Le peuple suisse garde les pieds sur terre

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La presse suisse de lundi se montre unanimement satisfaite du oui populaire à la reconduction et à l'extension de l'accord de libre circulation des personnes avec l'UE. Selon elle, les citoyens ont fait preuve de pragmatisme, malgré une situation économique difficile.

Ce contenu a été publié le 09 février 2009 - 08:33

Les commentateurs sont surpris par l'ampleur du oui à la libre circulation. Quelques heures avant le vote, personne n'aurait en effet pu prédire que pratiquement 60% des citoyens accepteraient l'objet qui leur était soumis.

«Tout était réuni pour que cela dérape. La crise économique, la grogne montante contre les frontaliers français et allemands, l'agacement devant les mendiants roms. Tous les malaises pouvaient s'additionner. Ça n'a pas été le cas et le soulagement est immense», note le journal populaire Le Matin.

«On craignait le pire, on a vécu le meilleur», commente pour sa part le Journal du Jura. Et le quotidien de conclure que «la victoire est d'autant plus probante qu'inattendue».

Pragmatisme et bon sens

On pouvait penser que la crise favoriserait le camp des opposants à la libre circulation des personnes. Mais au final, les analystes estiment que c'est plutôt le contraire qui s'est produit.

La Neue Zürcher Zeitung voit ainsi dans ce scrutin un refus des «expérimentations» politiques. «Dans des temps économiquement difficiles, les Suisses se sont clairement prononcés en faveur de la poursuite de la libre circulation des personnes avec leur plus grand partenaire commercial», note le grand quotidien zurichois.

Même son de cloche pour la Tribune de Genève pour qui «les Suisses ont fait preuve hier de pragmatisme et de bon sens, se refusant à céder au réflexe protectionniste et isolationniste si tentant en période de crise».

Tous les commentateurs en arrivent à la même conclusion: en acceptant la poursuite de la libre circulation et, ce faisant, des bilatérales, les Suisses ont avant tout fait preuve de réalisme et de pragmatisme. «Le peuple suisse garde les pieds sur terre, le sol fût-il enneigé», résume ainsi le quotidien fribourgeois La Liberté.

Bilatérales plébiscitées

La presse est d'avis que le vote de dimanche renforce une nouvelle fois la voie des bilatérales avec l'UE. «Les accords bilatéraux forment désormais une clef de voûte incontestée de nos relations avec l'Union européenne», remarque à ce propos le quotidien neuchâtelois L'Express.

Nombre de commentateurs soulignent au passage que ce vote conforte la position du gouvernement suisse face à Bruxelles. «Les votations populaires renforcent la position de notre petit pays dans les négociations à venir, des négociations difficiles, avec Bruxelles, car le gouvernement peut compter sur le soutien du peuple», écrit le quotidien zurichois Tages Anzeiger.

Le Bund est du même avis. Pour le quotidien bernois, «vis-à-vis de l'extérieur, la Suisse apparaît désormais comme un partenaire de négociations qui est fiable, même en temps de crise.»

Mais dans leur majorité, les analystes ne cèdent pas à l'euphorie. Ils restent en effet conscients que la voie bilatérale avec l'UE devient de plus en plus compliquée. Ainsi, pour Le Temps, ce vote survient «au moment même où la voie bilatérale commence à peser à nos partenaires de l'UE et promet d'entrer dans une période d'importantes turbulences».

Quant à la question de l'adhésion de la Suisse à l'UE, elle n'est vraiment pas d'actualité. «L'adhésion à l'Union européenne n'a pas avancé d'un pouce. Quant à la voie bilatérale, elle deviendra de plus en plus étroite alors que l'Europe, elle, s'élargit», note pour sa part la Tribune de Genève.

Une gifle pour l'UDC

Pour l'ensemble de la presse, le vote de dimanche représente un camouflet pour l'Union démocratique du centre (UDC / droite nationaliste), qui a soutenu le référendum contre la libre circulation.

Ainsi pour la Berner Zeitung, «l'UDC est la grande perdante» de ce vote. Ses revirements «lamentables» ont «agacé son aile économique et elle doit maintenant resserrer les rangs», écrit le quotidien bernois. La Südostschweiz va plus loin. Pour elle, l'UDC est en train de «perdre son latin».

En tout cas, les méthodes de l'UDC ne semblent plus faire recette. «Moutons, corbeaux, mains basanées avides... le discrédit comme politique finirait-il par lasser? Hier, il a pris une gifle retentissante», conclut le quotidien vaudois 24 heures.

swissinfo, Olivier Pauchard

Faits

59,6% des votants ont accepté la reconduction et l'extension de l'accord de libre circulation des personnes avec l'UE.
Au niveau cantonal, seul 4 cantons (Tessin, Schwytz, Glaris et Appenzell Rhodes-Extérieures) ont refusé.
Le taux de participation a atteint 50,9%.

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L'objet du vote

Signé en 1999, l'accord de libre circulation des personnes avec l'UE était limité à une période d'essai de 10 ans. Il était donc nécessaire de le reconduire pour une période illimité.

Parallèlement à la reconduction, la Suisse devait également se prononcer sur l'extension de cet accord aux deux derniers Etats entrés dans l'UE, la Roumanie et la Bulgarie.

Ces deux aspects bien distincts faisaient l'objet d'une seule et même question.

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