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Massacre à Charlie Hebdo


La liberté d’expression, droit sacré mais menacé




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Manifestation de solidarité à Genève. (Keystone)

Manifestation de solidarité à Genève.

(Keystone)

La presse suisse est sous le choc de l’attentat meurtrier contre le journal satirique français Charlie Hebdo. Pour les commentateurs, il faut plus que jamais se battre pour préserver une liberté d’expression au cœur de la culture occidentale. Attention toutefois à ne pas créer d’amalgame et à faire de ce combat un choc des civilisations, avertissent les éditorialistes.

Les journaux suisses de jeudi font sans exception leurs gros titres de l’attentat sanglant perpétré la veille à Paris contre le journal satirique Charlie Hebdo. En hommage aux cinq caricaturistes de renom figurant parmi les douze victimes, les caricatures abondent en première page, en particulier dans la presse romande.

On trouve par exemple dans Le Temps une tombe en forme de croix sur laquelle il est écrit «Morts de rire». Dans la Tribune de Genève, un avion fonce dans une tour en forme de crayon, ce qui est une référence claire aux célèbres attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Des caricatures se retrouvent également, mais moins systématiquement dans la presse alémanique. C’est notamment le cas du Tages-Anzeiger qui publie un dessin où l’on voit la liberté d’expression refuser de se glisser dans sa tombe.

Le slogan «Je suis Charlie», qui a atteint une notoriété mondiale en quelques heures, fait également florès dans la presse nationale. L’exemple le plus frappant se rencontre dans la Basler Zeitung. Le quotidien bâlois écrit simplement #JeSuisCharlie sur un page de Une entièrement blanche.

Attaque contre la liberté d’expression

Sur le fond, tous les commentateurs font la même analyse; cette attaque contre Charlie Hebdo est manifestement une attaque contre la liberté d’expression, une liberté au cœur de la conception occidentale de la démocratie.

«En massacrant une rédaction, en s’attaquant aux forces de l’ordre qui la défendaient, les tueurs ont voulu museler cette liberté, en affirmant mettre au-dessus d’elle une religion, ou plutôt la vision qu’ils en ont», juge par exemple le quotidien neuchâtelois L’Express. «En plein Paris, l’assaut à l’arme de guerre d’une rédaction réunie en séance de travail avait bel et bien deux buts, au-delà du massacre planifié de civils: assassiner la liberté d’expression et annihiler les valeurs de la démocratie», juge pour sa part le commentateur du quotidien romand Le Temps.

L’analyse est la même dans la presse de langue allemande. Il s’agit par exemple d’une «attaque contre nos valeurs» pour la Thurgauer Zeitung ou encore d’une «attaque frontale contre la liberté d’expression, au cœur de la culture occidentale» pour la Basler Zeitung.

Réaction forte

Pour les commentateurs, il convient de réagir de manière forte et claire contre ce genre d’attaque, mais dans le respect des valeurs occidentales.

«La première faute serait de suivre les terroristes dans leur quête. La haine ne demande qu’à s’exprimer entre communautés en France et ailleurs en Europe où croît l’intolérance religieuse. La seconde faute serait que la liberté d’expression ne soit plus assurée dans le pays des droits de l’homme», avertit Le Temps. «Nos lois sont nos meilleures barrières, appliquons-les, sans concession», ajoute 24 heures.

La Neue Zürcher Zeitung abonde dans le même sens. «Leur acte est infâme. Il doit être expié avec les moyens de l’Etat de droit – avec ceux-là et avec aucun autre, bien que ces individus puissent réveiller en nous aussi des sentiments de vengeance assoiffés de sang», écrit le grand quotidien zurichois.

Quant au Corriere del Ticino, il souligne: «La réponse de l’Occident devra être ferme. On ne peut pas dialoguer avec les fondamentalistes islamiques néo salafistes. On ne peut pas être tolérant face à eux. Une réponse énergique mais, attention, ciblée et, pour une fois, sans ambiguïté».

«On n’a pas assez fait de prévention»

Interrogé par la radio publique suisse (RTS) mercredi soir, le ministre des affaires étrangères Didier Burkhalter a relevé que la situation en France n’est pas transposable telle quelle en Suisse. «Il y a des situations différentes, en particulier en termes d’intégration, de respect des différences, de préparation de la société en général et de politique internationale entre les pays. Mais la lutte contre le terrorisme de manière générale - passant de la répression jusqu’à la prévention - concerne l’ensemble de la communauté internationale. C’est pourquoi on s’y engage dans le cadre des organisations internationales.»

Le ministre a ensuite rappelé une initiative prise en Suisse. «L’année passée, on a créé à Genève une fondation internationale (GCERF), qui lance des projets dans les régions dans lesquelles il y a beaucoup de jeunes qui se font attirer par les extrémismes religieux, afin de leur créer de nouvelles perspectives. On a fait de la répression, mais on n’a pas fait assez de prévention pour éviter que trop de personnes soient attirées par ces extrémismes religieux.»

Après avoir rappelé l’engagement de Berne en matière de coordination internationale face aux djihadistes européens qui partent et reviennent du Proche-Orient, Didier Burkhalter a précisé qu’en Suisse, «tous les services qui sont amenés à augmenter le degré de sécurité du pays sont en alerte depuis longtemps sur ces questions-là. Un engagement qui nécessitera probablement des moyens supplémentaires.»

Frédéric Burnand, swissinfo.ch

Attention à l’amalgame

Ce souci d’une réaction énergique mais bien ciblée est largement partagé. Pour bon nombre de commentateurs, il faut absolument éviter de faire l’amalgame entre les terroristes islamiques et l’ensemble des musulmans et de tomber ainsi dans une confrontation entre Orient et Occident.

«Il faut renforcer la bataille contre le totalitarisme islamiste. Mais en même temps, il faut veiller à ne pas alimenter les foyers de l’islamophobie et la tentation de vengeance post-massacre. Cela ne ferait qu’exacerber les tensions alors que les esprits en France sont chauffés à blanc», écrit la Tribune de Genève.

Cet avis est partagé par l’éditorialiste de la Thurgauer Zeitung. «Les terroristes du monde entier partagent désormais de manière spectaculaire et cruelle cette interprétation archaïque et sanguinaire de l’islam. Mais ils ne sont pas représentatifs de l’islam. Il est donc important que les musulmans s’en distancient sans équivoque», écrit-il.

Pour autant, aux yeux de quelques commentateurs, il ne convient pas non plus de verser dans l’angélisme pour éviter de stigmatiser. «Les élites occidentales ont réagi à cette violence urbaine d’une genre nouveau par le syndrome de Stockholm. Elles ont minimisé les attentats à la bombe, les menaces de mort et les meurtres en les qualifiants d’acte de désespoir d’individus isolés ou malades», juge la Basler Zeitung


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