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Migration


Des réfugiés dans la file d’attente à la frontière sud de la Suisse


Par Gerhard Lob, Chiasso/Côme


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Des requrérants d'asile à la gare de Chiasso.  (Keystone)

Des requrérants d'asile à la gare de Chiasso. 

(Keystone)

Entrer en Suisse est devenu plus difficile pour les migrants et le nombre de renvois vers l’Italie augmente. A Côme, on ressent les conséquences de cette évolution. La gare locale accueille de nombreux migrants en transit vers le Nord de l’Europe. Reportage dans la zone frontalière.

C’est un flux énorme qui se dirige en direction du sud au cours de cette matinée du mois de juillet. Voitures, camping-cars, caravanes, bus: tous semblent vouloir rejoindre l’Italie à tout prix. Quelques kilomètres avant le poste-frontière de Chiasso, le trafic est déjà bloqué sur les deux voies de l’autoroute. Les automobilistes doivent prendre leur mal en patience. La situation n’est pas plus enviable dans les trains EuroCity reliant Zurich à Milan. Les wagons sont pleins à craquer: plus moyen de réserver la moindre place.

Il existe toutefois un petit mouvement inverse, plus discret. Rien à voir avec les vacances. Il s’agit de migrants en route vers le Nord de l’Europe. Dans la gare de Chiasso, un important groupe d’Africains est accompagné par les garde-frontières et des agents de sécurité privés à bord de l’EC 310 qui démarre à 10h42 en direction de la Suisse alémanique. Ils brandissent aux contrôleurs des feuilles A4 reçus lors de leur passage au centre d’enregistrement de Chiasso, où ils ont été répartis dans toute la Suisse. 

Des migrants, en particulier en provenance d'Erythrée, campent dans un parc public situé en-dessous de la gare San Giovanni de Côme. (swissinfo.ch)

Des migrants, en particulier en provenance d'Erythrée, campent dans un parc public situé en-dessous de la gare San Giovanni de Côme.

(swissinfo.ch)

Sur le même quai, les garde-frontières contrôlent des migrants qui veulent entrer en Suisse. La pression a nettement augmenté au cours des derniers mois. Le corps des garde-frontières a renforcé sa présence. Au cours de la seule première semaine de juillet, il a intercepté 1321 personnes entrées illégalement dans le pays.

Davantage de passages illégaux

Moins de personnes ont toutefois déposé une demande d’asile. Par conséquent, ils ont été reconduits en Italie dans le cadre d’un accord de réadmission. Durant la première semaine de juillet, on a comptabilisé 966 reconductions à la frontière, ce qui équivaut à deux tiers des immigrés illégaux.

Cette tendance contradictoire – plus de passages illégaux des frontières, moins de demandes d’asile – n’a pas échappé au Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM). La raison? La Suisse applique l’accord de Dublin de manière plus conséquente que tous les autres pays européens, présume le directeur du SEM, Mario Gattiker. «Les points chauds fonctionnent, les migrants sont enregistrés systématiquement. Un grand nombre de requérants d’asile enregistrés savent qu’ils deviendront des cas Dublin et seront transférés de la Suisse vers l’Italie», indiquait-il récemment dans les colonnes de la Neue Zürcher Zeitung.

Salles d’attente en plein air

Conséquence: un nombre croissant de migrants, qui entendent rejoindre l’Europe du Nord en transitant par la Suisse, sont bloqués à Côme, à seulement quelques kilomètres de la frontière helvétique. La gare San Giovanni s’est transformée en une sorte de salle d’attente pour les migrants. Près de 30 migrants bivouaquent dans le parc ombragé situé juste à côté de la gare. Les passants tournent à peine le regard. «Ce sont presque tous des Erythréens», affirme Maurizio, qui est ici en tant que bénévole. Leur situation est scandaleuse, s’offusque-t-il. Le soir, Caritas emmène les réfugiés en bus pour qu’ils puissent prendre un repas dans une cafétéria. Sinon, personne ne s’occupe d’eux. 

Passages illégaux et requérants d’asile

Selon les données provisoires du Corps des garde-frontières (Cgfr), 1321 personnes entrées illégalement en Suisse ont été interceptées entre le 4 et le 10 juillet 2016. C’est autant en une semaine que durant tout le reste de l’année. La plupart d’entre eux (665) provenait d’Erythrée. 966 ont été renvoyés à la frontière.

Les personnes qui souhaitent demander l’asile en Suisse doivent le faire auprès d’un centre d’accueil de la Confédération. Au Tessin, il est situé dans la ville frontière de Chiasso.

Au deuxième trimestre 2016, 5962 demandes d’asile ont été déposées en Suisse, soit 2353 de moins qu’au premier trimestre. Une évolution qui s’explique par la diminution de migrants qui empruntent la route des Balkans, selon le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM).

Etant donné qu’en parallèle les débarquements au sud de l’Italie ont été moins nombreux par rapport à l’année dernière en raison des conditions météorologiques défavorables, le nombre de demandes d’asile a fortement reculé au moins de juin (3805 demandes). Les trois principaux pays d’origine des demandeurs d’asile en Suisse au deuxième trimestre 2016 étaient l’Erythrée, la Somalie et l’Afghanistan.

Les centres d’accueil pour réfugiés de Côme ont en effet atteint la limite de leurs capacités, affirme le directeur de Caritas Roberto Bernasconi. Il a également lancé un appel aux dons en Suisse via le curé de Chiasso. Des couvertures sont en particulier nécessaires, car malgré l’été, les températures baissent fortement au cours de la nuit.

Ping-pong à la frontière

Un Erythréen de 24 ans raconte dans un anglais haché que c’est la troisième fois qu’il entre en Suisse et qu’à chaque fois, il a été renvoyé. Un ping-pong entre Chiasso et Côme. Quel est désormais son but? Où veut-il aller? Il ne peut pas le dire, se contentant de répéter encore et encore: «I want freedom, freedom». Des membres de sa famille sont posés à même le sol, dont un bébé d’un an et demi.

Certains affirment qu’ils veulent se rendre en Allemagne, d’autres en Angleterre. Ils ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas voyager à travers la Suisse. Sous les buissons, les déchets s’accumulent. Un endroit pas très reluisant mais qu’on ne peut pas comparer à la défunte «jungle» de Calais, comme veulent pourtant le faire croire certains politiciens de Côme.

Le journal local «La Provincia» raconte que plus de 150 réfugiés campent la nuit à la gare, dont une Erythréenne avec un nouveau-né. Elle aurait essayé de prendre le train vers la Suisse pour rejoindre sa parenté en Allemagne mais aurait été renvoyée. «Je vais tenter à nouveau de passer», affirme-t-elle. Le journal montre une image d’un landau offert par un donateur et qui git désormais sous un arbre en plein air.

Les autorités agissent

Les autorités de Côme ne sont toutefois pas satisfaites de la situation, surtout depuis que le nombre de réfugiés a fortement augmenté et que même les médias internationaux en ont font leurs choux gras. L’image de la région du lac de Côme, où des stars telles que George Clooney possèdent des villas, souffre en effet de la situation.

Le journal britannique «DailyMail» a ainsi réalisé un reportage accompagné de nombreuses photographies sur la situation des réfugiés à la gare de Côme. De fausses informations ont également circulé. Le journal italien «La Repubblica» a ainsi écrit que la Suisse avait fermé ses frontières et ne laissait passer qu’une centaine de réfugiés tous les 14 jours.

Entre-temps, les autorités ont réagi, très certainement pour éviter également qu’une importante cohorte de migrants ne s’y forme et ne marche ensemble en direction du Nord. Il y a quelques jours, une centaine de migrants ont ainsi été renvoyés en voiture directement depuis la frontière de Ponte Chiasso vers Taranto, au Sud de l’Italie.

Dans les trains qui circulent entre Milan et Chiasso, la police italienne réalise également des contrôles plus intensifs. Elle a ainsi fait savoir que de nombreux migrants en route vers le Tessin avaient été interceptés à Monza, la première gare après Milan. Le ton des policiers était plus que rugueux. La migration occupe les policiers et les garde-frontières des deux côtés de la frontière. 

La Suisse a-t-elle raison d'appliquer l'accord de Dublin de manière plus conséquente que les autres pays? Votre avis nous intéresse. 


(Traduction de l'allemand: Samuel Jaberg)

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