Sauvez les espèces menacées en les mangeant!

Dans le commerce, on peut désormais trouver des produits aux formes et aux couleurs bien étranges. Keystone

Les variétés de fruits et légumes de nos ancêtres risquent de disparaître définitivement. Pour les sauver, Pro Specie Rara les remet dans nos assiettes.

Ce contenu a été publié le 03 mars 2005 - 09:34

Petit à petit, la fondation réintroduit sur le marché différentes espèces de carottes, poivrons, pommes de terre et autres aliments.

Au début du siècle dernier, la Suisse comptait encore 5'000 variétés de fruits. Aujourd’hui, la moitié d’entre elles a disparu. Et la situation n’est pas très différente pour les ovins et les bovins.

Cette perte n’est pas importante du seul point de vue de la biodiversité, comme l’explique Kurt Eichenberger, vice-directeur de Pro Specie Rara.

«La disparition de variétés végétales et d’espèces animales représentent aussi une perte irrémédiable pour notre identité culturelle.»

Une tradition qui se perd



Car c’est notre savoir-faire et notre tradition de culture et d’élevage qui s’en vont avec ces fruits et ces légumes, ces moutons et ces vaches.

La fondation Pro Specie Rara a précisément été créée pour faire revivre ces anciennes espèces végétales et animales. Elle s’y attèle depuis plus de vingt ans maintenant.

«Dans notre banque de données figurent 1'800 types de fruits et environ un millier de légumes et céréales», indique son directeur Bela Bartha.

Alternative en cas d’imprévu



Pour comprendre comment ces espèces indigènes sont progressivement devenues exotiques, il faut remonter aux années qui ont suivi la Première Guerre mondiale.

A l’époque, la Confédération, qui voulait préserver l’autosuffisance alimentaire du pays, a recherché des espèces plus productives et a abandonné les autres variétés.

Cette stratégie, qui s’est révélée efficace par le passé, pourrait à l’avenir nous jouer des tours. La crise de la vache folle et la grippe aviaire nous ont en effet appris qu’il était dangereux de se focaliser sur une seule espèce.

Dans ce contexte, Kurt Eichenberger se souvient que «la sauvegarde d’une agriculture et d’une horticulture diversifiée et adaptée aux spécificités locales est un moyen de se prémunir contre les événements imprévisibles».

Patates violettes, carottes jaunes



Le répertoire constitué par la fondation Pro Specie Rara a donc une valeur inestimable. Mais cela ne suffit pas à garantir la survie des espèces plus insolites.

«Pour perdurer, il faut qu’elles servent à quelque chose. Or le meilleur moyen est de promouvoir leur consommation alimentaire», observe Bela Bartha.

Grâce à sa collaboration avec quelques agriculteurs et des distributeurs alimentaires comme la Coop, Pro Specie Rara réussit à réintroduire progressivement ces anciens produits sur le marché.

Le consommateur attentif aura ainsi constaté qu’aux côtés des tomates rouges traditionnelles, on trouve aussi des patates violettes et d’énormes carottes jaune clair.

«Une vingtaine de produits sont actuellement disponibles. Mais, dès l’an prochain, nous prévoyons de doubler l’offre», souligne le directeur de la fondation.

400 espèces de pommes



Lors de l’Exposition nationale suisse, en 2002, le visiteur avait pu admirer 365 variétés différentes de pommes – une pour chaque jour de l’année - sur le pavillon Manna, à Neuchâtel.

Selon le directeur de Pro Specie Rara, on compte même 400 sortes de pommes en Suisse. Pourtant, les rayons des magasins offrent un choix de produits restreint (cinq ou six variétés tout au plus).

«Les espèces qu’on ne trouve pas dans nos rayons sont principalement des variétés de jardin, très délicates et difficiles à conserver. Leur transport se révèle souvent catastrophique», explique Bela Bartha. En outre, la production ne suffirait pas à répondre à la demande, même si celle-ci est minime.

Autre élément qu’il faut prendre en compte: l’effet de surprise ne plaît pas à tout le monde. Certains clients peuvent être déconcertés face aux formes et aux couleurs un peu inhabituelles de ces variétés.

Le porte-parole de la Coop, Karl Weisskopf, cite à ce propos l’exemple des tomates 'Green Zebra’: «Les clients doivent être informés que la tomate est mûre, même si elle est toute verte.»

Fuir le monopole des multinationales



On peut aussi découvrir ces anciennes saveurs directement chez l’agriculteur. Au Sud des Alpes, Donato Pedroia fait partie des quatre ou cinq producteurs tessinois qui se sont engagés à faire revivre ces espèces oubliées.

«Nous faisons tout d’abord un test avec une petite poignée de semis pour savoir si l’espèce se prête à la culture et si elle est adaptée à vente», explique Donato Pedroia.

Même s’il n’est bien sûr pas envisageable de concurrencer les grands noms du secteur (Syngenta, Monsanto, etc.), cette production de niche peut être considérée comme une timide alternative au marché globalisé des semences.

«C’est notre façon à nous de fuir le monopole des multinationales», confie l’agriculteur tessinois.

swissinfo, Luigi Jorio
(Traduction de l’italien: Alexandra Richard)

Faits

Depuis 1982, Pro Specie Rara a réussi à préserver 21 espèces d’animaux d’élevage
1800 variétés de fruits
Et un millier d’espèces différentes de céréales et légumes

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En bref

- Selon le Fonds pour l’alimentation de l’ONU (FAO), la diversité génétique des cultures agricoles a diminué de 75% durant le siècle dernier.

- Sur 6'300 races animales environ, 1350 sont menacées d’extinction ou ont déjà disparu.

- En Suisse, on compte actuellement 24 races de bovins indigènes. 9 sont menacées.

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