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Le cyclone Nargis n'ébranle pas les généraux birmans

Malgré de rares apparitions aux côtés des victimes du cyclone, comme ici le 8 mai dernier à Rangoon, les autorités militaires birmanes s'obstinent à négliger les besoins réels de la population en détresse.

(AFP)

Le régime dictatorial de la Birmanie ne semble pas menacé en dépit de la gravité de la crise humanitaire provoquée par le cyclone Nargis et des pressions internationales. Le point de vue de deux spécialistes suisses.

Deux semaines après le typhon qui a ravagé le delta de l'Irrawaddy au sud-ouest de la Birmanie, la junte militaire au pouvoir ne relâche pas le contrôle implacable du pays et de ses frontières, malgré les appels de plus en plus pressants de la communauté internationale.

«Depuis ses débuts en 1962 et encore plus après le coup d'Etat militaire de 1988, le régime a traversé toutes les crises sans prendre l'eau, même lors des manifestions de moines en septembre dernier, une protestation violemment réprimée», remarque l'éditeur Matthias Huber, de l'Association Suisse-Birmanie.

Le poids des mentalités

Un avis que partage Léon de Riedmatten, représentant à Bangkok du Centre pour le dialogue humanitaire, une fondation basée à Genève. Interrogé par l'Agence France Presse, cet ancien médiateur entre le régime birman et l'opposante Aung San Suu Kyi déclare: «Le généralissime Than Shwe et son numéro deux, Maung Aye, ont déjà montré dans le passé à quel point ils pouvaient résister à toutes les secousses.»

D'autant que les voisins de la Birmanie n'ont jamais poussé le régime à s'ouvrir. «L'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) a toujours défendu le principe de la non-ingérence dans les affaires intérieures de ses pays membres», rappelle Matthias Huber.

Fort de ses longs séjours en Birmanie, avant d'en être interdit, Matthias Huber rappelle aussi le poids des mentalités. «Cela fait trente ans que je m'intéresse à la Birmanie. A chaque crise, je me dis que le régime ne pourra pas continuer sur sa ligne et que des changements vont advenir. Pourtant, le régime est toujours debout.»

«Le bouddhisme, la non-violence, l'espoir d'une meilleure existence dans une vie future, tout concourt à un important fatalisme de la population birmane, rappelle Matthias Huber. Sans oublier bien sûr la crainte d'affronter plus de 400'000 soldats qui n'hésitent pas à tirer sur la foule.»

Luttes pour le pouvoir

Dès lors, le changement ne peut venir que de l'intérieur du régime. «Le seul espoir est que le régime craque de l'intérieur et qu'un groupe de militaires estime que toutes les bornes ont été franchies. De fait, Than Shwe est très malade et des luttes de pouvoir pour sa succession sont certainement déjà à l'œuvre», évalue Matthias Huber, tout en rappelant que ce régime militaire est particulièrement opaque.

L'éditeur genevois évoque également une variante à cette possible révolution de palais: «Il n'est pas exclu qu'une partie de l'armée finisse par se mettre du coté de la population contre le régime en place.»

Un scénario possible si le régime continue de freiner les secours aux populations sinistrées et s'il s'obstine, à moyen terme, à négliger les besoins de tout le pays.

«Si rien n'est fait, des centaines de milliers de personnes sont menacées à court et moyen terme. Outre les destructions des habitations et des infrastructures, les stocks de riz ont été perdus, tout comme les semences pour la prochaine culture qui doit commencer le mois prochain», souligne Matthias Huber.

Avant de préciser: «Il faut aussi savoir que depuis le début de l'année, la Birmanie a quintuplé ses exportations de riz (600'000 tonnes) pour profiter de la hausse des prix des matières premières. A moins d'un apport extérieur massif, il n'y aura plus de riz en Birmanie pour cette année.»

Une aide indispensable

Face à une telle crise humanitaire, il faudrait, selon Léon de Riedmatten, une opération massive du genre pont aérien, avec des navires militaires mouillant à proximité des eaux territoriales birmanes et des hélicoptères assurant l'acheminement des vivres et des secours humanitaires vers les terres du pays.

«La capacité du régime à s'organiser face à cette catastrophe est proche de zéro», explique pour sa part Matthias Huber.

Raison sans doute pour laquelle le régime birman a accepté ce lundi que les pays de l'ASEAN coordonnent l'aide internationale en faveur des sinistrés. Mais le régime continue de filtrer les secours internationaux bien que les trois quarts des deux millions de rescapés manquent toujours de tout.

swissinfo, Frédéric Burnand à Genève

Une porte entrouverte

La junte militaire birmane a accepté ce lundi le déploiement immédiat d'équipes médicales pour venir en aide aux survivants du cyclone Nargis, suite à une réunion ministérielle d'urgence de l'Asean.

Lors de cette réunion, les ministres des affaires étrangères des dix pays d'Asie du Sud-Est (dont la Birmanie) ont décidé d'établir un mécanisme de coordination de l'aide internationale qui sera dirigé par l'Asean.

Les autorités birmanes ont également autorisé le sous-secrétaire des Nations Unies aux Affaires humanitaires John Holmes, arrivé la veille à Rangoon, à se rendre dans le delta de l'Irrawaddy, la zone la plus durement frappée par la catastrophe.

L'ONU a fait savoir que son personnel étranger n'avait toujours pas accès à la région du delta, où la situation est décrite comme épouvantable, plusieurs centaines de milliers de survivants souffrant désormais de la faim, d'épidémies et d'un manque d'abris.

Une conférence d'appel de fonds pour la Birmanie se tiendra dimanche prochain à Rangoun sous l'égide de l'ONU et de l'Asean.

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