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Attentat en Tunisie


«Une attaque contre la démocratie»




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Les forces de sécurité tunisienne ont été déployée en force autour du musée du Bardo. (AFP)

Les forces de sécurité tunisienne ont été déployée en force autour du musée du Bardo.

(AFP)

La presse suisse de jeudi livre plusieurs commentaires sur l’attentat sanglant qui a frappé Tunis. Les éditorialistes sont unanimes: c’est l’expérience démocratique de la Tunisie qui a été visée. Pour certains, cet acte risque de provoquer un retour à l’autoritarisme et mettre un terme définitif au «Printemps arabe».

Le bilan de l’attentat de mercredi au musée du Bardo de Tunis est lourd: 19 morts – dont 17 touristes étrangers. Deux terroristes ont par ailleurs été abattus par les forces de l’ordre.

Jeudi, le Premier ministre tunisien Habib Essid a indiqué que ces deux hommes avaient été identifiés et qu’il s’agit «probablement» de Tunisiens. Deux ou trois complices possibles sont toujours recherchés. En revanche, l’attentat n’a pas été revendiqué et les autorités tunisiennes ne savent pas encore quelle organisation se cache éventuellement derrière l’attaque.

Pas une surprise

La presse suisse ne se montre guère surprise. En effet, le fait que la Tunisie est à l’origine du Printemps arabe et qu’elle soit le seul pays où la démocratie a survécu aux révolutions en fait une cible symbolique et logique pour le terrorisme islamique. Ainsi pour la «Neue Zürcher Zeitung», il s’agit clairement d’une «attaque contre la démocratie», un avis partagé par la plupart des commentateurs.

Dans leur commentaire commun, «La Tribune de Genève» et «24 heures» notent d’ailleurs que l’attaque «n’a pas eu lieu n’importe où: au cœur de Tunis, dans un musée phare de l’histoire des civilisations et à côté d’un parlement librement et fraîchement élu, signe des avancées démocratiques du pays [...] On ne sait pour l’heure de quel label terroriste cet acte se revendique, mais dans sa résonance internationale, il semble s’inscrire de fait dans cette stratégie de l’horreur à fort impact symbolique, récemment appliquée à Paris ou à Copenhague».

Même son de cloche pour «Le Temps» qui écrit: «Quelle cible plus emblématique auraient pu choisir ces hommes armés de kalachnikovs, que le Musée du Bardo, le somptueux conservatoire de tous les héritages historiques qui font la richesse patrimoniale de la Tunisie et se trouve être l’endroit le plus visité du pays?».

Autres perspectives

Mais l’aspect symbolique ne suffit pas à lui seul à expliquer l’attentat. Pour certains commentateurs, la situation dans la région et en Tunisie même fournit des clefs d’explication.

C’est en tout cas l’avis de «La Tribune de Genève» et de «24 heures»: «Dans une perspective régionale, d’autres raisons peuvent expliquer l’attentat. Malgré la révolution, le pays est encore divisé entre un nord qui concentre pouvoir administratif et richesses, et un sud sans emplois, sans autonomie, encore géré par des gouvernorats hérités du colonialisme qui administrent et contrôlent, plus qu’ils ne développent. Ces oubliés de longue date n’ont pas encore vu le moindre changement lié à la transition démocratique.»

Pour le «Tages-Anzeiger» et le «Bund», les conditions à Tunis étaient favorables pour les terroristes: «Le petit Etat d’Afrique du nord est une traditionnelle destination touristique, le musée et le parlement se trouvent au cœur de la capitale, la surveillance par une police souvent pas fiable et peu motivée est entachée d’erreurs.»

Fin du Printemps?

Reste maintenant à voir quelles seront les conséquences d’un tel attentat pour la toute fraîche démocratie tunisienne. Dans plusieurs commentaires, le ton n’est pas à l’optimisme. Dans le titre de leur commentaire, le «Tages-Anzeiger» et le «Bund» n’hésitent d’ailleurs pas à parler de la «fin du printemps».

Pour ces deux journaux, les pays peuvent être différents, mais le terrorisme provoque souvent les mêmes effets: «Les nouveaux gouvernements trouvent ainsi une justification pour un retour à un pouvoir autoritaire – tout pour le combat contre le terrorisme. L’Egypte avec Al-Sisi, l’élève de Moubarak, en est le meilleur exemple. La Tunisie, qui agit à moitié démocratiquement, pourrait bientôt aller dans cette direction.»

L’«Argauer Zeitung» et la «Luzerner Zeitung» dressent également un tableau assez sombre de la situation sur place. «Désormais, ce terrible attentat terroriste au cœur de Tunis menace aussi de plonger ce dernier bastion de l’espoir dans le tourbillon destructeur du monde arabe. Les djihadistes de l’Etat islamique en Libye sont aux portes de la Tunisie. Des milliers de jeunes se laissent embrigader par son idéologie sanguinaire, pendant que chez eux, le chômage, la pauvreté et la misère augmentent. Pour le gouvernement tunisien, il est maintenant déterminant de ne pas perdre ses nerfs malgré ces meurtres sanglants et de réagir avec modération. Sinon, le printemps arabe pourrait aussi prendre fin en Tunisie.»

En fin de compte, c’est certainement «Le Temps» qui se montre le moins pessimiste. «La Tunisie chancelle mais elle ne chutera pas. Hier, les réseaux sociaux crépitaient d’appels au sursaut national. Le reste du monde doit lui témoigner sa confiance et elle se remettra en marche. Avec autant de détermination et d’intelligence qu’elle a déployées depuis le jour où elle est entrée en révolution», estime le quotidien romand.

Réactions au Parlement suisse

À l’ouverture des séances des Chambres fédérales jeudi matin, avant de commencer les travaux, les deux présidents ont fait les déclarations suivantes: 

«La barbarie a de nouveau frappé. Des innocents sont morts hier sous les balles des terroristes. Ce n'est pas uniquement la Tunisie qui est blessée au cœur, nous sommes tous touchés. Partout dans le monde, il faut soutenir les peuples et les démocraties face au terrorisme. Je souhaite exprimer en mon nom et au nom du Conseil des Etats notre émotion et notre soutien au peuple et aux autorités tunisiens.» (Claude Hêche, président de la Chambre haute)

«Permettez-moi d'avoir une pensée émue pour les victimes des événements qui ont endeuillé hier la Tunisie. Au sein de ce pays, qui est en passe de réussir sa transition démocratique, et par ailleurs au moment même où les parlementaires discutaient d'une législation sur le terrorisme, la violence a frappé et tué une fois de plus. Je souhaite ici, avec vous, en mon nom et en votre nom, faire acte de solidarité et manifester notre soutien aux autorités tunisiennes. En effet, il importe que cette jeune démocratie soit et se sente soutenue. Nous le faisons en condamnant sans réserve ces actes terroristes. Dans le monde arabe, la Tunisie représente un véritable espoir de paix et de démocratie. De tels actes barbares ne doivent pas remettre en cause ce que ce pays et sa population ont réussi jusqu'ici.» (Stéphane Rossini, président de la Chambre basse)

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