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Votations fédérales Dix mois après, les Suisses revotent sur l’immigration

Une image traditionnelle, mais  de nos jours, une grande majorité de Suisses votent par correspondance.

(AFP)

Le peuple suisse a une nouvelle fois voté sur l’immigration lors des votations fédérales de ce dimanche. Une initiative populaire demande une limitation de la croissance démographique, afin de protéger les ressources naturelles. Les citoyens se sont aussi prononcés sur l’abolition des forfaits fiscaux pour riches étrangers ainsi que sur l’augmentation des réserves d’or de la banque nationale.

En février dernier, les citoyens acceptaient l’initiative «Contre l’immigration de masse». Issue des rangs de la droite conservatrice, celle-ci demande un frein à l’immigration par le biais de la réintroduction de quotas et de plafonds pour les étrangers en Suisse. La nouvelle initiative «Ecopop», sur laquelle on a voté dimanche, provient en revanche de cercles se réclamant de l’écologie, bien qu’il ne s’agisse pas de partis traditionnellement actifs dans la défense de l’environnement (les Verts et Ecologie libérale).

Le texteLien externe de cette initiative demande que la population résidant en Suisse «ne dépasse pas un niveau qui soit compatible avec la préservation durable des ressources naturelles.» Concrètement, il est proposé que l’immigration nette ne dépasse pas 0,2% de la population sur une moyenne de trois ans. L’initiative demande aussi que 10% de l’ensemble du budget de l’aide au développement soit consacré à la promotion du planning familial dans les pays en voie de développement.

Votations du 30 novembre Le dernier sondage

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S’il avait voté il y a une semaine, le peuple aurait refusé les trois objets qui lui seront soumis le 30 novembre. Pourtant, un «oui» à l’initiative Ecopop n’est pas encore totalement exclu. En revanche, concernant l’initiative sur l’or et celle sur les forfaits fiscaux pour riches étrangers, la tendance penche clairement vers le «non». 

D’après le second sondage réalisé par l’Institut gfs.bern pour le compte du diffuseur national SRG SSR, 56% des personnes interrogées refusent l’initiative Ecopop, qui vise à réduire la croissance démographique en Suisse, tandis que 39% l’acceptent et que 5% sont indécises. Par rapport au premier sondage, réalisé il y a plus d’un mois, les partisans d’Ecopop ont gagné 4%, tandis que les opposants ont perdu 2%.

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Ce qui a provoqué cette évolution, ce ne seraient pas les arguments des partisans de l’initiative, mais un argument tactique, estime Claude Longchamp, responsable de l’Institut gfs.bern. Ainsi, moins de la moitié (47%) des sondés sont d’accord avec l’argument selon lequel l’initiative freine le mitage du territoire et environ un tiers (32%) considèrent qu’Ecopop est un moyen adapté pour freiner la démographie galopante dans les pays en voie de développement. En revanche – et c’est là qu’intervient l’argument tactique – 57% des partisans de l’initiative sont d’avis que celle-ci sert à maintenir la pression sur le gouvernement, afin qu’il ne botte pas en touche l’initiative «Contre l’immigration massive», acceptée en février dernier, et qu’il la mette en œuvre fidèlement. 

Les dirigeants de l’UDC opposés 

Ces dernières semaines, cet argument tactique a gagné en popularité, surtout dans le forums et sur les réseaux sociaux. Cependant, selon Claude Longchamp, le rejet d’Ecopop reste le scénario le plus probable. En effet, en comparaison avec l’initiative «Contre l’immigration de masse», qui avait vu le camp du «oui» augmenter au fil de la campagne pour finalement l’emporter d’une courte tête le jour du vote, le camp des supporters d’Ecopop reste quelques pourcentages en dessous. 

A cela s’ajoute le fait que le plus grand parti du pays, l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) est partagé sur la question. Les chefs de file du parti, parmi lesquels leur mentor Christoph Blocher, rejettent l’initiative, alors que quelques sections cantonales l’acceptent. Le nombre des électeurs de l’UDC qui entendent refuser Ecopop a augmenté de 5% et se situe désormais à 35%. Les électeurs des partis du centre et du camp rose-vert rejettent quant à eux clairement ce projet. 

Au niveau des langues, le refus est le plus fort en Suisse romande, avec 61%. Le camp du «non» l’emporte également en Suisse alémanique avec 56%. Le Tessin italophone accepte en revanche le projet à hauteur de 56%. 

Vaines spéculations 

L’initiative sur l’or de l’UDC, qui aimerait obliger la Banque nationale suisse à pratiquement tripler ses réserves d’or et à les stocker totalement sur le territoire suisse, soulève quelques vagues au niveau international. Selon les analystes de marchés financiers, un «oui» pourrait provoquer d’un jour à l’autre une forte augmentation du prix de l’or et conduire à une nouvelle appréciation du franc suisse.

Pourtant, l’agitation et les spéculations semblent vaines, car le camp des partisans à l’initiative sur l’or a diminué au cours des dernières semaines pour se fixer désormais à 38% des sondés. Le camp du «non» s’est en revanche apprécié pour atteindre 47%. L’initiative sera «selon toute vraisemblance» rejetée, prévoit Claude Longchamp. 

Même parmi les sympathisants de l’UDC – pourtant à l’origine de l’initiative – la part d’avis favorables n’est que de 62%, contre 70% lors du premier sondage. «Il y a une démobilisation. Le parti est divisé sur cette question et sa campagne est relativement modérée», déclare Martina Imfeld, de l’institut gfs.bern. La gauche a en revanche réussi à mobiliser son électorat contre cette initiative et les électeurs du centre sont restés «stables» dans leur refus.

Sondage SRG SSR 

Ce sondage a été réalisé par l’institut de recherche gfs.bern pour le compte de la société nationale de radiotélévision SRG SSRLien externe, dont swissinfo.ch fait partie. 

1412 citoyens représentatifs ont été interrogés par téléphone entre le 7 et le 15 novembre. 

Les Suisses de l’étranger ne peuvent pas être interrogés, car leurs adresses ne sont pas transmises aux sondeurs pour des questions de protection des données. 

La marge d’erreur du sondage est de +/- 2,7%.

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Privilèges fiscaux à peine menacés

C’est également un clair rejet qui semble attendre l’initiative «Halte aux privilèges fiscaux des millionnaires», qui veut supprimer les forfaits fiscaux que certains cantons accordent aux riches étrangers établis sur leur sol. Selon le sondage, 42% des personnes interrogées acceptent l’initiative, 48% la refusent et 12% sont encore indécises. 

Mais le front du refus a clairement augmenté depuis le dernier sondage (+ 12%). «La campagne des adversaires a de l’effet. L’argument selon lequel les régions de montagne souffriraient de l’abandon des forfaits fiscaux semble convaincre», analyse Martina Imfeld. 

La plus forte opposition à l’initiative se trouve dans les cantons de Vaud, Valais, Genève et Tessin, c’est-à-dire les cantons qui comptent la plupart des riches étrangers au bénéfice d’un forfait fiscal. Il est frappant que dans ces cantons, même les sondés proches des partis rose-vert montrent proportionnellement moins de sympathie pour l’initiative que les sondés présentant le même profil, mais qui se trouvent dans le reste de la Suisse et surtout dans les cantons qui ont déjà supprimé le système des forfaits fiscaux. 

Front du refus

L’initiative du comité EcopopLien externe (ECOlogie et POPulation) se heurte à un véritable front du refus. L’ensemble des partis politiques, à gauche comme à droite, dénoncent le projet. Une multitude d’organisations (syndicats, organisations économiques, Eglises ou encore ONG) se sont prononcées contre le texte. On lui reproche notamment d’être colonialiste et trop extrémiste, de mettre en péril la tradition humanitaire de la Suisse ou encore d’étrangler le développement économique du pays.

Même l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice), pourtant à l’origine de l’initiative «Contre l’immigration de masse», préconise officiellement de la rejeter. Idem pour les mouvements écologistes traditionnels, même s’ils font preuve d’une certaine compréhension pour l’objectif d’Ecopop de réduire l’empreinte écologique de l’humanité.

Le refus populaire ne fait guère de doute. Cette initiative pourrait toutefois réaliser un score plus qu’honorable, compte tenu de cette opposition quasi unanime. Le dernier sondage en date montre que 39% des personnes interrogées la soutiennent, alors que 56% y sont opposées et que 5% sont indécises.

Ce bon score s’expliquerait notamment par une raison tactique: bon nombre de votants accepteraient cette initiative uniquement pour mettre une pression sur le gouvernement, afin qu’il applique réellement l’initiative «Contre l’immigration de masse», analysent les sondeurs.

Equité contre attractivité

La deuxième initiative soumise au vote provient des rangs de la gauche. Elle demande l’abolition du système des forfaits fiscaux pour riches étrangers.

votation

Nouvelle restriction de l'immigration, abolition du forfait fiscal et interdiction de ventes d'or par la Banque nationale suisse. Les citoyens et citoyennes de Suisse et les expatriés ont clairement rejeté ces trois initiatives populaires le 30 novembre 2014.



Ce système des forfaits est principalement pratiqué dans les cantons latins, le canton de Vaud arrivant en tête. Certains cantons, comme celui de Zurich, ont déjà aboli cette pratique, alors que d’autres, parmi lesquels Berne, ont refusé de le faire. L’initiative «Halte aux privilèges fiscaux des millionnairesLien externe» porte désormais le dossier au niveau fédéral.

Cette initiative suscite un affrontement gauche-droite assez classique. A gauche, on estime que ce système des forfaits, au demeurant assez opaque, va à l’encontre de l’équité. Selon elle, il n’est pas normal qu’un Suisse de la classe moyenne paye au final plus d’impôts qu’un millionnaire étranger au bénéfice d’un forfait. La gauche dénonce aussi les pertes que ces exilés fiscaux provoquent dans leurs pays d’origine.

A droite, le discours est beaucoup plus pragmatique. On estime que l’abolition des forfaits diminuerait l’attractivité fiscale et économique de la Suisse. Plusieurs pays, comme la Belgique ou le Portugal, font également tout leur possible pour attirer les grandes fortunes. Aux yeux de la droite, abolir les forfaits en Suisse ne changerait donc rien au niveau global; cela équivaudrait juste à se «tirer une balle dans le pied».

Selon les sondages, les Suisses pourraient bien partager cette manière de voir. D’après les derniers chiffres, 46% des personnes interrogées refusent l’initiative, 42% l’acceptent et 12% sont indécises.

Les marchés observent

La dernière initiative émane de l’Union démocratique du centre. Intitulée «Sauvez l’or de la SuisseLien externe», elle demande de reconstituer et de préserver les réserves d’or de la Banque nationale suisse (BNS). Au début des années 2000, la BNS s’était séparée de plus de la moitié de ses réserves d’or. En effet, l’or ne sert plus de base à la monnaie depuis bien longtemps et, à l’époque, le métal jaune semblait avoir perdu sa fonction de valeur-refuge.

Aux yeux de l’UDC, cette politique représente une dilapidation du patrimoine national. Dans son initiative, le parti de la droite conservatrice demande donc que de nouvelles ventes soient interdites, que l’entier des stocks d’or de la Suisse soient entreposé sur le territoire national et que l’or représente au moins 20% des actifs de la BNS, contre actuellement 7,6%.

Les autres partis, à droite comme à gauche, sont opposés à cette initiative. Ils considèrent en effet qu’elle diminuerait fortement la marge de manœuvre de la BNS. Par ailleurs, les opposants estiment qu’il ne faut pas trop surévaluer l’importance de l’or, ce métal ne générant pas d’intérêts et pouvant perdre rapidement de sa valeur.

Les marchés financiers observent attentivement l’évolution de la situation. En effet, si l’initiative était acceptée, la Suisse devrait procéder à des achats d’or massifs, ce qui aurait une influence mondiale. Mais les bourses n’ont pas vraiment de raisons de s’affoler; dans les derniers sondages, l’initiative était refusée à 47%, alors que les partisans étaient 38% et les indécis 15%.

swissinfo.ch


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