Retour des réfugiés : Ruth Metzler s'informe sur le terrain

La Conseillère fédérale Ruth Metzler a effectué lundi une visite de travail d’une journée à Pristina, au Kosovo. Applaudissements mais également bémols dans les milieux de l’asile.

Ce contenu a été publié le 15 novembre 1999 - 19:45

La Conseillère fédérale Ruth Metzler a effectué lundi une visite de travail d’une journée à Pristina, au Kosovo. Applaudissements mais également bémols dans les milieux de l’asile.

La visite de Ruth Metzler au Kosovo a été brève. Et le principe de ce déplacement a été apprécié, y compris dans les milieux de l’asile. Rien n’est plus important pour une conseillère fédérale en charge, entre autres, d’un dossier aussi délicat que celui du destin des réfugiés kosovars, que d’aller sur le terrain. Confronter à la réalité une masse d’informations complexes en provenance de cette province meurtrie, l’été dernier, par un déchaînement inouï de violences. C’est ce qu’a fait ce lundi la cheffe du Département fédéral de justice et police (DFJP). Elle s’est rendue à Pristina pour se faire une idée de la situation in situ avant de prendre de nouvelles décisions relatives au «retour » des requérants. Et c’est justement là que se situe l’enjeu de cette visite de travail extrêmement balisée. Ruth Metzler s’est en effet entretenue notamment avec Bernard Kouchner, administrateur civil de l'ONU, et Wibert van Howell, suppléant du responsable du Haut Commissariat aux réfugiés au Kosovo.

Au seuil d’un hiver qui s’annonce rude, les conditions du retour des Albanais dans leur province sont elles remplies? A cette question, des organisations comme l’Office suisse d’aide aux réfugiés (OSAR), répondent par la négative. «Dans bien des endroits, la situation reste dramatique. Et Pristina, où s'est rendue Mme Metzler, n’est pas le Kosovo», affirme Markus Loosli, secrétaire central de l'OSAR. L’arrière-pays est délabré. Les routes sont en mauvais état. Les ponts sont toujours détruits. «Dans les campagnes, dit-il, les villageois font tant bien que mal des réserves pour pouvoir affronter les premières neiges». Même son de cloche du côté de l’Université populaire albanaise à Genève. Son directeur, Ueli Leuenberger, salue le voyage de Ruth Metzler : «Il est bon qu’un membre du gouvernement aille voir sur place. J’espère que son voyage ne l’incitera pas à exercer plus de pressions sur les réfugiés pour qu’ils rentrent encore cet hiver. Ce serait une grave erreur». La crainte d’Ueli Leuenberger est de voir les autorités précipiter un processus de renvoi mené tambours battants qui «allie savamment l’usage de la carotte et le bâton».

Tel ne devrait pas être le cas. La Suisse appliquera son programme à la lettre. Sans précipitation en respectant un calendrier et des modalités rendus publiques en août dernier. Objectif : «amener» 50'000 personnes à rentrer chez elles. Le gouvernement a en effet levé l'admission provisoire et fixé au 31 mai 2000 le délai pour l'octroi d'une aide au retour... dégressive. Ruth Metzler semble s’être rendue à Pristina pour fixer, en accord avec Bernard Kouchner, les modalités d’un retour ordonné des Kosovars «d’ici au printemps 2000», souligne Roger Schneeberger, porte-parole de l’Office fédéral des réfugiés (ODR).

D’ici la fin de l’année près de 16’000 personnes, qui ont déjà demandé une aide au retour, auront quitté la Suisse sur une base volontaire, souligne Roger Schneeberger. Avec dans l’escarcelle 2000 francs par adulte et 1000 francs par enfant. Sans compter l’aide en matériel qu’ils reçoivent sur place. Les autres, ceux qui s'en iront entre le 1er janvier et le 31 mai 2000, recevront la moitié de la somme. «Après, nous recourrons aux rapatriements forcés, affirme Roger Schneeberger, si nécessaire». Reste que la pression s’exerce toujours d’une façon ou d’une autre sur les réfugiés. Près de 600 requérants ont reçu, ces derniers temps, un délai de départ fixé au 15 décembre prochain. Cela découle d’une décision du gouvernement, précise Roger Schneeberger. Elle concerne les requérants arrivés en Suisse après le 1er septembre. Et ils ont la possibilité de faire recours.

Jugurtha Aït-Ahmed

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