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A Genève, l’ONU sauve les apparences face à Gbagbo

A Abidjan, des soldats partisans d'Alassane Ouattara discutent avec un officier des Nations Unies, au cours d'un clash avec les forces de l'ordre, restées fidèles à Laurent Gbagbo.

(Reuters)

Lors d’une réunion d’urgence, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a adopté par consensus une résolution condamnant les récentes tueries en Côte d’Ivoire. Aucune mesure concrète n’a toutefois été prise pour y mettre un terme et déterminer les responsabilités. Explications.

C’est une première. A l’initiative du Nigéria soutenu  par les Etats-Unis, le Conseil des droits de l’homme a tenu rapidement une réunion d’urgence sur la crise en Côte d’Ivoire, un autre Etat africain. Jusqu’à maintenant, le groupe africain du Conseil avait pour habitude de freiner les initiatives face aux crises et aux violences survenant sur le continent noir, comme en République démocratique du Congo.

Egalement inhabituelle dans ce contexte, l’adoption à l’unanimité  d’une résolution qui «condamne fermement les violations des droits humains qui ont eu lieu en Côte d'Ivoire, y compris les enlèvements, disparitions forcées ou involontaires, les détentions arbitraires, les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, les actes de violence sexuelle, déni du droit de réunion pacifique, la perte de vies humaines et les actes de destruction de biens effectués dans les différentes régions de la Côte d'Ivoire en relation avec la conclusion de l'élection présidentielle de 2010.»

Pour rappel, au second tour de la présidentielle du 28 novembre, Alassane Ouattara a été désigné vainqueur avec 54,10% des voix face à Laurent Gbagbo par la Commission électorale indépendante. Un résultat certifié sur place par l'ONU qui a procédé à son propre comptage. Mais le Conseil constitutionnel, acquis au président sortant, l’a invalidé,  proclamant la victoire du président sortant qui se maintient depuis au pouvoir.

Un texte flou

Pourtant, la résolution adoptée jeudi à Genève reste dans le flou sur ce point: «Le gouvernement légitime de la Côte d'Ivoire a la responsabilité première de faire tout son possible pour renforcer la protection de la population civile, d'enquêter et de traduire en justice les auteurs de violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire. (Le Conseil) appelle la communauté internationale à appuyer le gouvernement de la Côte d'Ivoire pour stabiliser la situation dans le pays.»

Si le gouvernement légitime est celui d’Alassane Ouattara, il ne peut guère agir, puisque l’armée et la gendarmerie sont toujours loyales au président sortant, selon Salvatore Saguès, chercheur sur l’Afrique de l’ouest auprès d’Amnesty international. Des forces de sécurité qui justement seraient responsables des violences postélectorales, tout comme des miliciens pro-Gbagbo. La résolution peut donc être interprétée comme une reconnaissance de la légitimité du président Laurent Gbagbo.

Les âpres négociations sur le texte de la résolution ont aussi débouché sur la suppression de la référence explicite à la démocratie et à la volonté du peuple. Et ce à l’instigation, selon des sources convergentes, des représentants magrébins. 

De plus, la résolution ne préconise aucune initiative concrète pour enquêter sur ces violations qu’elle qualifie pourtant «d’atrocités». Nulle allusion également à la saisie de la Cour pénale internationale (CPI) réclamée par Alassane Ouattara.

Une occasion manquée

Raison pour laquelle le représentant d’Amnesty International dans les instances onusiennes de Genève parle d’occasion manquée. «Certains pays ont affirmé que la CPI n‘avait rien à voir avec le sujet de la réunion…Il aurait pourtant été judicieux de rappeler que les responsables de ces exactions devront tôt ou tard répondre de leurs crimes, d’autant que le Conseil a réussi à se réunir rapidement, avant que la situation ne dégénère complètement en Côte d’Ivoire, souligne Peter Splinter. Par rapport à d’autres instances y compris onusiennes, le Conseil des droits de l’homme est en retrait. »

Un point de vue que partage Adrien-Claude Zoller, «quand Genève ne fait pas son travail en matière de droits de l’homme, c’est New York qui agit. Cette dynamique fonctionne depuis 1963», ajoute le président de l’association Genève pour les droits humains.

Ce résultat en demi-teinte obtenu à Genève rappelle une évidence. Lorsque le sujet des droits de l’homme est abordé, les Etats défendent toujours en priorité leurs intérêts. Ils ne vont dès lors pas soutenir sans autre des qualifications et des propositions qui pourraient un jour être appliquées à eux-mêmes.

Le contrôle des ports

Or en matière d’intérêts, le vice-président de l’Institut international de recherche pour la paix (GIPRI) tient à souligner que la crise en Côte d’Ivoire est aussi alimentée par les jeux d’influence des grandes puissances en Afrique. Un rapport de force ravivé par les besoins de plus en plus pressants en matières premières. «Le spectacle fait autour des droits de l’homme masque ces luttes d’influence, en particulier la bataille pour le contrôle des ports. A ce titre, il est bon de rappeler que le groupe français Bolloré a la concession du port d’Abidjan et que la femme d’Alassane Ouattara  est une influente femme d’affaire », relève Gabriel Galice.

«Je ne veux pas minimiser la responsabilité des auteurs des tueries en Côte d’Ivoire, soit les partisans de Laurent Gbagbo. Mais la réalité n’est pas aussi tranchée que ce que suggère l’apparente unanimité de la communauté internationale contre le président sortant», ajoute le chercheur genevois.

La position de la Suisse

«La Suisse condamneavec fermeté les violations des droits humains qui ont eu lieu en Côte d’Ivoire suite aux élections présidentielles du 28 Novembre

2010 et qui, à ce jour, continuent de se produire.

Nous exhortons les parties concernées à rétablir l’Etat de droit, à respecter le droit à la vie et le droit à la liberté d’expression et de réunion.

Nous demandons la libération immédiate des personnes qui se trouvent toujours en détention illégale.

De plus, la Suisse est profondément préoccupée par les informations faisant état d‘actes d’intimidation et de harcèlement visant le personnel des Nations Unies sur place, personnel chargé, entre autres, de la surveillance du respect des droits humains.

La Suisse demande que ces graves violations des droits humains cessent et fassent l’objet d’une enquête indépendante dans les meilleurs

délais en vue de traduire en justice leurs auteurs.

Pour que la paix et l’Etat de droit soient rétablis de manière durable en Côte d’Ivoire, il faut non seulement que les violations des droits humains cessent immédiatement et que leurs auteurs soient poursuivis, mais il est aussi indispensable qu’un dialogue entre les différents groupes soit initié dans la perspective d’une réconciliation.»

Extrait de la déclaration de l’ambassadeur Amadeo Perez de Mission permanente de la Suisse auprès de l’ONU lors de la 14ème session spéciale du Conseil des droits de l’homme.

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swissinfo.ch


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