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Les albanophones se mobilisent pour leur intégration

A Soleure, des jeunes issus du Kosovo participent à un cours d'albanais.

(RDB)

Aujourd’hui, environ 270’000 personnes en Suisse sont albanophones. Et 100'000 d’entre elles ont moins de 16 ans. Deux projets viennent d’être lancés afin d'améliorer l'intégration de cette communauté.

Les personnes issues du Kosovo, de Macédoine, d’Albanie, de Serbie et du Monténégro forment, après les Italiens, la deuxième communauté étrangère de Suisse.

«Actuellement, des choses sont réellement en train de se passer», note Bashkim Iseni, 39 ans, politologue à l’Université de Lausanne.

Bashkim Iseni est à la tête de l’équipe de journalistes qui travaillent pour www.albinfo.ch, un nouveau site Internet d’information lancé au milieu du mois d’octobre, qui se décline en albanais, en français et en allemand. Et qui s’adresse à la communauté albanophone de Suisse.

Le projet, financé par le Gouvernement suisse et élaboré en collaboration avec le groupe de médias Edipresse, propose des articles sur l’actualité suisse, la politique dans les Balkans, la communauté albanaise en Suisse ainsi qu’une grande quantité d’informations pratiques.

«Il révèle le besoin d’informations et de ressources pour aider les personnes de langue albanaise à s’intégrer», remarque Bashkim Iseni, qui a grandi en Suisse mais qui est né en Macédoine, de parents Kosovars.

«Actuellement aucune interface n’existe pour faciliter le dialogue et montrer l’extraordinaire vitalité de la diaspora, en particulier d’un point de vue économique.»

Pour Bashkim Iseni, il y a un réel besoin de créer un forum pour discuter de thèmes épineux, comme les relations intergénérationnelles, la religion, la sexualité, la violence, le mariage ou les liens avec le pays d’origine.

Une image négative

Mais les priorités, insiste-t-il, sont d’améliorer le niveau scolaire insatisfaisant des albanophones et de changer la perception généralement négative qu’entretient la population suisse envers ces personnes, comme l’a révélé une étude récente de l’Office fédéral des migrations.

«Les gens ont toujours peur des étrangers, qui sont différents», explique Driton Kajtazi, 40 ans, professeur dans le canton de Vaud. «C’est pourquoi nous devons encourager une meilleure compréhension mutuelle.»

«Comme dit un célèbre proverbe albanais, ‘plus les rivières sont profondes plus les eaux sont calmes’.»

Driton Kajtazi est le directeur de l’Institut Suisse d’Etudes Albanaises (ISEAL), qui a officiellement été inauguré vendredi dernier à Lausanne, en présence de 100 personnalités. Parmi elles, les ambasseurs du Kosovo, de Macédoine et d’Albanie, ainsi que des représentants de l’Office fédéral des migrations et des autorités de Lausanne et du canton de Vaud.

L’ISEAL rejoint l’Université Populaire Albanaise de Genève et l’Institut Albanais de Saint-Gall, comme centre majeur de promotion de la culture albanaise en Suisse. Le nouvel institut est soutenu par une équipe de 190 membres suisses et albanophones, dont Francis Cousin, qui a été ambassadeur Suisse en Albanie.

Tour d’ivoire

«Ce centre d’études n’est pas une tour d’ivoire, nous voulons des résultats concrets», note Francis Cousin.

L’ISEAL a notamment comme projets d’effectuer des études sur les Albanais qui vivent en Suisse, de traduire des oeuvres littéraires albanaises en français, en allemand et en italien, ainsi que de la littérature suisse en albanais, et de créer un forum consacré à l’économie.

L’Institut a déjà organisé samedi dernier à Lausanne, une conférence sur l’intégration de la communauté albanaise en Suisse, qui a réuni une centaine d’experts et de politiciens.

La rencontre s’est ouverte avec un sombre exposé sur les mauvais résultats scolaires de la jeune génération albanophone et les difficultés qu’elle rencontre.

«Les enfants de migrants représentent un réel défi pour notre système scolaire», relève Christophe Blanchet, enseignant et responsable des classes d’accueil à Lausanne. «Il y a un manque de connaissance à propos de leur vécu et de leur condition, qui ne sont pas vraiment pris en compte. Il y a également un manque du côté des relations entre l’école et les parents.»

Seulement 45% des élèves albanophones achèvent leur parcours scolaire au niveau secondaire et 7% terminent leur cursus dans les universités et les hautes écoles.

Deuxième génération

La seconde génération a été malchanceuse, car la guerre a coupé court à l’éducation entre 1990 et 1999 et la scolarisation n’a ensuite pas été une priorité pour les familles, qui ont concentré leurs efforts sur le soutien financier à leurs parents restés au Kosovo, explique Sherif Zenuni, un architecte né au Kosovo qui est arrivé en Suisse à l’âge de 12 ans.

«Les enfants ont vécu une période de traumatismes. On peut en voir les conséquences : la jeune génération ne va pas aux cours d’albanais, alors elle perd sa langue maternelle et les lacunes s’accumulent.»

Les spécialistes s’accordent sur la nécessité d’encourager l’apprentissage de l’albanais, qui exerce un effet positif dans l’apprentissage d’autres branches ainsi que sur la performance scolaire générale. Car dans le système scolaire suisse, le processus de sélection qui se fait rapidement, pénalise les albanophones.

«Mais il existe un espace pour l’optimisme et aujourd’hui nous ne pouvons rester passifs face à ça», remarque Sherif Zenuni, qui est aussi président de l’Association albanaise de la Gruyère.

«Nous devons nous impliquer dans la vie économique, sociale et politique et favoriser l’intégration. C’est une question de temps, mais les choses évoluent rapidement. Je connais un grand nombre de spécialistes albanais à l’université qui prennent les choses en main. Cela donne beaucoup d’espoir», note finalement Sherif Zenuni.

L’immigration albanophone

La migration des Kosovars et d’autres albanophones, du sud des Balkans vers la Suisse, date du milieu des années 60, lorsque sont arrivées les premières vagues de travailleurs saisonniers, suivis par leurs familles dans les années 80.

De la fin des années 80 à celle des années 90, l’aggravation de la situation politique dans les Balkans a entraîné un afflux de milliers de demandeurs d’asiles en provenance d’ex-yougoslavie, avec un pic à 30’000 en 1999.

Selon l’Office fédéral des migrations, la plupart des demandeurs d’asile en provenance du Kosovo sont rentrés après le conflit .

La population qui réside actuellement en Suisse est essentiellement composées d'anciens travailleurs saisonniers, de leurs proches parents et de leurs descendants qui sont nés ou ont été éduqués en Suisse.

Environ 4'000 personnes arrivent chaque année du Kosovo, suite au droit des immigrés de faire venir leurs familles.

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L'immigration en Suisse

La Suisse compte actuellement 7’874’088 millions d’habitants. La population d’origine étrangère a augmenté l’année dernière de 2,2 % et s’élève actuellement à 1'802'300 million (22%).

Presque les deux-tiers de ce nombre sont des personnes en provenance de pays membres de l’Union européenne et de l’Association européenne de libre-échange.

Les Italiens forment la plus grande communauté étrangère (293'933) suivis par les Allemands (265,944), les Portugais (213,232), les Serbes et les Monténégrins (187,554), les Français (94,814), les Turques (73,275), les Espagnols (65,687), les Macédoniens (60,293), les Autrichiens (37,973), les Bosniaques (37,397), les Anglais (37,240), Croates (35,259), les Sri-Lankais (30,746) et les Américains (20,216).

Plus d’un cinquième (20,7%) de la population étrangère est né en Suisse et sont des immigrés de deuxième ou de troisième generation.

Depuis la deuxième guerre mondiale, environ deux millions de personnes ont émigré en Suisse ou sont des descendants de migrants.

Plus de 200 millions de personnes vivent à l’extérieur de leur pays d’origine. Un dixième des Suisses vit à l’étranger.

(Source: Office fédéral de la statistique)

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Traduction de l'anglais: Laureline Duvillard, swissinfo.ch


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