Les milliards de Saddam Hussein cachés en Suisse

Saddam Hussein aurait des hommes de paille en Suisse. Keystone Archive

Aux Etats-Unis, la Suisse est accusée d'abriter la majeure partie de la fortune du président irakien.

Ce contenu a été publié le 06 mars 2003 - 15:24

Des milliards qui auraient été amassés par Saddam Hussein, à la faveur du programme pétrole contre nourriture de l'ONU surtout.

Le ministère public de la Confédération (MPC) est au courant de ces accusations. Le MPC, affirme sa porte-parole suppléante, s'y «intéresse».

Mais Andréa Sabecky ne confirme pas, pas plus qu'elle n'infirme d'ailleurs, l'ouverture d'une enquête. Elle se contente de déclarer n'être pas en mesure de donner d'informations pour l'instant.

En charge de la 'politique de contrôle à l'exportation et sanctions' du Secrétariat d'Etat à l'économie (seco), Othmar Wyss doute qu'il y ait un problème Saddam Hussein en Suisse.

Et de rappeler que la Suisse applique une politique parmi les plus strictes au monde envers la fortune déposée par les chefs d'Etat étrangers.

Des mesures encore plus dures à l'encontre des fonds privés de Saddam Hussein ou d'autres personnalités irakiennes dépendraient d'éventuelles sanctions à l'échelle onusienne.

Dans la dernière édition de son magazine '60 minutes', la chaîne américaine de télévision CBS affirmait que «la Suisse, grâce à ses lois sur le secret bancaire, est le pays où la plupart des fonds appartenant à Saddam Hussein sont probablement cachés.».

Sans citer ses sources, le magazine poursuivait en disant que «certaines personnes au sein du gouvernement suisse» pensent que «Saddam Hussein a des hommes de paille à Genève en même temps qu'un réseau financier secret».

L'enquête de John Fawcett

Le reportage en question de CBS est essentiellement fondé sur des allégations faites par John Fawcett, l'auteur d'un rapport pour le compte de la Coalition pour la Justice Internationale.

L'organisation de défense des droits de l'homme - qui dispose de bureaux à Washington et à La Haye - s'est fait connaître par le soutien qu'elle apporte au Tribunal pénal international pour l'ancienne Yougoslavie.

Interrogé par swissinfo, John Fawcett précise qu'il a été recruté comme consultant par Kreindler&Kreindler, après la publication en septembre de son rapport.

Ce cabinet d'avocats new-yorkais est normalement spécialisé dans les accidents d'avion. A ce titre, il défend d'ailleurs les familles des victimes du crash du vol de Swissair (SR111).

Mais, plus récemment, Kreindler&Kreindler a décidé de défendre les intérêts de certaines familles de victimes des attentats anti-américains du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center et le Pentagone.

En janvier, le cabinet a d'ailleurs été autorisé par un tribunal américain à représenter l'ensemble des familles de victimes. Celles-ci demandent un total de mille milliards de dollars d'indemnisation au réseau terroriste Al-Qaïda, à des personnalités saoudiennes, ainsi qu'aux gouvernements du Soudan et de l'Irak.

Et c'est dans ce contexte que Kreindler&Kreindler a demandé à John Fawcett d'enquêter sur les avoirs de Saddam Hussein.

Payer des pots-de-vin

«Les autorités suisses feraient bien d'examiner de près les entreprises helvétiques qui passent des contrats avec l'Irak dans le cadre du programme pétrole contre nourriture», confie à swissinfo John Fawcett.

John Fawcett prétend en effet que «10 à 20 entreprises suisses ont acheté du pétrole irakien en acceptant de payer des pots-de-vin qui vont directement dans les poches de Saddam Hussein et ses proches, ce qui constitue une violation des sanctions de l'ONU.»

Il affirme aussi que «Saddam Hussein a des hommes de paille en Suisse». Il fait directement allusion notamment au demi-frère du président, Barzan Al-Tikriti, qui fut chef des services irakiens de renseignements et qui se rendrait régulièrement en Suisse.

John Fawcett affirme enfin que, par le biais de ses hommes de paille, le chef d'Etat irakien a ouvert des comptes bancaires en Suisse qui lui permettent de faire fructifier son argent et de le dépenser.

Selon John Fawcett, qui dit s'être rendu en Suisse «deux fois» et avoir «des sources au sein du gouvernement et des banques suisses», les entreprises Harrico et Hui figurent parmi les compagnies helvétiques les plus suspectes engagées dans le commerce avec l'Irak.

swissinfo a cherché à en savoir plus sur ces deux sociétés. Mais elles sont aux abonnés absents, tant au registre du commerce que dans le bottin de téléphone. Et, au seco, Othmar Wyss n'en a jamais entendu parler.

Sur l'allégation de pots-de-vin touchés par des entreprises suisses dans le commerce avec l'Irak, le seco confirme l'existence d'un cas. Une enquête va d'ailleurs être ouverte.

Othmar Wyss précise qu'il s'agit d'une entreprise parmi les 75 qui sont autorisées à acheter du pétrole à l'Irak.

Les entreprises américaines aussi

Cela dit, John Fawcett reconnaît que la Suisse n'est pas le seul pays à abriter l'argent de Saddam Hussein.

«Le Liechtenstein est numéro un», indique-t-il à swissinfo. Il reconnaît aussi que, si les entreprises américaines «n'agissent pas autant à découvert», elles «déploient une certaine activité avec l'Irak à travers leurs filiales européennes».

«Les Etats-Unis, ajoute-t-il, demeurent le principal consommateur de pétrole irakien et fournissent donc un soutien indirect au système des pots-de-vin imposé par Saddam Hussein depuis l'automne 2000.»

John Fawcett admet enfin que la responsabilité du respect des sanctions de l'ONU revient d'abord à l'organisation internationale. Or, accuse-t-il, l'ONU n'assume pas sa responsabilité.

«Tous les contrats du programme pétrole contre nourriture sont conclus à Bagdad, déplore John Fawcett. Et le contrôle des Nations unies est virtuellement inexistant.»

swissinfo, Marie-Christine Bonzom à Washington et Pierre-François Besson

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