La crise avec la Libye s'intensifie

A Tripoli, des partisans du régime Kadhafi ont manifesté mercredi devant l'ambassade suisse. AFP

Tripoli poursuit sur la voie des représailles après l'arrestation d'Hannibal Kadhafi à Genève. Les deux Helvètes détenus en Libye ont été inculpés et les pétroliers libyens ont annoncé avoir arrêté de livrer à la Suisse.

Ce contenu a été publié le 24 juillet 2008 - 19:10

Encore prudent hier, Berne parle jeudi ouvertement de «crise» pour qualifier l'état de ses relations avec Tripoli. La tension entre les deux pays est encore montée d'un cran, alors que la Libye a durci ses mesures de rétorsion.

En garde à vue depuis samedi, les deux ressortissants suisses ont ainsi été inculpés au motif d'infractions sur l'immigration et le séjour, a annoncé le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

«Ils sont traités comme des immigrants illégaux» et détenus dans des conditions «très dures», a dénoncé le porte-parole du DFAE Jean-Philippe Jeannerat devant la presse à Berne. Les deux Suisses ont été transférés en prison. La durée de leur détention a été portée à 20 jours.

L'un d'entre eux est un employé du groupe technologique ABB. Les bureaux en Libye du géant industriel helvético-suédois, ainsi que ceux de la multinationale vaudoise Nestlé, ont été fermés.

Menaces pétrolières

Au niveau économique toujours, la compagnie nationale de transport maritime libyenne, dont Hannibal Kadhafi est officiellement «conseiller», a annoncé jeudi avoir cessé de livrer du pétrole brut à la Suisse.

Berne n'a cependant pas reçu d'annonce officielle sur un embargo en provenance de Libye, a indiqué le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco). «Nous ne savons pas s'il s'agit d'une décision définitive ou si c'est une annonce de plus dans le cadre de cette difficile situation», a expliqué son directeur suppléant Eric Scheidegger.

Selon l'Union pétrolière suisse (UP), un arrêt de la livraison de pétrole brut libyen serait surmontable. Son directeur, Rolf Hartl ne s'attend pas à des files d'attente devant les stations-service suisses. Le pétrole libyen, qui ne représente qu'environ 20% de la consommation finale, pourra être rapidement remplacé selon lui. Des stocks obligatoires pourraient aussi être débloqués.

Mission diplomatique

Sur le plan diplomatique, la Libye, qui a réduit les liaisons aériennes avec la Suisse, n'octroie plus de visas ou d'autorisations de voyage aux citoyens suisses.

Par mesure de précaution, le DFAE recommande d'ailleurs de renoncer jusqu'à nouvel avis à tout déplacement à destination de la Libye. Quant aux Suisses sur place, «nous sommes en contact permanent avec eux», a indiqué à swissinfo Jean-Philippe Jeannerat.

Depuis mercredi, une délégation de diplomates helvétiques est à Tripoli. Elle a entamé des discussions, avec pour priorité d'obtenir la libération des deux employés helvétiques inculpés, a indiqué le DFAE.

Cette mission doit rentrer en Suisse jeudi soir ou vendredi matin pour faire un rapport à la ministre des affaires étrangères Micheline Calmy-Rey, qui a interrompu ses vacances pour suivre la situation. Mardi, elle a fait part de «sa ferme protestation et de sa vive préoccupation face à ces développements» par téléphone à son homologue libyen Abderrahman Shalgan.

De l'avis des partis politiques suisses, Berne a bien réagi aux mesures de rétorsion prises à son encontre. L'attitude des autorités libyennes est unanimement jugée inacceptable. Tous les partis estiment important de privilégier les contacts diplomatiques et jugent que la situation va s'apaiser.

Tripoli attend une «compensation»

De leur côté, les experts pensent que Berne devait s'attendre à des mesures de rétorsion de la part de Tripoli. Pour la famille Kadhafi, l'arrestation d'un des siens représente en effet un «affront».

Ex-directeur du centre de recherche pour la politique de sécurité de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), Kurt R. Spillmann estime que l'arrestation de deux ressortissants suisses en Libye est une sorte de «prise d'otage». Pour lui, Tripoli attend une «compensation» de la part des autorités suisses.

swissinfo et les agences

Rappel des faits

Le fils cadet du colonel Kadhafi, qui se fait appeler Hannibal, et son épouse ont été arrêtés le mardi 15 juillet dans un hôtel à Genève.

La police est intervenue après avoir été alertée par des employés de l'hôtel, révoltés par l'attitude des Kadhafi à l'égard de deux de leurs domestiques.

Ils ont été inculpés le lendemain pour lésions corporelles simples, menaces et contrainte.

Après deux jours de détention, les époux Kadhafi ont été libérés suite au versement d'une caution d'un demi million de francs.

Ils ont quitté Genève en s'engageant implicitement à se présenter aux audiences d'instruction.

End of insertion

Approvisionnement pétrolier

La part directe du pétrole libyen à l'approvisionnement de la Suisse ne dépasse pas un sixième des besoins du pays.

A ce propos, la distinction entre pétrole brut et pétrole raffiné est capitale.

C'est en matière de pétrole brut que la part de la Libye est importante (près de 50%).Or le pétrole brut ne représente qu'un tiers des importations suisses.

Le solde des besoins helvétiques, soit les deux tiers (11,5 millions de tonnes par an), provient de pétrole déjà raffiné, la plupart du temps aux Pays-Bas ou en Allemagne.

La couverture en produits pétroliers est assurée par des réserves obligatoires.

Concernant l'essence pour les voitures, ces réserves permettent de couvrir les besoins helvétiques pendant près de 5 mois.

End of insertion

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

Partager cet article