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Affaire Polanski: «la Suisse ne peut que donner suite»

«Je demande à être traité comme tout le monde», plaide Roman Polanski.

(Keystone)

Roman Polanski est finalement sorti de sa réserve en publiant sa défense dans un plaidoyer qui accuse la justice américaine de «mensonge». Une justice qui veut se prononcer en présence de l’accusé, et qui en a le droit, explique l’avocat genevois Charles Poncet.

Toujours accusé du viol d’une adolescente de 13 ans en 1977, le cinéaste franco-polonais de 76 ans est assigné à résidence dans son chalet suisse de Gstaad et devrait être extradé aux Etats-Unis.

Pour la première fois depuis son arrestation, le 26 septembre 2009 à Zurich, Roman Polanski est sorti de sa réserve dimanche sur le site de «La règle du jeu» dirigé par son ami le philosophe français Bernard-Henri Lévy. «Je ne peux plus me taire», ce plaidoyer qui reprend l’affaire point par point du point de vue de l’intéressé, a été repris par les médias suisses et internationaux de lundi.

«Il y a trente-trois ans j’ai plaidé coupable, j’ai exécuté une peine [de 42 jours, ndlr.] à la prison de droits communs de Chino (Californie), pas dans une prison de VIP, qui devait couvrir la totalité de ma condamnation. A ma sortie, le juge a changé d’avis et a prétendu que le temps passé à Chino n’était pas l’exécution intégrale de ma condamnation et c’est ce revirement qui a justifié mon départ des Etats-Unis.»

Polémique

Assigné à résidence depuis sa sortie de prison en décembre dernier, le réalisateur de «Chinatown» clame que, si les Etats-Unis réclament toujours son extradition, «c’est pour le livrer en pâture aux médias et profiter de cette publicité».

Roman Polanski explique qu’il n’a pas souhaité s’exprimer auparavant, afin que «les autorités judiciaires de Suisse et des Etats-Unis ainsi que mes avocats puissent faire leur travail sans polémique de ma part».

Et pourtant, la polémique n’a pas attendu que le principal intéressé s’exprime pour déchirer les «pro» et «anti» à propos de cette sombre affaire.

Sur Internet, les blogs et les réactions (aussi sur swissinfo.ch) abondent: «Si Polanski a purgé sa peine comme il le prétend, il ne doit rien risquer en assistant à son procès», peut-on lire. Ou: «Justice doit être rendue pour tout le monde»; «tout ce cirque pour un mec qui veut pas assumer ses actes...»; «le retrait de la plainte n'est pas suffisant pour clore une affaire et c'est encore heureux !»; «c'est le battage médiatique autour d'une affaire ’classée’ qui m'énerve.»

Pas de paradoxe

Si Polanski a pris la plume, c’est qu’il y a eu au moins deux faits importants. Il y a quelques jours, la victime a vu une nouvelle demande de clore les poursuites rejetée par la cour de Californie

Paradoxe? Pas pour la justice américaine, qui confère un grand pouvoir aux juges, répond Charles Poncet. «Dans cette affaire, un juge a manifestement considéré que l’intérêt public passait avant celui de la victime. Que ce soit motivé par le fait qu’il s’agit de Polanski ou pour se faire de la publicité, peu importe. Cela peut paraître surprenant en Suisse, mais c’est le système américain», explique l’avocat genevois, également expert en droit étatsunien.

Mais surtout: la semaine dernière, la même justice américaine a refusé de juger Roman Polanski par contumace, «alors que la même cour d’appel avait recommandé le contraire».

Commentaire de l’intéressé: «Je ne peux plus me taire parce que les Etats-Unis continuent de réclamer mon extradition, plus pour me livrer en pâture aux médias du monde entier que pour prononcer un jugement sur lequel un accord a été passé il y a 33 ans.»

Particularités du système américain

Qu’en pense Charles Poncet? «Les autorités américaines ont décidé que le jugement en l’absence du prévenu ne se justifiait pas. A nouveau, il s’agit d’une décision spéciale, propre au système américain: le procès ne peut avoir lieu qu’en présence de Polanski.»

Ce dernier ne peut donc qu’attendre que la Suisse se prononce sur la demande d’extradition. Il poursuit: «Dans cette demande, il est dit que je me suis enfui pour ne pas subir une condamnation de la justice américaine; or, dans la procédure 'plaider coupable' j'avais reconnu les faits et j'étais retourné aux Etats-Unis pour purger ma peine.»

Conclusion: «Je ne peux plus me taire car la demande d'extradition aux autorités suisses est basée sur un mensonge.» En fait, explique Charles Poncet, la Suisse n’a aucune marge de manœuvre, même si, dans le système judiciaire helvétique, une telle affaire tomberait sous la prescription.

La Suisse n’a rien à dire

«La Suisse ne peut que donner suite à la demande américaine parce que les termes du traité signé avec les Etats-Unis en matière d’extradition ne lui laissent aucune marge de manœuvre», déclare l’avocat genevois.

Jeudi, les avocats américains du cinéaste ont demandé la levée de scellés sur une déposition confirmant le revirement du juge de l’époque. Un témoignage qui démontrerait que «la demande d’extradition repose sur une information fausse et incomplète» du procureur de Los Angeles. Réponse devrait être donnée à la défense lors d’une audience annoncée pour lundi prochain, selon le New York Times.

Pour la Suisse, tout cela ne devrait pas changer grand-chose. Folco Galli, porte-parole du ministère de la Justice, a indiqué lundi soir que ce n'est pas à la Suisse «d'examiner les vices de procédure que fait valoir» le cinéaste dans sa lettre.

«Il incombe aux autorités américaines d'examiner les points critiqués par Polanski (,,,) cela ne veut pas dire qu'elles doivent le faire.»

Quant à la décision de la Suisse, elle est «pendante», a ajouté le porte-parole. Elle sera d'abord notifiée à Polanski. Mais «cette décision ne sera pas exécutoire, Polanski pourra faire appel».

Isabelle Eichenberger, swissinfo.ch

L’affaire Polanski

Roman Polanski, 76 ans, est assigné à résidence dans son chalet de Gstaad (Alpes bernoises) depuis son arrestation à l’aéroport de Zurich, le 26 septembre 2009. Il était venue en Suisse sur invitation, pour recevoir une récompense du Festival du film de Zurich.

Le cinéaste est recherché depuis 1977 par la justice américaine. Il est accusé d'avoir abusé d'une adolescente de 13 ans en marge d'une séance de photographie dans la maison de l'acteur Jack Nicholson.

La semaine passée, une cour d'appel californienne a rejeté sa demande d'un jugement par contumace.

La Suisse attend la conclusion des procédures judiciaires en cours avant de décider d'extrader ou non le réalisateur de «Chinatown».

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