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Tadjikistan: la science entre dans les madrasas

L'école religieuse de Dushanbé où le curriculum révisé est en phase de test.

(Keystone)

Pour consolider une paix encore fragile, la Suisse soutient, au Tadjikistan, un dialogue entre gouvernement et autorités religieuses. Celui-ci vise à introduire dans les écoles coraniques des cours de science, de langues et d’éducation civique.

Quelle est la place de l’islam dans la constitution de l’identité nationale des Etats musulmans de l’ère postsoviétique? Tel est le dilemme du Tadjikistan, petite république d’Asie centrale déchirée, de 1993 à 1997, par une guerre civile sanglante entre élites politiques issues de l’ex système soviétique et élites religieuses.

Si aujourd’hui la paix règne, une méfiance profonde persiste entre le pouvoir – officiellement musulman, mais en réalité profondément séculier – et la population.

Des ponts… suisses

«Depuis 2000, la Suisse jette des ponts entre l’éducation religieuse, dispensée dans les madrasas, et l’école laïque», explique Jean-Nicolas Bitter. Selon le conseiller principal en religion, politique et conflits au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), «au Tadjikistan, il y a 25 écoles coraniques dont les contenus des cours n’avaient pas été révisés depuis 60 ou 90 ans, car du temps de l’URSS ce n’était pas possible, mais aussi parce que les uns ou les autres ne l’auraient pas accepté».

Dans cette ancienne république communiste, l’école publique ne dispense aucun enseignement religieux et les écoles privées ne donnent aucune formation scientifique. Grâce à la facilitation suisse, des cours d’anglais, informatique, mathématiques, histoire et sciences ont été introduits dans les curriculum des madrasas.

L’objectif est de permettre aux diplômés de trouver un emploi même dans le secteur public, évitant au passage d’être recrutés par des chefs religieux formés à l’étranger, dans des écoles beaucoup plus radicales. Les curriculum sont actuellement testés dans une classe pilote de 16 élèves, dont la moitié de filles.

«Pas de contradiction entre science et religion»

«Nous espérons étendre ces cours à toutes les madrasas du pays, voire en créer d’autres ou introduire des cours de religion dans les écoles publiques», déclare avec enthousiasme Muhiddin Kabiri, à l’occasion de la journée annuelle du DFAE à Berne, sous l’enseigne Quand religions et visions du monde se rencontrent.

«Il faut que les gens comprennent que tout n’est pas noir ou blanc», ajoute le président du Parti du renouveau islamique, le seul parti islamiste – très modéré – du pays et de toute l’Asie centrale, qui compte 8% des voix au parlement – «25% à 30% si les élections étaient libres», assure-t-il.

Mais n’y a-t-il pas eu de résistance à l’introduction de ces cours? «Non, car en islam, il n’y a pas de grand conflit entre science et religion, affirme Muhiddin Kabiri. Nous n’avons rien connu de comparable à l’Inquisition. La religion permet d’expliquer scientifiquement des évènements naturels, comme une éclipse de lune, même si, en dernier recours, on va dire que c’est la volonté de Dieu. Aussi, certains scientifiques pensent que l’homme descend du singe, mais d’autres ne sont pas d’accord. Au Tadjikistan on enseigne surtout cette théorie de l’évolution, mais comme une théorie parmi d’autres.»

Intégrisme laïc et intégrisme religieux

Reste que la Suisse, qui s’est limitée à faciliter le processus de dialogue, ne contrôle pas le contenu des curriculum. Comment s’assurer que les écoles coraniques n’appellent pas au djihad?

«Actuellement, ce sont les enseignants du système public qui dispensent les cours dans l’école pilote, assure Muhiddin Kabiri, à part un ou deux religieux qui sont surveillés de près par la police. Si nous voulons étendre le nombre de ces madrasas, c’est précisément parce que leurs programmes sont très modérés et qu’elles représentent une alternative aux écoles radicales et aux groupes souterrains. Mais c’est encore plus difficile à expliquer à nos autorités qu’aux bailleurs étrangers, car beaucoup pensent que la religion ne peut engendrer que des intégristes.»

Pourtant, le message commence à porter: le président Rahman a récemment appelé les parents à ne pas envoyer leurs enfants dans les madrasas à l'étranger, mais à les scolariser au Tadjikistan. Muhidin Kabiri en est convaincu: l’effondrement de l’Union soviétique a laissé un grand vide idéologique, les gens se cherchent une identité et la religion va jouer un rôle encore plus important à l’avenir.

«Une radicalisation est en cours et pas seulement de type religieux, mais aussi laïc, ajoute-t-il. Deux jours avant mon départ, la police a confisqué les permis de conduire des chauffeurs de taxi qui portaient une barbe et interpellé les femmes voilées en public. C’est très dangereux, car c’est cet extrémisme laïc qui fait le lit de l’extrémisme religieux. Si on veut que les religieux soient plus tolérants, il faut que le gouvernement le soit aussi.»

Une journée de réflexion à Berne

Jeudi. Quand religions et visions du monde se rencontrent, tel a été le thème de la conférence annuelle de la Division politique IV (sécurité humaine) du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

Sampaio. «Cent huit des 149 conflits actuels ont une composante culturelle et religieuse», a entre autres déclaré le Haut représentant de l'Alliance des civilisations de l'ONU, Jorge Sampaio, lors de cette rencontre.

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Travailler avec les «acteurs difficiles»

Pour contribuer à résoudre durablement des conflits où religion et politique s’emmêlent, la Suisse mène un «dialogue axé sur la pratique» avec des «acteurs difficiles»:

Au Sri Lanka, elle dialogue avec des moines bouddhistes pour désamorcer leur méfiance vis-à-vis du processus de décentralisation politique;

Au Liban, elle suit les efforts des salafistes (intégristes musulmans) pour s’intégrer dans le système politique officiel;

A l’ONU, au sein de l’Alliance des civilisations des Nations Unies, elle facilite le dialogue entre organisations musulmanes et non musulmanes, par exemple en Afghanistan, en Somalie et au Soudan;

Différents. Dans le cadre du « processus de Nyon », elle réunit des acteurs clé d’horizons très différents, comme les évangélistes et les musulmans;

En Egypte, elle facilite le dialogue entre une ONG musulmane et une ONG suisse chrétienne (EPER);

Codes. Dans le cadre de « l’initiative de Montreux », elle a élaboré des recommandations et un code de conduite à l’attention des ONG musulmane pour restaurer la confiance minée après le 11 septembre;

Dialogue. Par le projet «médias et religion», elle promeut le dialogue entre journalistes européens et musulmans pour améliorer l’information sur les questions religieuses.

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swissinfo.ch


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