La Suisse veut en faire davantage

La lutte contre le sida dans les pays pauvres est une priorité pour les autorités suisses. En 2001, Berne a déboursé 17 millions à cet effet.

Ce contenu a été publié le 29 novembre 2002 - 20:13

Mais la Suisse n'est pas exempte de reproches: son industrie pharmaceutique est dans le collimateur des ONG.

Les 17 millions sont gérés par la Direction du développement et de la coopération (DDC). L'argent a été distribué à des organisations multilatérales de lutte contre le sida.

La Suisse a également contribué pour 15 millions supplémentaires au Fonds des Nations Unies contre le sida, la malaria et la tuberculose.

Mais ce n'est pas tout: dans ses objectifs 2002 - 2007, la DDC a élevé la lutte contre le sida au rang d'objectif prioritaire.

Les efforts se concentreront essentiellement sur les pays les plus pauvres d'Afrique, ainsi que sur certaines régions d'Europe de l'Est et d'Asie.

Les coopérants suisses soutiendront des programmes de prévention et tenteront d'inciter les autorités locales à empoigner le problème. Bien souvent en effet, les effets ravageurs de la maladie annulent les efforts de l'aide au développement.

Seuls les riches ont accès aux thérapies

On le sait, les thérapies qui permettent de freiner la progression du virus dans l'organisme sont hors de portée de la plupart des pays en développement.

Le drame, c'est que plus de 95% des 40 à 45 millions de personnes infectées dans le monde vivent précisément dans ces pays.

En Afrique, selon Médecins sans frontières (MSF), moins de 1% des malades qui auraient besoin de ces thérapies y ont effectivement accès.

Une réunion ministérielle tenue récemment à Sydney a permis de dégager un début de compromis pour remédier à cette situation tragique.

Les pays les plus pauvres auront désormais le droit d'importer des médicaments génériques (nettement moins chers) fabriqués dans des pays mieux lotis.

Roche montrée du doigt

En outre, l'industrie pharmaceutique s'est engagée à baisser massivement les prix de ses préparations originales lorsque celles-ci sont vendues dans les pays les plus pauvres.

Pourtant, la semaine dernière, MSF a adressé une lettre ouverte aux dirigeants du géant helvétique Roche, l'accusant de ne pas tenir cet engagement. A l'appui de son réquisitoire, l'organisation d'entraide cite des chiffres édifiants.

Une année de traitement au Nelfinavir (un des meilleurs antiviraux actuellement sur le marché) reviendrait à 8358 dollars au Guatemala et à 7110 dollars en Ukraine, contre seulement 6169 dollars en Suisse et 3130 dollars au Brésil.

Pour sa défense, Roche rappelle qu'elle n'a pas développé elle-même le Nelfinavir et qu'elle doit payer des royalties pour sa commercialisation dans les pays en développement.

«Comparer les prix ne suffit pas. Il faut également tenir compte des conditions locales des marchés, des taxes à l'importation et des différents systèmes de majoration», explique Alexandre Klauser, porte-parole de Roche.

Pour sa défense, le géant bâlois évoque également les coûts de production du médicament, qui seraient particulièrement élevés. Un argument qui ne convainc pas du tout MSF.

«On se demande vraiment pourquoi un médicament de la même famille, fabriqué par une autre compagnie, peut coûter jusqu'à cinq fois moins cher», dénonce Elisabeth Le Saout, chargée de la campagne «Médicaments essentiels» de l'organisation.

swissinfo/Etienne Strebel

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