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Napoléon est mort d'un cancer

La mort de Napoléon fait encore couler beaucoup d'encre.

(RDB)

Trois médecins bâlois ont démontré que Napoléon était bien mort d’un cancer et non d’un empoisonnement à l’arsenic comme le supposaient certains scientifiques.

Alain-Jacques Tornare, historien suisse, retrace pour swissinfo le parcours de l’empereur.

C’est un cancer de l’estomac, compliqué par une hémorragie dans la partie supérieure du tractus digestif, qui a fait passer Napoléon de vie à trépas le 5 mai 1821.

Telle est la conclusion de l’étude, présentée mardi à Bâle, menée par Alessandro Lugli, spécialiste en anatomie-pathologie à l’hôpital universitaire de Bâle, en collaboration avec l’Institut d’histoire de la médecine de l’Université de Zurich et les médecins Andrea Kopp et Milo Horcic.

Les trois scientifiques ont mis en évidence une importante perte de poids (11 kg) de l’empereur durant les cinq derniers mois de son existence à partir de mesures de la graisse abdominale et de l’évolution de la taille de ses pantalons, des symptômes qu’ils imputent à une «tumeur maligne gastrale».

Un diagnostic qui coïncide d’ailleurs avec celui déjà émis par Francesco Antommarchi, le médecin personnel de Napoléon, et retranscrit dans son rapport d’autopsie.

De ce fait, les experts bâlois estiment que la thèse de l’empoisonnement par le gouverneur anglais de Sainte-Hélène, Sir Hudson Lowe, et le confident de l’empereur en exil, le comte de Montholon, doit être écartée.

La concentration anormalement élevée d’arsenic dans les cheveux de Napoléon, découverte en 1961 par des scientifiques, s’explique aisément selon l'équipe d'Alessandro Lugli: l’empereur ayant été un grand amateur de vin, il n’est pas surprenant qu’il ait été en contact avec ce poison utilisé dans le nettoyage des tonneaux et des cuves par les vignerons.

Spécialiste de la saga napoléonienne, l’historien suisse Alain-Jacques Tornare revient sur la vie et la mort d’un homme devenu mythe dans l’imaginaire collectif de la population française, mais aussi européenne.

swissinfo: Des scientifiques bâlois affirment que Napoléon est bien mort des suites d’un cancer. Quelle est votre réaction?

Alain-Jacques Tornare: C’est important de pouvoir faire appel aux techniques modernes. Les historiens peuvent aujourd’hui mieux dialoguer avec les archéologues, les chimistes, les biologistes.

Cela nous permet de savoir quelle fut la vie des grands personnages de l’histoire. Cela l’est d’autant plus lorsqu’on a affaire à des mythes, comme c’est le cas de Napoléon.

swissinfo: Comment s’est construit ce mythe?

A. T.: Napoléon a su gérer aussi bien sa vie que sa mort, à l’image du pape Jean-Paul II. Une fois ce mythe créé à Sainte-Hélène, ses proches l’ont perpétué en diabolisant le gouverneur de Sainte-Hélène.

L’idée que les Anglais aient pu empoisonner Napoléon a envenimé les relations franco-britanniques sur le long terme et aussi l’image que l’on se faisait en France de la perfide Albion. 'Victimiser' Napoléon a été le meilleur moyen de le 'héroïser'.

Cela correspond parfaitement au personnage. Il a toujours reporté la responsabilité de ses défaites sur les autres. Mais c’est aussi un publicitaire, un communicateur hors pair. Il était passé maître dans l’art de transformer un prodigieux échec militaire en une magnifique réussite sur le plan scientifique.

Napoléon a détruit la France, la rendant plus petite qu’il ne l’avait prise. Sentant que c’était très gênant pour sa gloire posthume, il s’est donné les moyens de se présenter en victime lors de son exil sur l’île de sainte-Hélène.

swissinfo: Le fait que Napoléon, ce surhomme tant décrit, ait été vaincu par la maladie écorne-t-il le mythe?

A. T.: Non, tous ces grands hommes, comme Jésus, Napoléon, Alexandre, mènent une vie fulgurante. Ils savent inconsciemment que leurs jours sont comptés.

Dans l’imagerie populaire, Napoléon est quelqu’un qui grandit et vieillit à toute vitesse. Le jeune et fringuant vainqueur du Grand Saint-Bernard sur son cheval blanc laisse place trois ans plus tard à un petit monsieur bedonnant, la main sur l’estomac, souffrant d’un ulcère.

Il n’y a rien de plus indestructible que les mythes. La mort de Napoléon sur le rocher restera ancrée dans l’imaginaire collectif. Nul ne pourra se départir de l’idée – fausse – qu’il est mort tout seul sur cette île.

swissinfo: Comment expliquer cette dimension mythique de Napoléon de nos jours?

A. T.: Les rois se succèdent l’un à l’autre, en vertu d’un héritage. Napoléon est sorti, lui, du néant, comme si c’était une génération spontanée. Ce caractère exceptionnel d’un destin fait que l’on s’y accroche.

Il est difficile d’accepter la mort de ces gens. Dans notre imaginaire, ils ne peuvent pas mourir. On doit montrer que leur mort est injuste, qu’ils sont fauchés dans leur élan.

A notre époque, nous manquons cruellement de personnages charismatiques. Cet état de fait explique la frénésie qu’il y a eu autour de la personnalité de Jean-Paul II.

Nous avons besoin de ces gens qui rassemblent et qui ressemblent à ce que nous voudrions être. Si Napoléon n’existait plus dans notre imaginaire, il faudrait l’inventer.


swissinfo, Raphael Donzel

Faits

Napoléon est mort le 5 mai 1821 à l'âge de 51 ans.
Un cancer de l'estomac a été diagnostiqué
L'empereur français aurait perdu 11 kg les cinq mois précédant sa mort

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En bref

- Alain-Jacques Tornare est historien, chargé de cours à l’Université de Fribourg, spécialiste des relations franco-helvétiques.

- On lui doit notamment l’ouvrage Les Vaudois de Napoléon, des pyramides à Waterloo, paru aux éditions Cabédita en 2003.

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