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Ondes positives Radio Mampita, la voix des paysans malgaches



Radio Mampita compte plus d’un million d’auditeurs réguliers.

Radio Mampita compte plus d’un million d’auditeurs réguliers.

(swissinfo.ch)

A Madagascar, «Radio Mampita» est devenue un outil indispensable au service du développement rural. Créée par la coopération suisse à la fin des années 90, cette radio participative vole aujourd’hui de ses propres ailes. Et personne n'oserait imaginer s’en passer.

«Une annonce sur Radio Mampita m’a permis de vendre 16'000 alevins à un grossiste qui vit à plus de 200 kilomètres d’ici», se félicite Henri Randrianitsiriana, pisciculteur de la région de Fianarantsoa, sur les hautes terres de Madagascar. Alfrèd Rakotozafy, lui, a pu accroître sa production de manioc après avoir écouté l’émission «Haiko ve tsa mba hainaro – je le sais, pourquoi pas toi?». «Le poids de mes tubercules est passé de 5 à 30 kg grâce à une technique de mise en terre révolutionnaire et l’utilisation de nouveaux engrais», dit-il.

Créée en 1997 par la coopération suisse dans le cadre du projet PACOM (Programme d’Appui à la Communication), Radio Mampita a pour objectif de contribuer au désenclavement du milieu rural. Plus qu’une radio classique, c’est un véritable canal de communication horizontal qui a été mis sur pieds, favorisant les échanges entre paysans, acheteurs et techniciens dans ces régions aux habitations très disparates et aux voies de communication limitées. «La façon de travailler des agriculteurs a grandement évolué depuis la création de la radio», estime Emmanuel Ratsimbazafy, président du Conseil d’administration.

Sa structure est également originale, puisque Radio Mampita est issue d’une participation communautaire. Les plus de 250 groupements de paysans membres apportent non seulement une manne financière essentielle, mais ils définissent aussi l’orientation de la radio. «Et puis, on a pu créer une vie associative autour de la radio. Ҫa soude les paysans entre eux», souligne Alfrèd Rakotozafy.

La Suisse et Madagascar

Histoire. La coopération suisse à Madagascar remonte à la fin des années 60 et s’est développée dans les années 70 pour déboucher sur l’ouverture d’un bureau de coopération sur la Grande Ile. Durant les années 80, les actions entreprises par la coopération suisse ont surtout porté sur la gestion durable des ressources naturelles, la recherche agricole, l’eau potable et la santé.

Retrait. Suite à l’assassinat du coopérant suisse Walter Arnold en 1996, la Direction du développement et de la coopération (DDC) a fermé son bureau à Antananarivo et Madagascar a été rayée de la liste des pays prioritaires de la Confédération. Elle a néanmoins lancé trois ans plus tard son programme SAHA pour la bonne gouvernance et la promotion de l’économie locale, qui prendra fin en 2012. La Suisse continuera ensuite à soutenir quelques actions sur la Grande Ile pour un montant d’1,5 million de francs.

Echanges. Environ 420 Suisses, dont 26% possèdent la double nationalité, vivent à Madagascar. Le commerce entre les deux pays reste très modeste, avec des exportations suisses de 2,9 millions de francs enregistrés en 2009, contre 6,19 millions d’importations, essentiellement des produits agricoles.

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La plus écoutée

La grande force de la radio réside dans son appropriation par les paysans. Ils sont non seulement les bénéficiaires mais également les principaux animateurs de la radio, la seule de la région à diffuser dans le dialecte Betsileo. «La radio a autorité sur les gens. Ils acceptent plus facilement les conseils que lorsque des techniciens se déplacent directement sur le terrain», affirme Emmanuel Ratsimbazafy.

Selon une étude récente, près de 80% des 1,5 million d’habitants du bassin de diffusion écoutent régulièrement Radio Mampita. Et le développement agricole n’est pas le seul apport de la radio aux communautés rurales. La signalisation rapide de vols de bovidés a par exemple permis d’accroître la sécurité des éleveurs.

Le canal FM permet également de diffuser toutes sortes d’annonces. «Avant, il fallait faire  de longs déplacement pour informer d’un décès ou d’une naissance. Cela coûtait très cher», souligne Lucienne Voahirana, la gérante de la radio. Désormais, il suffit de débourser moins d’un franc suisse pour avertir les proches. 

Pas de politique

Entre les tranches informatives et éducatives, la radio laisse place à la musique, au théâtre radiophonique et aux informations de proximité. Mais pas question en revanche de diffuser des informations de portée nationale ou internationale. Les mauvaises expériences du passé ont servi de leçon dans ce pays confronté à des crises politiques cycliques.

Lors de l’accession à la présidence de Marc Ravalomanana en 2002, la radio a failli être brûlée. «Nous avions tenté l’expérience d’une émission politique, mais celle-ci a vite montré ses limites. Depuis, nous avons supprimé tous les aspects politiques et religieux à l’antenne. La neutralité de la radio fait sa force», souligne Anicet Andrianikerony, vice-président du CA.

En revanche, le formidable vecteur que représente la radio n’a pas échappé aux coopérations internationales et aux agences onusiennes, qui achètent régulièrement des heures de diffusion pour faire passer leurs messages. C’est le cas de la coopération suisse, qui par l’intermédiaire de SAHA, vaste programme de développement rural, informe par exemple au sujet du système judiciaire ou du droit foncier.  

Autonomisation progressive

Objectif initial, l’autonomisation de la radio a formellement abouti en 2007. «Depuis l’an dernier, le matériel nous appartient entièrement. C’est un signal important», affirme le président du CA. Le discours optimiste des dirigeants de la radio ne réussit toutefois pas à masquer certaines inquiétudes, notamment au sein du personnel. Certains pointent la mauvaise qualité des produits livrés par les 35 correspondants, faute de formation suffisante. Les 5000 Ariary (2 CHF) versés par cassette sont jugés insuffisants par les reporters, obligés de faire remonter les informations par taxi-brousse une fois par semaine.

Les techniciens se plaignent quant à eux du retard technologique. «Tous les autres sont passés au numérique, nous travaillons encore en analogique. La qualité du son s’en ressent fortement», dit l’un d’eux. Quant à l’émetteur relais de 500 watts, il connaît régulièrement des problèmes de fonctionnement. Et impossible pour l’instant de s’offrir un émetteur de rechange, dont le coût est estimé à près de 10'000 francs suisses. «La radio est autonome sur le plan financier, mais on n’arrive pas encore à réaliser des investissements. C’est notre principal souci», concède Emmanuel Ratsimbazafy.

Au sein des associations de paysans, le financement pérenne de la radio est également source de préoccupation. «Nous nous demandons parfois quel est l’avantage de payer des cotisations», se plaint Alfrèd Rakotozafy. Le Conseil d’administration dit étudier certaines propositions émanant des associations afin de mieux distinguer les membres des non-membres – soutien à des actions agricoles ou tarifs réduits pour les annonces par exemple.

Mais malgré ces nuages noirs, personne dans la région de Fianarantsoa n’ose imaginer la mort de Radio Mampita, qui a acquis en moins de 15 ans le statut d’institution incontournable. Un attachement sans failles qu'Emmanuel Ratsimbarafy résume par cette anecdote: «Lorsqu’ils achètent un poste de radio en ville, de nombreux paysans exigent qu’il soit de marque Mampita».

swissinfo.ch


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