Les milliards de la guerre du Golfe ont transité par la Suisse

La planète était menacée par une catastrophe écologique. Keystone Archive

Joseph Ferrayé, un Libanais de 56 ans, domicilié à Genève, affirme être l'inventeur d'un système qui a permis d'éteindre les puits de pétrole en feu au Koweït en 1991. Plusieurs milliards de dollars liés à son invention sont passés par la Suisse.

Ce contenu a été publié le 26 août 2001 - 16:59

L'unité de mesure est le milliard de dollars. L'homme qui tient ce discours vit plutôt chichement dans un studio à Genève. Pourtant, Joseph Ferrayé n'a rien d'un mythomane. Cet ancien industriel du textile est pris très au sérieux par la justice française. Et le Koweït, qui aurait bénéficié de ses inventions, l'a convoqué le 13 septembre prochain.

L'affaire débute en février 1991, lorsque les forces irakiennes incendient un bon millier de puits de pétrole afin d'évacuer le Koweït sous la pression internationale. Selon les experts, il faudra des mois, sinon des années avant d'éteindre les flammes. La planète est menacée par une catastrophe écologique.

Installé dans le sud de la France, Joseph Ferrayé, issu d'une famille d'industriels du textile, invente un système permettant l'extinction très rapide des puits de pétrole, sans utilisation de la dynamite et du blocage des puits. Il semble que son invention, ou une invention similaire, ait été effectivement utilisée au Koweït.

Seulement voilà, Joseph Ferrayé n'a jamais perçu un centime pour son invention. Des personnalités au pouvoir au Koweït, des hommes politiques français, et des éminences grises suisses en matière de droit international se sont-ils partagés 34 milliards de francs suisses?

Les justices genevoise et française saisies

Interrogé par la police, P.M., un notaire genevois, évoque bien le chiffre astronomique de 34 milliards de dollars. «La moitié serait retournée dans les familles dirigeantes du Koweït et c'est le solde qui fait l'objet de toutes ces transactions», affirme-t-il, ajoutant que «Ferrayé n'a pas reçu le moindre dédommagement». La justice genevoise s'est également saisie du dossier.

De son côté, la justice française a sommé le 6 mars dernier le Koweït de rendre des comptes, en produisant les contrats liés à l'extinction des puits de pétrole.

Sans réponse de ce pays du Golfe, le Tribunal de grande instance de Paris a fixé le 8 juin 2001 une astreinte de 10 000 francs français par jour. Réaction du Koweït, l'émirat assigne Joseph Ferrayé à comparaître le 13 septembre prochain.

Apparemment, on commence à prendre au sérieux ce petit inventeur, toujours souriant et qui s'exprime d'une voix posée. Il a obtenu cet été une saisie conservatoire à la compagnie pétrolière Elf, active au Koweït, à hauteur d'une somme de 5 millions de francs français.

«Je sais que la somme d'un million de francs français a été évoquée entre Elf et le gouvernement français pour chaque puits de pétrole éteint au Koweït. Et comme il y en a eu 1164!», avance Joseph Ferrayé, que swissinfo a pu longuement rencontrer à Genève. L'inventeur a pris André Clerc, un avocat fribourgeois, pour défendre ses intérêts.

Ian Hamel

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

Partager cet article