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Le Proche-Orient à la veille d'une guerre régionale?

Des chars israéliens en action près de la fonrtière avec le Liban.

(Keystone)

Réagissant aux violences qui déchirent le Proche-Orient, la Suisse a condamné jeudi les agressions du Hezbollah libanais, mais juge la réaction d'Israël «disproportionnée».

Selon Arnold Hottinger, spécialiste suisse du Proche-Orient, la crise n'est pas près de se résoudre. Et la communauté internationale a aussi sa part de responsabilité.

Jeudi, des dizaines de civils ont été tués au Liban dans la violente offensive militaire lancée par Israël (la plus importante depuis 1982) en représailles à la capture et la mort de plusieurs de ses soldats dans une attaque du Hezbollah chiite.

Dans un communiqué publié jeudi soir, la Suisse - tout comme l'Union européenne - condamne la réaction de l'armée israélienne.

«Si les agressions du Hezbollah à la frontière d'Israël sont condamnables, la riposte israélienne doit demeurer strictement proportionnée et ne pas menacer un Etat voisin non hostile», écrit le ministère suisse des affaires étrangères (DFAE).

«Israël a bien sûr le droit de se défendre, a précisé le porte-parole du DFAE, Jean-Philippe Jeannerat, sur les ondes de la Radio suisse romande. Mais sa réaction est disproportionnée.»

La Suisse enjoint les parties au conflit à interrompre une logique d'escalade destructrice, qui menace de se transformer en guerre régionale. Elle leur demande aussi de respecter les dispositions du droit international humanitaire.

Face à l'escalade de ces derniers jours, on peut craindre une extension du conflit israélo-arabe et un embrasement de toute la région. Spécialiste du Proche-Orient, le journaliste retraité Arnold Hottinger analyse l'évolution de la situation.

swissinfo: Vu le nombre croissant de victimes, sommes-nous à la veille d'une nouvelle vague de violence sanglante dans la région?

Arnold Hottinger: Cela dépendra beaucoup d'Israël. Veulent-ils réactiver le front libanais ou vont-ils se contenter de quelques tirs et ensuite se retirer?

swissinfo: La pression sur le Premier ministre israélien Ehud Olmert semble augmenter pour qu'il réponde avec fermeté au Hamas et au Hezbollah...

A.H.: C'est certain. Et il est difficile pour Ehud Olmert de dire à son armée de se retirer, lorsque celle-ci vient de subir une humiliation avec l'enlèvement de ses soldats.

Je suis sûr que le Premier ministre israélien subit une pression importante de son armée pour faire le maximum, mais il doit aussi penser aux conséquences politiques de ses décisions.

swissinfo: Est-ce que l'enlèvement des trois soldats israéliens pourraient pousser les autorités israéliennes à revenir à la table des négociations?

A.H.: Non, mais cela pourrait bien redonner de l'espoir aux Palestiniens, qui auront le sentiment qu'ils peuvent obtenir quelque chose. Ils ont pu voir à quel point l'enlèvement des soldats avait eu un impact sur les autorités israéliennes.

Mais les Palestiniens évaluent mal la situation. En fait, Israéliens et Palestiniens se trompent tous deux. Les Israéliens, eux, pensent que c'est seulement en frappant fort que les Palestiniens vont abandonner. Or, c'est faux.

swissinfo: le président palestinien Mahmoud Abbas a appelé la communauté internationale à intervenir. Quel espace reste-t-il pour la diplomatie?

A.H.: Pour cela, il est trop tard. D'abord, les Etats-Unis se rangeront toujours du côté des Israéliens et les Palestiniens sont, pour l'heure, convaincus que Washington ne peut être un partenaire. Ensuite, l'Europe n'affiche pas clairement ses intentions. Et, de toute façon, elle n'a pas les moyens d'imposer son point de vue.

Le combat va donc continuer. Les deux parties vont continuer à mal interpréter les signes de l'autre et le conflit va se durcir jusqu'à ce qu'elles se rendent compte qu'elles ont tout faux.

swissinfo: Est-ce que le fait que la communauté internationale n'ait pas reconnu le Hamas, démocratiquement élu, a donné une sorte de feu vert à Israël pour intervenir?

A.H.: Le fait que personne ne reconnaisse le Hamas a certainement encouragé Israël, mais cela a aussi poussé le Hamas vers l'activisme. Si le Hamas avait perçu une issue diplomatique, il l'aurait saisie.

swissinfo: C'était donc une grave erreur de jugement de la part de la communauté internationale de ne pas reconnaître un gouvernement élu démocratiquement?

A.H.: On en a trop fait autour du mot «terrorisme». Les gens disaient «ce sont des terroristes, alors on ne parle pas avec eux». Ils étaient des terroristes et ils essayaient de devenir autre chose. Nous ne leur avons pas parlé, alors ils sont restés des terroristes.

swissinfo: Sommes-nous sur le point d'assister à une troisième intifada et à une nouvelle vague d'attentats suicide en Israël?

A.H.: Non. Ce ne sera pas une intifada, parce que le peuple palestinien est trop épuisé. Ce sera une guérilla, comme en Irak.

Interview swissinfo: Adam Beaumont
(Traduction de l'anglais: Alexandra Richard)

En bref

La Suisse a été l'un des rares pays occidentaux à reconnaître le nouveau gouvernement palestinien, dominé par le Hamas, après les élections de janvier.

Le ministère suisse des affaires étrangères s'était alors dit prêt à collaborer avec le gouvernement nouvellement élu, pour autant qu'il agisse sur la base du dialogue et qu'il utilise des méthodes pacifiques.

Les autorités helvétiques avaient précisé que l'Autorité palestinienne devait respecter les accords d'Oslo, en particulier en reconnaissant l'Etat d'Israël.

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Faits

L'engagement suisse en Israël et dans les territoires occupés consiste essentiellement en une aide aux Palestiniens.
Ce soutien passe par les organisations non gouvernementales et d'autres organisations internationales.
Aucune aide directe n'est versée à l'Autorité palestinienne, excepté une subvention à un office de statistique.

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Liens

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