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«La mode est à la reconnaissance publique»

Jérôme Leuba, «battlefield # 22 / Pictureless», Dyptique, 2007.

C'est ce qu'affirme Jérôme Leuba, jeune artiste genevois, dont sept œuvres sont exposées au Musée d'art moderne et contemporain (Mamco) de Genève.

Photos, vidéo et installations témoignent ici de l'intérêt que Jérôme Leuba porte à la notion de visibilité dans la société moderne.

Les héros des Loft Story ont fait des émules. Aujourd'hui, pas un margoulin qui ne veuille, une fois au moins, remonter sa pente narcissique! Cette fâcheuse tendance à l'exhibitionnisme devient insupportable. Alors quand il se trouve un esprit éclairé pour en rire, on ne peut que s'en féliciter.

C'est donc avec une grande satisfaction que l'on quitte l'exposition proposée au Mamco (Musée d'art moderne et contemporain) de Genève sous le titre «A Collideorscape». Une appellation quelque peu barbare, tirée nous dit-on, d'un roman de James Joyce.

Mais peu importe. L'essentiel est d'y trouver son plaisir et de voir ce plaisir redoubler à la suite d'une rencontre dans le foyer du Musée avec l'un des artistes exposés. En l'occurrence, Jérôme Leuba, un jeune genevois à l'allure branchée, au verbe aisé, à l'esprit curieux.

Et comme la curiosité s'accompagne presque toujours d'une observation critique de la réalité, Jérôme Leuba lance d'emblée: «La mode est à la reconnaissance publique. Aujourd'hui, chaque individu cède à l'envie de sortir de l'anonymat. Car chacun a compris qu'il n'existe que s'il est visible. Mais en même temps, ceux qu'on expose malgré eux au regard de la société veulent s'y soustraire».

Afficher et occulter

Sous le titre générique de «Spectre», le travail de Jérôme Leuba procède de ce paradoxe-là: se montrer/se cacher. Au Mamco, en témoignent sept œuvres réalisées sur des supports divers (photographies, vidéo, installations) et intitulées «Battlefield». Entendez «champ de bataille». Forcément, ces œuvres comptent quelques victimes.

Parmi elles, un homme pris en photo à la dérobée. L'homme en question a la tête dissimulée sous un drap. C'est une scène d'arrestation par la police. Juste à côté, une autre photo énigmatique: au milieu d'une forêt, une autre forêt, de micros celle-là. Rien que des micros tendus par des journalistes pris de dos, qui encerclent un interviewé qu'on ne voit guère.

«Ce qui m'intéresse, c'est de montrer, explique Jérôme Leuba, comment les médias utilisent à fond le phénomène de 'visibilité': ils affichent et occultent».

Pour preuve, encore, cette installation vidéo reliée à un site Internet plutôt voyeuriste. L'installation diffuse en temps réel les mots clés tapés par les utilisateurs du site. L'anonymat de ces derniers est certes préservé. Mais ce qui s'expose à la vue de tous, ce sont leurs pulsions communes qui font d'eux des exhibitionnistes invétérés.

Plus de 'visibilité'

En juin dernier, Jérôme Leuba a reçu le Prix Culturel Manor (20'000 francs) qui récompense tous les deux ans de jeunes créateurs suisses encore peu connus. Ce prix lui a donc permis de présenter ses «Battlefield» au Mamco et de gagner ainsi en 'visibilité'. C'est du moins ce qu'on suppose.

On lui pose donc la question. Il répond en riant: «Un prix, ça fait toujours plaisir, ne serait-ce que parce qu'il vous procure un certain confort matériel. Mais d'ici à dire que vous devenez une star du jour au lendemain, non. N'empêche, je me sens aujourd'hui moins anonyme qu'hier».

swissinfo, Ghania Adamo

Faits

«A Collideorscape», 2e épisode du cycle «Rolywholyover».
Cinq expositions monographiques, dont celle de Jérôme Leuba, sont présentées dans le cadre de ce 2e épisode.
A voir au Musée d'art moderne et contemporain (Mamco) à Genève, jusqu'au 9 septembre.

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Jérôme Leuba

Naissance en 1970 à Genève.

En 1997, il obtient son diplôme de l'Ecole Supérieure d'Arts Visuels de Genève.

Ses oeuvres sont exposées en Suisse, en Europe et en Amérique latine.

Lauréat du Prix Culturel Manor en 2007.

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