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Paradoxe de la démocratie directe En politique, les perdants sortent parfois vainqueurs

Demonstrators with a toy tank in the streets of Zurich

Au fil des 14 initiatives et référendums pour lesquels il a fait campagne durant ces 36 dernières années, le Groupe pour une Suisse sans Armée a fait des démonstrations spectaculaires une de ses marques de fabrique. Ici, à Zurich en 2009.

(Keystone)

Dans le système suisse de démocratie directe, les idées politiques radicales peuvent parfois contribuer au changement, même si elles ont été clairement refusées en votation.

En 1989, deux tiers des électeurs refusaient d’abolir l’armée suisse. Il y a deux ans, 77% des citoyens disaient non à un revenu de base inconditionnel pour tous et en juin de cette année, ils étaient à peu près aussi nombreux à refuser une refonte radicale du système monétaire suisse.

+ 170 ans de votes populaires en Suisse en un coup d’œil

Alors qu’une nette défaite dans les urnes (en termes arithmétiques) peut sembler une perte de temps et de ressources, tant matérielles qu’humaines, certains observateurs politiques considèrent que l’initiative «Pour une Suisse sans Armée» a été «le plus grand succès parmi les initiatives populaires de l’histoire suisse».

Et il y a de bonnes raisons d’être d’accord avec eux.

Josef Lang, politicien et historien, cite sans hésiter au moins quatre résultats principaux obtenus grâce à l’initiative pacifiste: elle a amené un changement radical dans la manière dont le public considère son armée de milice, en démystifiant son importance pendant la Guerre Froide. Elle a aussi ouvert la voie à une réévaluation scientifique du rôle de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale.

Service civil et réformes

Succès et échecs

Depuis l’instauration des droits de référendum et d’initiative, les citoyens suisses (mâles exclusivement jusqu’en 1971) ont eu à se prononcer sur plus de 600 objets, très variés, comme bannir l’abattage rituel des animaux, la construction de minarets, la franc-maçonnerie ou la production d’un breuvage fortement alcoolisé (l’absinthe). Mais ils ont aussi voté sur la durée des vacances, sur leur Fête nationale, qui n’était pas jour férié officiel, sur l’heure d’été, sur l’entrée aux Nations Unies ou sur le suffrage féminin, pour ne citer que quelques exemples.

Sur 211 initiatives votées à ce jour, seules 22 ont été acceptées. 116 autres ont échoué à un stade précoce, les initiants n’ayant pas réussi à recueillir le nombre requis de signatures. L’échec le plus retentissant est sans doute celui de l’initiative qui voulait remplacer la TVA par une taxe sur la consommation d’énergie. En 2012, elle n’a reçu le soutien que de 8% des votants.

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Josef Lang, lui-même membre du Groupe pour une Suisse sans Armée (GSsALien externe) depuis ses débuts, relève que l’initiative a aussi aidé à l’instauration d’un service civil comme alternative au service militaire, qui a convaincu 83% des votants en 1992.

Enfin, «last but not least», il affirme que les réformes successives de l’armée de milice, qui ont conduit à une réduction drastique de ses effectifs au fil des décennies, sont aussi une conséquence du vote de 1989.

Le résultat avait constitué un choc pour la classe politique et pour de larges pans de la société. Dans un pays encore marqué par l’état d’esprit de la Guerre Froide, plus d’un million de Suisses votaient pour l’abolition de leur armée. Avec une participation de 69%, donc massive selon les standards suisses, il est correct de dire que les Suisses ont voté avec leurs pieds pour le changement.

Ceci au terme d’une campagne spectaculaire, avec de nombreux débats publics enflammés dans tout le pays et une manifestation de masse en forme de festival de musique devant le Palais fédéral. «Nous avons amené la campagne dans la rue et nous avons réussi à toucher de larges pans de la société», se souvient Josef Lang. Et plus de 35 ans après sa fondation, le GSsA reste une force politique avec laquelle il faut compter.

Josef Lang est l’un de ces nombreux activistes qui ont fait leur chemin en politique, que ce soit au niveau national, cantonal ou local. L’ancien élu écologiste au Parlement fédéral ajoute que beaucoup d’autres militants pacifistes ont ensuite travaillé pour des ONG, où l’on appréciait leurs talents d’organisateurs de campagnes expérimentés et polyvalents.

Des débats et des idées

L’autre exemple de «success story», c’est l’initiative pour le Revenu de base inconditionnel (RBI), votée et refusée il y a deux ans.

Woman lying in a heap of 5 centime coins

Pour ses actions-choc, la campagne pour le Revenu de base s’est inspirée de celle des pacifistes du GSsA.

(Keystone)

Pour Daniel Häni, entrepreneur à Bâle, qui fut l’un des co-initiants du RBI, le score de 76,9% de non ne fut pas vraiment une défaite. Car pour lui, «la démocratie, ce n’est pas seulement gagner ou perdre, c’est aussi des débats et des idées, les miennes et celles des autres».

Il ne cache pas que le mouvement pacifiste de 1989 lui a servi de modèle. Il a montré comment on peut amener un changement fondamental dans la société. Daniel Häni se réfère également à un sondageLien externe réalisé le lendemain du vote de 2016. Il a montré que plus de deux personnes sur trois pensent qu’il y aura un jour ou l’autre un nouveau vote sur la question. Pour lui, «cela montre que l’idée d’un changement de culture reste sur la table».

Projets pilote

En fait, de nombreux essais pour introduire un RBI sont déjà prévus ou en cours dans plusieurs pays, même si c’est à petite échelle et pour une période limitée. La ville suisse de Rheinau n’en est qu’un exemple et des procédures sont en cours dans d’autres pays pour organiser des votes sur des propositions similaires.

Il existe un intérêt réel pour un revenu de base, dit Daniel Häni, qui est régulièrement invité à des débats sur le sujet en Allemagne et en Autriche. Et son collègue Enno Schmidt, co-initiateur du RBI en Suisse, a récemment achevé une tournée en Europe, en Asie et en Amérique du Nord.

Daniel Häni pense que le RBI pourrait même devenir un sujet pour la campagne présidentielle américaine de 2020, si le fondateur de Facebook Mark Zuckerberg décide d’entrer dans la course en tant que partisan auto-déclaré du revenu de base.

«Notre initiative a stimulé le débat mondial», estime le Bâlois. Selon le Réseau mondial pour le revenu de baseLien externe, des formes de RBI sont actuellement examinées dans 26 pays.

Réseau international

Les promoteurs de l’initiative Monnaie pleine, refusée à 75% en juin dernier et qui proposait une réforme radicale du système financier suisse, en réservant à la Banque nationale le monopole de l’émission de monnaie, tant réelle que scripturale, font aussi partie d’un réseau international de personnes partageant les mêmes idées.

Maurizio Degiacomi, ancien membre de l’équipe de campagne, dit que le verdict des urnes en juin ne n’a pas du tout été vu comme une défaite démoralisante. Au contraire, il le considère comme un succès pour avoir attiré l’attention du monde.

«Des médias de renommée internationale et des blogs de spécialistes ont parlé de l’initiative et ont porté l’idée qui la sous-tend à l’attention du public», se réjouit-il.

S’agissant de l’impact en Suisse, l’Association Modernisation Monétaire (MoMoLien externe) va continuer à pousser à une réforme du secteur financier, mais on ne sait pas encore bien comment. Le groupe qui avait lancé l’initiative s’est réuni pour examiner les résultats du vote, revoir ses tactiques, ainsi que les succès et les lacunes de la campagne, et examiner de nouvelles voies.

Maurizio Degiacomi, directeur de l’Association MoMo, explique que l’équipe de volontaires et le comité - des gens venus de tous les milieux – avaient besoin d’un peu de temps pour se reprendre après le vote. Car la campagne a été longue et ils ont dû se battre sans grand soutien financier.

Les exemples de l’abolition de l’armée, du RBI et de Monnaie Pleine montrent que les propositions radicales sont rarement approuvées du premier coup dans le système de démocratie directe à l’helvétique. Il se pourrait qu’elles aient simplement besoin de plus de temps pour s’imposer.



(Traduction de l’anglais: Marc-André Miserez), swissinfo.ch

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