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Le Tessin redécouvre «l'arbre à pain»

Autrefois, la Suisse italienne a évité les disettes grâce aux patates, à la polenta et surtout aux châtaignes. Ces dernières sont toutefois tombées dans l’oubli depuis 1945.

Aujourd’hui, le tourisme redécouvre cet aliment qui a sauvé tant de gens de la faim.

Le châtaignier est un arbre de toute première importance dans l’histoire du Tessin. Durant la première moitié du 20e siècle, les châtaignes représentaient encore une ressource irremplaçable dans la région couvrant le sud de la Suisse et le nord de l’Italie.

Un aliment salvateur

Les aînés rappellent que, durant la Seconde Guerre mondiale, la nourriture manquait au Tessin; les aliments étaient alors rationnés. Les châtaignes furent donc alors l’aliment de base de la population.

«Il y avait beaucoup de misère, racontent deux anciens. Les jeunes d’aujourd’hui ne peuvent pas se l’imaginer. On cultivait les pommes de terre et on mangeait de la polenta. Mais c’est surtout les châtaignes qui ont permis de sauver un grand nombre de gens.»

Mais les châtaignes étaient importantes avant même cette époque. C’est ainsi que le Vocabulaire des dialectes de la Suisse italienne cite par exemple certaines textes du 18e siècle où on peut lire que «les forêts les plus utiles sont constituées de châtaigniers, qui, pour l’Italien, remplacent le pain dans les périodes de disette.»

Pas seulement de la nourriture

On dit que dans le cochon, tout est bon. Or c’est le même principe pour les châtaignes. Toujours dans le ‘Vocabulaire des dialectes’, on peut lire que «le paysan mange des châtaignes fraîches ou séchées, qu’il utilise le fourrage des châtaigniers pour le fourrage des bêtes et leur bois pour fabriquer ses meilleurs tonneaux à vin.»

Le succès des châtaignes s’est poursuivie jusqu’au milieu des années 60. Utilisé pour la fabrication du cuir, ce produit était exporté vers de nombreux pays, notamment vers l’Allemagne, les Pays-Bas et la Pologne.

Mais tout à changé dès 1964 avec l’introduction de produits synthétiques dans l’industrie du cuir. Les châtaignes sont alors tombées dans l’oubli pour quatre décennies.

Une matière très précieuse

Autrefois, les châtaignes étaient précieuses. «Quand j’était petite fille, je me souviens que ma mère pétrissait le pain une fois par semaine, raconte Caterina (95 ans). Je lui demandais de me préparer le cusciöö, une sorte de petit pain rond auquel on ajoute des châtaignes. Mais ma mère me répondait qu’elle ne pouvait pas ajouter des châtaignes à chaque fois.»

Domenica (84 ans) raconte de son côté que durant une cérémonie religieuse au Val Blenio – nous sommes alors au début du 20e siècle – on avait offert un plat de châtaignes avec de la crème à l’évêque de Lugano. Un plat qui avait certainement demandé quelques sacrifices.

Mais on avait aussi demandé à l’ecclésiastique de ne pas gaspiller un seul fruit, car ce qu’il restait était destiné aux cochons…

Une économie à réinventer

Aujourd’hui, la production tessinoise représente environ 20 tonnes de châtaignes par an. Mais il y a un problème: on rencontre trop de sortes de qualités différentes et aucune stratégie de vente n’a jamais été suivie.

On n’a ainsi pas vérifié quelles étaient les réelles possibilités d’écoulement du produit sur les marchés tessinois et suisse. Le Tessin compte par exemple très peu de «maroni», les châtaignes les plus recherchées et les plus chères. La Suisse les a toujours importées d’Italie.

On peut difficilement imaginer que la châtaigne retrouver un rôle de premier plan. Son avenir reste toutefois intéressant. De nos jours, la relance de l’économie de la châtaigne est même soutenue par le Secrétariat d’Etat à l’économie dans le cadre de projets d’aide aux régions de montagne.

Une opportunité pour le tourisme

En plus de pouvoir contenir les incendies et de retenir la terre et l’eau en cas de forts orages, les forêts de châtaigniers et leur sous-bois représentent un véritable plaisir pour les yeux. Un véritable plus pour le tourisme local.

On peut notamment constater cet apport au tourisme dans l’Alto Malcantone (une région pittoresque proche de Lugano). C’est ainsi que le sentier du châtaignier y attire quelque 8000 visiteurs chaque saison. Ce succès a donc poussé un promoteur local à investir trois millions de francs pour ouvrir un hôtel à Mugena. Quant au nom de l’établissement, il va de soi: «Il catagno».

Toujours dans la même zone, mais à Arosio cette fois, le restaurant
San Michele propose diverses spécialités de châtaignes.

Cependant, malgré cette redécouverte, les Tessinois semblent avoir perdu l’habitude «d’aller aux châtaignes». En cette saison, il n’est ainsi pas rare de trouver des chemins de montagne tout blancs. Il n’a pas encore neigé; cette blancheur provient des châtaignes tombées au sol et qui n’ont pas été ramassées. Ecrasées par les roues des véhicules, elles ont ainsi été transformées en farine.

swissinfo, Maddalena Guareschi, Lugano
(traduction: Olivier Pauchard)

Faits

Les châtaignes ont représenté un aliment de toute première importance au Tessin jusqu’à la fin de la Seconde guerre mondiale.
La prospérité économique des dernières décennies a fait oublier cet aliment qui remplaçait autrefois souvent le pain.
Les châtaignes sont aujourd’hui redécouvertes par le biais du tourisme.
Le Tessin produit quelque 20 tonnes de châtaignes par année.

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