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Revue de presse Le débat sur le Gothard s’emballe déjà

Le second tube ne manquera pas d’attirer plus de trafic, prédisent déjà certains.

Le second tube ne manquera pas d’attirer plus de trafic, prédisent déjà certains.

(Keystone)

Un mauvais signal, qui sonne l’appel à davantage de camions pour les uns, une solution sage pour la sécurité et contre les bouchons pour les autres. La décision de percer un second tube routier au Gothard promet une longue et rude guerre de tranchées, annonce la presse suisse.

Dans quatre ans, la Suisse inaugurera le très ambitieux tunnel de base ferroviaire du Gothard: 19 milliards d’investissements, doublement de la capacité de transport, rapidité accrue, le tout confirmé plusieurs fois par le verdict des urnes, rappellent d’entrée de jeu les quotidiens Tages-Anzeiger (Zurich) et Der Bund (Berne).

Pour les deux journaux, c’est donc «le transfert de la route au rail, inscrit dans la constitution, qui devrait être la ligne directrice».

«Bien sûr le gouvernement veut inscrire dans la loi le fait qu’on n’ouvrira qu’une voie dans chaque sens. On entend bien le message, mais on peine à y croire. Quand les usagers feront la queue sur des kilomètres à côté d’une voie vide, la pression pour son ouverture deviendra immense».

Et quand on finira par l’ouvrir, prédisent le Tages-Anzeiger et le Bund, «le discours actuel de Doris Leuthard sonnera aussi faux que celui de son lointain prédécesseur Hans Hürlimann, qui avait dit à l’inauguration du tunnel en 1980 que celui-ci ne deviendrait jamais un corridor pour le trafic des poids lourds».

«De la poudre aux yeux»

Dans la même veine, L'Express/L'Impartial (Neuchâtel) et La Liberté (Fribourg) estiment «difficile de croire que la mise en service d'un second tunnel n'entraînera pas une hausse des capacités».

Pour la Südostschweiz, dire que l’on n’ouvrira qu’une voie dans chaque direction, c’est tout simplement «de la poudre aux yeux. En réalité, les lobbies de la route mettront la pression jusqu’à ce que le parlement cède» et que les deux voies soient ouvertes.

Ainsi, juge le quotidien grison, la protection des Alpes, «qui jusqu’ici est restée largement lettre morte, peut tout aussi bien être biffée de la constitution. Mais hier, le gouvernement n’a pas encore voulu mettre le peuple face à cette triste vérité».

Contradictions

La Regione Ticino fait quant à elle «ingénument» remarquer que l’option choisie aujourd’hui était encore jugée «de loin pas la plus convaincante» il y a six mois à Berne.

«Mystères de la politique et magie du lobbysme», note le quotidien tessinois, qui prévoit bien sûr que les mêmes lobbies auront tout le temps de faire pression pour transformer le temps venu les deux voies promises en quatre voies effectives, qui «saboteront la philosophie des transports helvétique, jusque-là portée en avant avec fierté par le vaisseau AlpTransit [nouveau tunnel ferroviaire du Gothard]».

«Une casquette de trop pour Leuthard. Le fait d’être à la fois ministre de l’Environnement et des Transports conduit à des contradictions», écrit pour sa part Der Landbote.

La semaine dernière au sommet de Rio, la première regrette le manque de progrès dans la protection de l’environnement et hier, la seconde donne un signal pour une augmentation potentielle du trafic routier à travers les Alpes. Et la ministre de l’Environnement a beau affirmer qu’il ne passera pas plus de camions dans les deux tubes qu’il n’en passe aujourd’hui dans un, elle ne convainc pas le quotidien de Winterthour. Car «elle sait parfaitement que dès qu’une route est construite, la pression augmente pour qu’elle soit utilisée».

Et nous?

La Neue Zürcher Zeitung (NZZ) voit elle aussi dans la décision du gouvernement un «refus d’une politique des transports efficace».

Et en adoptant ainsi une «solution de luxe pour cet axe symbolique, tant au niveau ferroviaire qu’au niveau routier, le gouvernement invite les politiciens régionaux et l’industrie à mettre la pression dans toutes les régions du pays», avertit le quotidien.

Des régions qui déjà ne se privent pas de rappeler qu’elles aussi ont des problèmes de transports.

Ainsi, le Zofinger Tagblatt rappelle que le Gothard, c’est une moyenne de 17’000 véhicules par jour, alors que les agglomérations du Plateau en voient passer bien plus. «Rien qu’à Wallisellen, ils sont 143’000 par jour et pas seulement pendant les vacances». Alors, la question qui se posera lors de la votation populaire que le journal considère comme assurée risque bien d’être «combien de fois dans l’année utilisez-vous cette route?»

Dans un éditorial commun, six petits quotidiens de la région comprise entre Berne et Zurich parlent de «variante de la mauvaise foi». Doris Leuthard a bien dû l’admettre: le Gothard ne fait pas partie du top ten des problèmes de trafic que connaît la Suisse. Les goulets d’étranglement sont dans les agglomérations, et les pendulaires y souffrent bien plus que les vacanciers qui descendent au Tessin, écrivent-ils en substance.

Besoin d’une vision globale

«Ce projet est-il si prioritaire que l’on doive remettre en question d’autres réalisations indispensables en des endroits comme Morges ou Zurich, où la circulation est en moyenne six fois supérieure à celle de l’axe nord-sud?», demande Le Temps.

 «Doris Leuthard a beau promettre qu’il n’y a pas de concurrence entre ces projets, elle ne convainc pas. Une stratégie globale est indispensable. Et il serait sage d’attendre l’ouverture du tunnel ferroviaire de base à fin 2016 avant de trancher, afin de voir dans quelle mesure il déchargera le trafic routier», écrit le journal romand.

«Doris Leuthard est une excellente communicatrice. Mais la ficelle est si grosse dans le dossier du Gothard que tout son talent ne réussit pas à la cacher», renchérit 24 Heures (Lausanne).

«Depuis des années, la ministre des Transports explique aux différentes régions de Suisse qu’il faudra patienter avant de voir se réaliser les projets routiers tant attendus. Et la voilà tout à coup assurant, sourire aux lèvres, que le second tube au Gothard est parfaitement réaliste. Mieux, qu’il ne met aucunement en danger les autres projets, notamment en Suisse romande. Comme si, au pays du frein à l’endettement, les milliards pouvaient pleuvoir…», ironise le quotidien vaudois.

Pas avant 2030

2013, le message du Conseil fédéral est attendu pour la fin de l’année.

2014, débats au parlement.

2015, votation populaire, si le référendum est demandé - la gauche et les Verts ne devraient pas manquer de le lancer.

2015-2023 planification et études.

2023-2030 percement du second tube, puis rénovation du tunnel actuel.

2030 ouverture à la circulation dans les deux tubes, avec une seule voie dans chacun d’eux, la seconde servant de bande d’arrêt d’urgence.

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