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Religion et politique Quatre figures controversées de l’islam en Suisse

La récente expulsion d’Hani Ramadan du territoire français rappelle qu’en Suisse aussi, certains prédicateurs musulmans suscitent la controverse – et parfois bien au-delà des frontières du pays. En voici quatre exemples.

Hani Ramadan

L’enseignant qui justifie la lapidation.

(Keystone)

Issu d’une famille de six enfants réfugiée en Suisse après l’assassinat en Egypte du grand-père maternel Hassan Al-Banna, fondateur de la confrérie des Frères musulmans, Hani Ramadan (58 ans) est un homme de lettres, enseignant et prédicateur musulman né à Genève. Il y est depuis 1995 à la tête du controversé Centre islamique. Il préside également l’Union des organisations musulmanes du canton de Genève.

Le 10 septembre 2002, le quotidien français Le Monde publie une tribune libre signée de sa main, qui va faire grand bruit. Sous le titre «La charia incomprise», l'auteur s'attache notamment à démontrer que la lapidation des femmes ou des hommes adultères n'est pas aussi cruelle qu'on l'imagine. Il suggère également que le sida est un châtiment divin. Hani Ramadan est licencié de son poste d’enseignant. En 2004, au terme d’une longue bataille juridique, une commission de recours conclura que ce renvoi était abusif, Hani Ramadan n’ayant jamais fait l’apologie de ses convictions religieuses devant ses élèves. Il touche alors ses arriérés de salaire, mais il n’enseignera plus.

Hani Ramadan s’est également fait remarquer à de nombreuses reprises pour ses propos complotistes et anti-israéliens. Quelques jours après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, il écrivait ainsi sur son blog, hébergé par la Tribune de Genève: «L’islam n’a rien à voir avec tout cela […] Commençons par surveiller le Mossad [les services secrets israéliens]».

Le 7 avril 2017, Hani Ramadan a fait l’objet en France d’une interdiction administrative de territoire et s’est fait reconduire le lendemain sous escorte policière à la frontière suisse. Ces derniers mois, plusieurs conférences d’Hani Ramadan avaient déjà été annulées en France pour «menace à l’ordre public». 


Tariq Ramadan

L'orateur habile qui séduit les uns et irrite les autres.

(Keystone)

Né en 1962 à Genève, frère cadet de Hani, Tariq Ramadan étudie l’islamologie et la littérature française à l’Université de Genève. A 22 ans, il obtient la nationalité suisse, puis épouse en 1986 une catholique française, convertie à l’islam. Le couple et ses trois premiers enfants part alors en Egypte, où Tariq parfait sa formation religieuse.

Rentré en 1992, il commence à se faire connaître en France par des séries de conférences et d’apparitions à la télévision. D’emblée, il crève l’écran avec son éloquence, son langage à la fois accessible et raffiné, sa grande culture littéraire et religieuse et son charme oriental. Il est alors la voix du «Musulman européen» (selon le titre d’un de ses nombreux livres), qui exhorte ses coreligionnaires à se débarrasser de la mentalité de minoritaires et de victimes et à se revendiquer citoyens à part entière, tout en restant fidèles aux principes de l’islam. Il est très écouté des immigrés de seconde génération dans les banlieues, mais également des intellectuels, surtout à gauche et chez les altermondialistes.

Mais il y a aussi ceux qui veulent voir sous cette trop belle figure de prince égyptien un dangereux islamiste. Le vent tourne en 2003, lorsqu’il publie sur internet une tribune que deux grands quotidiens avaient refusée et qui liste une série d’intellectuels juifs trop complaisants envers Israël à son goût. L’année suivante, il est interdit d’entrée aux Etats-Unis, alors qu’il vient d’y obtenir un poste de professeur dans une université catholique. Il s’installe alors en Angleterre, et obtient en 2009 une chaire d’islamologie à Oxford, financée par le Qatar.

Début 2016, il annonce son intention de demander la nationalité française, ce à quoi le premier ministre d’alors Manuel Valls s’oppose fermement. Signe que, même si on le voit moins sur les plateaux de télévision, Tariq Ramadan divise encore et toujours. 


Nicolas Blancho

Nicolas Blancho, fondateur et président du Conseil central islamique suisse (CCIS). 

(Keystone)

Fondateur et président depuis 2009 du Conseil central islamique suisse (CCIS), une organisation d’obédience salafiste créée en riposte au vote helvétique interdisant la construction de nouveaux minarets, Nicolas Blancho est certainement la figure la plus controversée de l’islam intégriste en Suisse. Converti à l’islam à l’âge de 16 ans, ce Bernois de 34 ans à la barbe rousse broussailleuse s’est fait connaître en 2006 en organisant des manifestations contre les caricatures de Mahomet et contre Charlie Hebdo.

Bien qu’il ne représente qu’environ 1% des musulmans de Suisse, surtout des convertis et des étrangers de deuxième et troisième génération, le CCIS fait régulièrement la Une des médias. Adepte de la provocation et de la mise en scène, passé maître dans l’art de la victimisation, Nicolas Blancho attire les projecteurs en tenant des propos ambigus sur la lapidation des femmes ou le djihad. Une omniprésence qui suscite l’ire de nombreuses organisations islamiques de Suisse, pour qui le CCIS et sa ligne rigoriste contribuent à entretenir un climat de méfiance à l’égard de la majorité des musulmans du pays.

Nicolas Blancho est toutefois davantage qu’un simple agitateur. Le CCIS fait l’objet d’une attention toute particulière des services de renseignement de la Confédération (SRC), en raison notamment de l’opacité de ses sources de financement et de la proximité de certains de ses membres avec les milieux djihadistes. En décembre 2016, le ministère public de la Confédération (MPC) a ouvert une enquête contre trois membres de la direction du CCIS, dont Nicolas Blancho, pour propagande islamiste.

 

Nora Illi

L'ancienne punkette passée au voile intégral.

(Keystone)

Nora Illi est la convertie la plus médiatisée de Suisse, non seulement en raison de son niqab, mais parce qu’elle s’est publiquement prononcée en faveur de la polygamie alors que des rumeurs non démenties affirment que le père de ses cinq enfants aurait une seconde femme. Pourtant, avant de dissimuler son visage sous un voile, elle était une jeune femme tout à fait normale vivant dans le canton de Zurich.

Elle y faisait la fête, écoutait du punk, s’intéressait au bouddhisme et était végétarienne. Mais lors d’un voyage à Dubaï alors qu’elle avait 18 ans, elle a eu une révélation en entendant l’appel à la prière du muezzin. De retour en Suisse, elle s’est convertie à l’islam en 2002, suivant l’exemple de son ami et futur époux, Qaasim Illi, qui s’était converti deux semaines plus tôt.

Le couple est désormais très actif au sein du CCIS de Nicolas Blancho, qui suscite la controverse pour ses liens avec des extrémistes salafistes et des prédicateurs de la haine. Le 1er juillet 2016, jour de l’entrée en vigueur de la loi cantonale interdisant le port du voile intégral, Nora Illi s’est rendue au Tessin pour se faire verbaliser devant les caméras et porter l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme. 

swissinfo.ch

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