L’arrêt des centrales nucléaires prendra du temps

La plus ancienne centrale nucléaire de Suisse, Beznau I, pendant sa construction et avant sa mise en service en 1969. RDB

En théorie, la désaffectation des centrales nucléaires est déjà organisée en Suisse. Mais une mise hors service anticipée aurait de graves conséquences financières. L’expérience allemande montre que le processus est complexe.

Ce contenu a été publié le 06 avril 2011 - 17:34
Andreas Keiser, swissinfo.ch

Les centrales nucléaires suisses sont, politiquement, sur le terrain le plus fragile qu’elles ont rencontré depuis leur mise en service. Car depuis la catastrophe japonaise, les demandes d’arrêt anticipé des plus vieux réacteurs, soit Mühleberg et Beznau, ne viennent plus seulement du camp vert-rose.

Une partie de la droite pense désormais tout haut à une mise hors service. Le lobby de l’atome s’oppose à toute démarche en ce sens. Ses arguments: non seulement un arrêt prématuré des centrales aurait des conséquences financières graves à court terme, mais, pire encore, il provoquerait d’énormes difficultés pour la suite dans tout le processus de désaffectation.

Officiellement, l’industrie nucléaire et les autorités suisses évoquent une durée de vie des centrales nucléaires de 50 ans. Durant cette période, les consommateurs doivent s’acquitter d’un supplément de 0,8 centime par kilowattheure. Cette manne permet d’alimenter deux fonds, le fonds de désaffectation et le fonds de gestion des déchets radioactifs pour les installations nucléaires.

Les fonds sont placés sous la surveillance de la Confédération. A l’instar des caisses de pension, leur fortune est placée sur les marchés financiers. Le rendement visé est de 5% annuellement. Actuellement, les deux fonds sont dotés, au total, d’environ 4,15 milliards de francs.

Pour l’élimination et le transport des déchets nucléaires pendant l’exploitation des centrales, et pour les travaux liés à la désaffectation des «usines», le besoin en capital est d’environ 15,5 milliards de francs, selon les estimations. De cette somme, 7 milliards sont pris en charge par les exploitants de centrale et 8,5 milliards doivent être financés par le fonds concerné.

Capital propre trop faible?

Ces calculs montrent que même si les centrales ne sont pas mises hors service prématurément, le financement de la désaffectation n’est pas garanti à 100%. De plus, il n’est pas sûr que les marchés produisent le rendement voulu.

Les experts sont, en tout cas sceptiques, sur le réalisme de cet objectif. Les travaux de désaffectation sont chers, complexes et souvent vecteurs de complications. Enfin, si un arrêt prématuré était décidé, le fonds sera mis à contribution et ne serait donc plus alimenté.

L’actuelle Loi sur l’énergie nucléaire prévoit que les exploitants de centrales nucléaires doivent passer à la caisse si le financement de la désaffectation n’est pas assuré et si le fonds ne suffit pas. Mais les experts doutent que les taux de capital propre de ces entreprises suffisent.

Dans une étude publiée en 2008 sur les risques financiers des centrales nucléaires, l’expert en marchés financiers Kaspar Müller écrit que les centrales nucléaires manquent aussi «considérablement de capital pour les responsabilités à assumer et que leur stabilité financière est sujette à caution.»

Désaffectation – un projet individuel

En Allemagne, les expériences de désaffectation de centrales montrent que le processus très complexe engagé sur les sites peut durer plus de 20 ans. De plus, les mauvaises surprises ne sont pas exclues. Si des zones contaminées doivent être nettoyées, les prix explosent.

«Ces dernières années, les entreprises spécialisées dans la désaffectation ont amassé beaucoup d’expérience, explique Philipp Hänggi, de swissnuclear, interrogé par swissinfo. Les méthodes ont été améliorées. C’est pourquoi les coûts de désaffectation et le temps nécessaire aux travaux ne peuvent pas être appliqués aux nouveaux projets de mise hors service.» Le spécialiste évoque une douzaine de centrales déjà désaffectées.

«Les premières étapes peuvent être standardisées, mais la désaffectation de toute l’installation ne peut être qu’un projet individuel», poursuit Philipp Hänggi. Selon lui, il faut compter quinze ans pour «éliminer» complètement une centrale. Il estime que le terrain peut être assaini de telle façon qu’on pourrait ensuite y construire une place de jeux.

Barres combustibles: routine

Lors de la désaffectation d’une centrale nucléaire, il faut d’abord enlever les barres combustibles et le bâtiment abritant le réacteur. La première manipulation «n’est pas extraordinaire», explique Michael Schorer, porte-parole du Forum nucléaire suisse. «Les barres combustibles sont aussi régulièrement changées pendant l’exploitation d’une centrale. Elles sont déposées dans un dépôt intermédiaire de déchets nucléaires.»

La seule désaffectation des cinq centrales nucléaires de Suisse et du dépôt intermédiaire de Würenlingen coûterait 2,2 milliards de francs, selon les estimations officielles. Les coûts d’élimination du combustible intervenant pendant la phase d’exploitation se montent de leur côté à 13,3 milliards de francs.

Ces 13,3 milliards englobent le recyclage dans une usine de retraitement, le dépôt intermédiaire et le dépôt définitif dans un endroit géologiquement approprié. Tous les cinq ans, ces coûts sont réévalués. La prochaine estimation sera probablement publiée en 2012.

Les réacteurs nucléaires suisses

Beznau I - mise en service: 1969

 

Beznau II - mise en service:  1972

Mühleberg - mise en service: 1972

Gösgen - mise en service: 1978

Leibstadt - mise en service: 1984

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L'électricité en Suisse

L’origine de l’électricité consommée en Suisse se répartit ainsi:

Energie hydraulique: 55,8%  

Energie nucléaire: 39,3%  

Autres: 2,9%  

Nouvelles énergies renouvelables (résultat de déchets, biomasse et biogaz, énergie solaire, énergie éolienne): 2%  

Source: Office fédéral de l’énergie

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