Quand un glacier fait place à un delta

La cuvette de Gletsch aujourd’hui. Sur les rochers en haut à gauche, on distingue la langue du glacier. swissinfo.ch
Ce contenu a été publié le 30 juillet 2003 - 15:00

De Brigue, la vallée du Rhône se fait brutalement plus étroite et plus encaissée. Le jeune fleuve n’est alors qu’une modeste rivière et l’on se croirait presque dans quelque contrée sauvage.

Ce serait oublier que cette route a toujours été un lieu de passage. D’ici, on peut rejoindre Uri et le Gothard, le Tessin et l’Italie, ainsi que l’Oberland bernois. Et les touristes n’ont pas attendu le 21ème siècle pour investir la vallée, comme en témoignent nombre de bâtiments hôteliers, tout auréolés de leur prestige d’antan.

A partir d’Oberwald, les rochers barrent le fond de la vallée et la route se met à monter en lacets. Quelques kilomètres à peine, aux côtés d’un Rhône impétueux comme le torrent de montagne qu’il est ici, et l’on débouche sur l’impressionnante cuvette de Gletsch.

En comparaison de ce qu’elle est devenue, les images qui la montrent aux siècles précédents font presque peur. En 1850, le fond de la cuvette disparaît entièrement sous une masse de glace de plusieurs dizaines de mètres de haut, semblable à une gigantesque coulée de lave qui se serait arrêtée à un jet de pierre de l’auberge d’alors. Depuis 1602, date du premier pointage, le glacier n’a pas reculé de 200 mètres.

Aujourd’hui, la cuvette est un pâturage bucolique et humide, où fleurissent l’orchidée sauvage et le triton alpin. Quant au glacier, c’est à peine si l’on en distingue encore la langue, au haut de la falaise, à plus de deux kilomètres de là.
Du coup, parler de LA source du Rhône n’a plus de sens. Des multiples points de fonte de la glace, les eaux du jeune torrent ruissellent tout au long de la falaise qui barre le nord de la cuvette. Et avant d’entamer sa descente rapide sur Oberwald, le Rhône collecte encore tous les petits ruisseaux qui descendent des autres versants.
A sa naissance, le fleuve forme donc une sorte de delta. Comme à son embouchure, mais à l'envers.

Le paysage n’en est pas moins grandiose. Et en montant jusqu’au Belvédère qui jouxte le glacier, on peut voir que le Rhône a encore de la réserve.
On peut aussi s’amuser à imaginer qu’un jour chacun de ces cristaux de glace bleue «retombera en torrent dans l’océan du monde», comme l’écrivit Victor Hugo, dans une «dictée en présence du Glacier du Rhône» ma foi passablement pompeuse.
Mais le grand poète avait une excuse: aux dires de ses biographes, il n’aurait jamais mis les pieds en ces lieux.

swissinfo, Marc-André Miserez à Gletsch

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