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Lutte contre l’impunité Prison à vie pour l’ancien policier Erwin Sperisen



Erwin Sperisen en 2007 annonçant sa démission du poste de chef de la police du Guatemala

Erwin Sperisen en 2007 annonçant sa démission du poste de chef de la police du Guatemala

(AFP)

Ce vendredi l'ex-chef de la police nationale civile du Guatemala a été reconnu coupable de sept assassinats par un tribunal de Genève, dont une exécution comme auteur direct, lors d'une opération de reprise en main de la prison de Pavon en 2006.

Après trois semaines de procès, la justice genevoise a rendu son verdict. L'ex-chef de la police guatémaltèque Erwin Sperisen a été condamné à la prison à vie par le Tribunal criminel.

L'accusé, en détention préventive à Genève depuis août 2012, a toujours nié les faits. Ses avocats avaient demandé l'acquittement, le dossier d'accusation ne tenant pas la route, selon eux.

Le procureur genevois Yves Bertossa avait quant à lui accusé l'ex-chef de la police guatémaltèque de "crimes d'Etat" et requis la prison à vie pour l'assassinat de dix personnes.

Les étapes menant au procès Sperisen

En 2007 et 2009, deux dénonciations pénales conjointes sont déposées par des ONG en Suisse à l’encontre d’Erwin Sperisen.

En 2011, les autorités genevoises décident l’envoi d’une commission rogatoire au Guatemala, à la suite de nouveaux éléments apportés par le travail de TRIAL, l’enquête des autorités pénales guatémaltèques et un mandat d’arrêt international émis en août 2010 contre Sperisen.

En août 2012, Erwin Sperisen est arrêté à Genève et incarcéré de façon préventive à la prison cantonale de Champ-Dollon.

En mars 2013, la mère d’une victime de Pavon, rencontrée au Guatemala par l’équipe de TRIAL, se joint à la procédure par le biais d’une plainte pénale contre Erwin Sperisen.

En janvier 2014, le procureur général genevois annonce l’ouverture d’un procès avant l’été, alors que 5 tentatives de récusation du procureur, initiées par les avocats de la défense d’Erwin Sperisen, ont été rejetées, dont deux par le Tribunal fédéral.

Source : TRIAL

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Exécutions sommaires

Si l’ancien policier s’est retrouvé devant la justice en Suisse, c’est pour sa nationalité suisse (non extradable) et pour s’être installé à Genève en 2007 après avoir démissionné et fui le Guatemala. Et ce à la suite de l’assassinat de trois députés salvadoriens en 2007 par ses subordonnés.

Suite à un mandat d’arrêt international émis par les autorités guatémaltèques, Erwin Sperisen – de nationalité suisse et guatémaltèque -  est arrêté et incarcéré en août 2012 à la prison genevoise de Champ-Dollon. Et ce pour deux affaires.

La première s’est déroulée en octobre 2005, après l’évasion de 19 détenus d’Infiernito (le petit enfer), une prison située en périphérie de Guatemala City. Trois des neuf évadés retrouvés ont été sommairement exécutés. Le tribunal genevois a estimé qu’un doute raisonnable planait sur la responsabilité d’Erwin Sperisen dans ces exécutions et l’a acquitté de ces chefs d'accusation.

La 2ème affaire se passe l’année suivante. Elle a pour cadre le centre de détention de Pavón, situé dans les faubourg de la capitale guatémaltèque. Une prison aux mains de narcotrafiquants depuis plusieurs années.  

C’est pour reprendre le contrôle de cette maison d'arrêt qu’une opération spectaculaire est mise sur pied par Erwin Sperisen et d’autres responsables sécuritaires.

«Durant cette opération, sept détenus sont sommairement exécutés. La scène de crime aurait ensuite été maquillée pour faire croire à des affrontements et justifier l’usage de la force », relève sur son site l’ONG suisse TRIAL, une organisation de lutte contre l’impunité qui a contribué à actionner la justice genevoise.  

Ce vendredi, les juges genevois ont confirmé la responsabilité de l'ancien chef de la police dans cette liquidation. Erwin Sperisen est co-auteur de 6 exécutions et l'auteur de l'assassinat de "Chocobolas", le narcotrafiquant qui tenait la prison de Pavon, ont-ils conclu.

Fortement contesté par les avocats d’Erwin Sperisen, le témoignage d’un ancien détenu français a été jugé suffisamment crédible pour être retenu. C’est lui qui a vu Erwin Sperisen exécuter Chocobolas à coups de pistolet.

Les juges ont retenu que "les mobiles poursuivis" par Erwin Sperisen "sont égoïstes et particulièrement odieux" et que la manière dont il a agi "dénote l'absence de scrupule", a détaillé la présidente du tribunal criminel de Genève.

Isabelle Cuendet a également souligné que la peine de prison à vie était nécessaire vu la "gravité des faits, le nombre de victimes, l'absence d'empathie" à leur égard.

"Etape importante dans la lutte contre l’impunité"

Dans un communiqué commun, TRIAL (Track Impunity Always), l'Organisation Mondiale contre la Torture (OMCT), l'Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture (ACAT-Suisse) et la Communuauté Genevoise d'Action Syndicale (CGAS) saluent le jugement rendu: «Cette condamnation envoie un signal fort: les auteurs de crimes graves  – aussi haut-placés soient-ils  –  ne sont pas à l’abri de sanctions pénales; leurs victimes – quelles que soient leurs origines –  méritent que justice leur soit rendue.»

Dans le même communiqué, Philip Grant, Directeur de TRIAL ajoute: «Le jugement rendu ce jour est l'illustration que l'idéal de justice poursuivi par tant de gens, en Suisse et au Guatemala, peut se concrétiser. Malgré la distance, malgré la complexité du dossier et malgré les intimidations, la détermination de nombreux acteurs, ici comme là-bas, a permis que justice soit rendue. La lutte contre l'impunité et la dignité humaine sont les grandes gagnantes du verdict rendu aujourd'hui.»

Le condamné fera appel

Un des avocats de l’ancien policier a annoncé aux médias que son client allait faire appel après ce verdict "choquant". Certains des proches d’Erwin Sperisen, présents dans la salle, se sont effondrés en larmes, tandis que le condamné, vêtu d'un costume gris, est resté calme.

swissinfo.ch et les agences


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