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Initiative Minder: un «coup de trique» pour plus d’éthique

Thomas Minder ou la victoire d’un homme. AFP

Le vote massif en faveur de l’initiative Minder contre les salaires abusifs traduit le ras-le-bol du peuple face à certains excès et marque une sévère défaite des milieux économiques, relève la presse suisse de lundi. Reste à voir comment le texte se traduira dans les faits…

Ce contenu a été publié le 04 mars 2013 - 10:36
swissinfo.ch

«Un pour tous, tous avec lui – ou presque, s’enthousiasme La Liberté de Fribourg. Ce qu’a réussi l’entrepreneur Thomas Minder est exceptionnel. Que dit le peuple aux ‘profiteurs’, comme les qualifie en allemand l’initiative Minder? Qu’ils reviennent sur terre. Qu’ils prennent conscience qu’un grand patron supposé génial mérite certes un imposant salaire, mais pas dans les altitudes stratosphériques atteintes ces dernières années: les rémunérations se comptant en dizaines de millions claquent comme des insultes au commun des salariés».

Plus lyrique encore, la Neue Luzerner Zeitung compare carrément l’entrepreneur schaffhousois à Robin des Bois. «Si l’existence du héros anglais n’est pas établie, le Robin des Bois vivant s’appelle Thomas Minder et entrera dans les livres d’histoire de notre pays », écrit le quotidien de Suisse centrale.

A l’opposé, le Blick voit dans le triomphe de Minder celui d’un «anti héros, un homme seul, qui n’inspire pas la sympathie et peut se montrer cassant et virulent dans les débats». Cet homme pourtant a su convaincre presque sept votants sur dix, «pas de sa personne, mais de son idée. Il s’est battu. Et peu importe s’il avait le gouvernement et le parlement contre lui, peu importe qui lui marchait sur les pieds. Il était comme possédé», note le tabloïd alémanique

Ce succès de «l’indigné Thomas Minder n’est pas une surprise mais son ampleur interpelle, écrit Le Temps. Il traduit le ras-le-bol du peuple face aux excès des grands patrons et aux récompenses démesurées, comme celle envisagée par Novartis pour son président Daniel Vasella à l’heure du départ».

Le quotidien romand relève également «la sévère défaite des milieux économiques, qui démontre qu’ils perdent en influence directe. Inquiétant pour tous ceux qui redoutent le poids de nouvelles règles, mais démonstration qu’une démocratie directe punit ceux qui tardent à répondre à une forme d’indignation collective».

Un signal avant tout

«Les Suisses n’ont pas l’habitude de voter avec les tripes, mais cette fois, la colère républicaine l’a emporté sur leur pragmatisme proverbial, relève le Corriere del Ticino. Car depuis plus d’une décennie, le peuple a ressenti dans sa chair les effets pervers du comportement irresponsable de certains managers qui ont perdu le contact avec la réalité de leur pays, voire avec la réalité tout court».

 

Pour le Landbote de Winterthour, l’acceptation de l’initiative Minder «montre une fois de plus que la classe moyenne a son mot à dire en Suisse, du moins dans les urnes. Car ce oui ne doit pas être vu comme une volonté de renforcer les droits des actionnaires, mais d’abord comme un signal adressé à ‘ceux de là-haut’», dont les excès répétés ne sont plus acceptables.

La Neue Zürcher Zeitung aussi interprète ce vote comme un signal, et même «un signal très clair, à mettre sur le compte de l’incapacité de l’establishment politique et économique à prendre au sérieux le malaise général que cause les excès en matière de salaire et de boni».

Dans le même registre, le Tages-Anzeiger voit dans ce vote «un appel à la décence et à une participation équitable aux bénéfices». Et la vendeuse, l’hygiéniste dentaire ou l’assistante en pharmacie n’ont pas dit oui «d’abord par jalousie, mais plutôt à cause du sentiment que les top managers pillent les caisses, aux frais de la société».

Le quotidien zurichois rappelle pour l’occasion ces chiffres, donnés par la Confédération: entre 1998 et 2008, le salaire brut des patrons les mieux payés a doublé, de 318'000 à 620'000 francs par mois, tandis que les salaires au-dessous de 6000 francs n’ont augmenté que de 12%.

Encore un succès d'un franc-tireur

Après l'écologiste Franz Weber, c'est un autre franc-tireur, l'entrepreneur Thomas Minder, qui réussit à faire passer une initiative, au nez et à la barbe de l'establishment politique et économique. Ces succès d'outsiders se multiplient. Sur les sept initiatives populaires acceptées par peuple et cantons depuis 2004, quatre ont été lancées par des personnes qui se sentent ignorées par le processus politique habituel.

L'initiative «Internement à vie pour les délinquants sexuels ou violents» a été lancée en 1998 par Anita Chaaban, une femme au foyer saint-galloise, suite au viol de sa filleule. Refusée par le Parlement, son initiative a été acceptée à la surprise générale par le peuple en 2004.

Une autre surprise s'est produite en 2008 avec l'acceptation de justesse de l'initiative sur l'imprescriptibilité des actes d'ordre sexuel ou pornographique commis sur des enfants, lancée par Christine Bussat et le mouvement «Marche Blanche». Et pour être sûre d'être entendue, la Genevoise a lancé une nouvelle initiative sur la pédophilie, actuellement traitée par le Parlement.

Enfin, l'écologiste montreusien de 85 ans, Franz Weber, fait partie de ces empêcheurs de tourner en rond. Depuis 40 ans, la Fondation Franz Weber et Helvetia Nostra ont déposé pas moins de 50 initiatives, que ce soit au niveau communal, cantonal ou fédéral. Franz Weber a ainsi empêché le bétonnage autour des lacs de Haute-Engadine, ou celui des vignobles du Lavaux et, dernière victoire en date, gagné de justesse la votation sur l'initiative contre les résidences secondaires en mars 2012.

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Et maintenant?

Reste à voir quels seront concrètement les effets de l’initiative. «Officiellement, personne ne va se montrer mauvais perdant, écrit la Berner Zeitung, et même les opposants vont demander que le texte soit mis en vigueur rapidement et sans compromis. Mais dès qu’on va entrer dans les détails sensibles, les compromis vont soudain sembler indispensables».

Ainsi, même si les vainqueurs du jour ne veulent pas le voir, «les rémunérations des grands patrons pourraient continuer à augmenter sans frein, avertit le quotidien bernois. Et on pourra toujours accorder des indemnités de départ, même si l’initiative les interdit. Par exemple en octroyant à celui qui part un mandat de consultant».

La Liberté aussi se demande si «ce coup de trique pour un peu d’éthique aura les vertus escomptées? Il revient désormais au Parlement fédéral de mettre en musique l’initiative Minder. La précision du texte ne laissera que peu d’espace aux manœuvres dilatoires. Mais il ne faut pas espérer non plus un renforcement des mesures prévues par l’initiative, voire leur extension aux bonus.

La Neue Luzerner Zeitung ne se fait guère plus d’illusions: «à l’avenir il y aura encore des bandits en cravate qui trouveront la faille pour s’enrichir. Quant au Landbote, il rappelle que l’effet du oui des urnes pourrait tout aussi bien «être égal à zéro, comme l’a montré la dernière assemblée générale de Novartis: malgré le scandale des 72 millions de Vasella, les actionnaires ont voté la décharge au Conseil d’administration presque comme un seul homme».

«Et par chance, cela vaut aussi pour les effets négatifs de l’initiative, conclut le journal. Un droit des actionnaires plus strict ne va pas faire fuir les entreprises, ni les empêcher de s’établir, car ce pays leur offre par ailleurs suffisamment d’avantages».

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