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Pour la Suisse, la Libye n'est qu'un tout petit marché

La Lybie en Suisse: la raffinerie Tamoil à Collombey, dans le canton du Valais. Reuters

La crise n'est pas terminée entre la Suisse et la Libye. Les milieux économiques suisses restent cependant sereins, tout en comptant sur la diplomatie pour régler la situation.

Ce contenu a été publié le 19 août 2008 - 17:50

La semaine dernière, l'espoir de voir les relations se normaliser entre Berne et Tripoli a une nouvelle fois été déçu. Les deux ex-employés de maison d'Hannibal Kadhafi, fils du dirigeant libyen, n'ont pas voulu retirer la plainte qu'ils avaient déposée à Genève pour mauvais traitements.

Classer l'affaire pour des raisons politiques n'entre pas en ligne de compte, a aussi déclaré, mercredi, le procureur cantonal genevois Daniel Zappelli.

Face à Mouammar Kadhafi et à ses sautes d'humeur, les entreprises suisses commerçant avec la Libye peuvent légitimement continuer à craindre quelques désagréments. Car les deux conditions posées par Tripoli à Berne – retrait de la plainte et excuses – n'ont pas été remplies.

Mammouar Kadhafi pourrait par exemple une nouvelle fois menacer de fermer le robinet de pétrole, comme il l'avait déjà fait après l'arrestation de son fils et de sa belle-fille le 15 juillet à Genève. Mais, pour Rolf Hartl, président de l'Union pétrolière suisse, le scénario reste improbable.

10% du réseau suisse

«Cela irait contre les intérêts libyens, puisque la Libye, via l'entreprise d'Etat Tamoil, possède la raffinerie de Collombey et environ 350 stations-services, affirme Rolf Hartl, interrogé par swissinfo. Cela représente environ 10% du réseau suisse.»

Même si la Libye passait à l'acte, la Suisse ne serait pas démunie, selon l'Union pétrolière: d'autres distributeurs pourraient être mis à contribution, au moins provisoirement.

Il est vrai cependant que la Libye est le plus important importateur de pétrole non raffiné en Suisse, avec une part de 54%. Rolf Hartl nuance ce chiffre: le pétrole non raffiné compte pour un tiers «seulement» de la consommation de pétrole en Suisse, la part totale libyenne dans la consommation globale est donc estimée à un bon cinquième.

Fonds libyens

A l'inverse, dans le sens Suisse-Libye, la dépendance pourrait être plus grande. Quelque six milliards de francs provenant de Libye sont gérés dans les banques suisses. Si Berne décidait de bloquer ces fonds, les propriétaires libyens pourraient faire la grimace.

L'importance de la Libye en tant que partenaire commercial est aussi à relativiser. Même si Tripoli est le plus grand partenaire de l'économie suisse en Afrique, le volume total des échanges n'a pas dépassé deux milliards de francs en 2007.

La Suisse exporte en Libye principalement des machines, des produits pharmaceutiques, des véhicules, des avions, des biens agricoles et des montres. Cela ne représente que 2% des importations libyennes.

En tant que pays exportateur, la Libye envoie environ 3% de ses exportations en Suisse, en très grande majorité du pétrole. En comparaison, plus de trois quarts de toutes les exportations libyennes sont destinées à l'Union européenne.

Conclusion de Jean-Daniel Gerber, directeur du Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO), cité dans la «NZZ am Sonntag»: La Libye en tant que pays exportateur n'est pas décisive pour l'économie suisse et, en cas de besoin, il y a d'autres solutions pour le pétrole.

Ils restent

Une dizaine d'entreprises suisses sont actives en Libye. L'organisation de promotion à l'exportation OSEC ne veut pas en donner les noms et le nombre exact, «pour des raisons de protection des données», dit un porte-parole.

ABB fait partie du groupe. Un des deux Suisses brièvement arrêté par Tripoli en signe de rétorsion, est employé du groupe technologique. Le siège de l'entreprise ne veut pas s'exprimer sur un éventuel retrait de Libye. La décision sera prise une fois la crise terminée, explique un porte-parole.

Le conseiller national radical Johann Schneider-Ammann, qui vent des machines de construction en Libye par l'intermédiaire d'un commerçant, ne songe pas non plus à quitter le pays de la famille Kadhafi. «Le pays est en train de se réformer, a-t-il déclaré à la «NZZ am Sonntag». Grâce aux revenus des matières premières, il dispose d'une grande force d'achat.» Selon lui, cette confrontation avec l'ouest pourrait de plus amener un vent de démocratie dans le pays.

En tant que président de Swissmem, association faîtière de l'industrie des machines, Johann Schneider-Ammann ne cache pas ses attentes vis-à-vis de la diplomatie de crise suisse. «Le but doit être de permettre aux entreprises suisses de pouvoir refaire des affaires en Libye.» Ce qui ne semble pas être pour tout de suite.

Le trafic aérien entre les deux pays s'est en revanche normalisé. Swiss, qui s'était vue interdire provisoirement ses destinations libyennes, a pu rétablir les liaisons. Ce qui n'a pas changé grand-chose: seuls 49 Suisses vivent en Libye et le pays est trop chaud en été pour y passer des vacances.

swissinfo, Renat Künzi
(Traduction de l'allemand: Ariane Gigon)

CHRONOLOGIE DE LA CRISE

15 juillet. Hannibal Kadhafi, un des fils du dirigeant libyen, est arrêté à Genève avec son épouse. Ils auraient maltraité deux employés de maison.

17 juillet. Les époux sont relâchés.

19 juillet. Deux Suisses sont arrêtés en Libye au motif d'atteinte à la loi sur l'immigration et d'autres lois.

22 juillet. La ministre Micheline Calmy-Rey, en charge du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), proteste téléphoniquement auprès de son homologue libyen.

23 juillet. La Libye menace de stopper les livraisons de pétrole à la Suisse.

25 juillet. Le DFAE parle de «crise» dans les relations entre la Suisse et la Libye.

26 juillet. La Libye exige des excuses de la Suisse pour l'arrestation du fils du dirigeant et le classement de la plainte pénale à Genève.

28 juillet. La Suisse et la Libye négocient directement entre elles.

29 juillet. Les deux Suisses arrêtés en Libye sont relâchés contre caution.

13 août. Les avocats des deux employés de maison annoncent ne pas vouloir retirer leur plainte.

La crise reste ouverte. Les deux parties négocient sur le plan diplomatique.

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