d'ailleurs beaucoup d'intérêt à l'étranger. Les Pays-Bas et l'Australie, par exemple, s'intéressent en effet à ce programme de distribution d'héroïne.

Un travail à long terme

Au cours des dix dernières années, les cas d'infection par le virus du sida et les overdoses ont notablement diminué. Les détracteurs de cette politique aussi. Pourtant, il en existe toujours.

Ainsi le député lucernois Walter Häcki estime qu'il faut arrêter immédiatement la distribution d'héroïne sous contrôle médical. Car, pour lui, «la politique actuelle maintient les toxicomanes dans une situation de dépendance».

«Bien entendu, l'idéal c'est de vivre sans dépendance, rétorque Robert Reithauer, responsable d'un centre d'injection à Zurich. Cela dit, je suis persuadé que le programme de distribution d'héroïne aide de nombreux toxicomanes. D'autant plus qu'ils sont surveillés et conseillés par le corps médical.»

Et Robert Reithauer de conclure: «les résultats ne se calculent pas en jours ni en mois, mais en années. C'est un travail à long terme. Si j'étais sûr que les toxicomanes venaient au centre uniquement pour leur dose, je ne travaillerai plus ici.»

Imogen Foulkes

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