Marché florissant ou traite des femmes?

Les agences matrimoniales transnationales fleurissent sur le web. La Suisse autorise ce commerce à condition que les intermédiaires bénéficient d'une autorisation cantonale.

Ce contenu a été publié le 17 février 2003 - 16:50

Les associations féminines dénoncent une traite des femmes organisée.

On trouve de tout sur Internet. Même des femmes à marier. Des agences matrimoniales on-line proposent en effet des centaines de photo des candidates. Un clic de souris suffit pour connaître l'âge, les mensurations et, dans de rares cas, les aspirations des épouses potentielles.

Dans ce marché transnational, la Suisse n'est pas en reste. Mais, conformément à l'ordonnance du 10 novembre 1999, les agences matrimoniales qui veulent exercer sur un plan international doivent obtenir une autorisation cantonale.

Elles sont par ailleurs recensées par l'Office fédéral de la justice qui dénombre 12 sociétés actives dans le domaine.

Parmi elles, E. & R. Partner, une agence matrimoniale spécialisée dans les contactes avec la Bulgarie. «Nous proposons un catalogue des quelque 700 femmes de 18 à 50 ans », explique Roger Darmangeat, fondateur de E. & R. Partner.

A l'instar de la plupart des agences spécialisées dans le courtage matrimonial transnational, E. & R. Partner collabore avec une filiale bulgare chargée du recrutement des candidates au mariage.

Une quête aux multiples étapes

Active depuis 10 ans sur le territoire suisse, l'agence s'enorgueillit d'avoir contribué à l'union de quelque 600 couples suisso-bulgares. «95% de nos clients ont trouvé une partenaire», souligne Roger Darmangeat. Et seul 2% des couples que nous avons contribué à former ont connu un divorce.»

Ce 'succès', Roger Darmangeat l'attribue au travail d'encadrement et au suivi du client, assuré par l'agence tout au long de la quête de sa partenaire.

La procédure est simple: pour quelques centaines de francs, l'agence propose le dossier de plusieurs épouses potentielles. Pour quelques milliers de plus, le client est invité à se rendre à Sofia pour rencontrer un lot d'élues.

Il a ensuite la possibilité de désigner sa favorite, de passer quelques jours en sa compagnie en Bulgarie, avant de l'emmener en Suisse pour quelques semaines d'essai.

Cette nouvelle étape lui coûtera quelques milliers de francs supplémentaires.
En effet, si la candidate ne passe pas ce dernier test - autrement dit, si elle n'est pas jugée digne d'un mariage en bonne et due forme - elle sera tout simplement renvoyée dans son pays d'origine. Aux frais du client, et conformément à la loi suisse.

«Depuis l'entrée en vigueur de l'ordonnance sur le courtage matrimonial, les agences ont en effet l'obligation de garantir le retour des candidates étrangères qui ne passent pas le cap du mariage», explique Martina Caroni, avocate-juriste, professeur assistante à l'Université de Lucerne.

L'ordonnance stipule précisément que l'agence, souhaitant obtenir au droit d'exercer au plan international, doit fournir 'une caution d'un montant de 5'000 francs au moins garantissant les frais de voyage de retour de la personne présentée'.

Traite des femmes

«Il s'agit en fait de la seule restriction imposée aux agences matrimoniales qui proposent des femmes étrangères », poursuit Martina Caroni .

Et la juriste de s'insurger, «cette ordonnance est tout simplement immorale. Elle entretient le principe de la traite des femmes. Elles sont réduites à des marchandises que l'on peut importer ou rapatrier sans trop de problèmes.»

Reste que les Suisses en quête d'épouses ne sont pas obligés de passer par les services des agences implantées dans leur pays.

Les cyber-agences matrimoniales se bousculent, en effet, sur le web. Elles offrent généralement les mêmes services, sans les restrictions imposées par la loi suisse.

La plupart des associations de défense de la femme dénoncent ce juteux commerce, qu'elles qualifient d'exploitation de la pauvreté et de marchandage humain.

Elles soulignent en outre que la majorité de ces femmes ne parlent ni la langue de leur partenaire ni celle de leur potentiel pays d'accueil.

De crainte d'être renvoyées dans leur contrée d'origine, ces femmes adoptent généralement une attitude de soumission totale. Une porte ouverte à tous les dérapages.

swissinfo, Alexander Thoele, Vanda Janka

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