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«Les banquiers suisses sont des pirates»

"Les fonds honnêtes resteront en Suisse si les banques sont capables de les gérer correctement."

(RTS)

Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation, Jean Ziegler milite pour la suppression du secret bancaire.

Dans son dernier ouvrage*, l'ancien professeur critique violemment «les seigneurs du capital» et dénonce l'évasion fiscale.

swissinfo: Dans votre livre, vous dénoncez les maîtres du monde que vous qualifiez de prédateurs. Les banquiers suisses appartiennent à cette catégorie?

J. Z.: Oui. Beaucoup d'entre eux sont des pirates, ils assimilent l'impôt à une confiscation. Pour le prédateur, l'inspecteur du fisc est l'incarnation du mal. Pour ces banquiers, le paradis fiscal est une conquête de la civilisation.

La Suisse doit donc introduire l'entraide judiciaire internationale en matière fiscale et supprimer le secret bancaire?

J. Z.: C'est évident. J'espère que l'UE va imposer à Berne la disparition du secret bancaire. La confidentialité des affaires restera, mais la Suisse ne doit pas servir de sanctuaire aux corrompus et aux criminels.

Comme Suisse je refuse de vivre de l'argent du crime, de celui de la fuite des capitaux du tiers monde ou de celui de l'évasion fiscale.

Aujourd'hui la symbiose entre les capitaux d'origine légale et ceux d'origine criminelle est presque achevée.

Les filières utilisées pour soustraire de l'argent au fisc étranger recoupent celles des blanchisseurs de fonds mafieux provenant de la traite d'êtres humains, du trafic d'armes ou de la drogue.

Pourtant le Conseil fédéral répète que le secret bancaire n'est pas négociable.

J. Z.: C'est inadmissible. Messieurs Villiger et Couchepin se comportent comme de vulgaires mercenaires des banquiers helvétiques.

Le rôle de la Suisse, en tant que pays riche, est de se joindre à la lutte contre la corruption et l'évasion fiscale au niveau mondial.

Les banquiers estiment que la suppression du secret bancaire va fortement réduire leur compétitivité et provoquer une perte d'emploi massive.

J. Z.: C'est du chantage pur et simple. Ces banquiers mentent. Notre économie ne va pas s'effondrer pour cela. Elle est forte, prospère et créative.

Les fonds honnêtes resteront en Suisse si les banques sont capables de les gérer correctement. Certains établissements ont de mauvais gestionnaires et ils misent sur le secret bancaire pour masquer leurs faiblesses et attirer l'argent sale.

Mais la nouvelle loi anti-blanchiment est très stricte.

J. Z.: Absolument pas, elle ne punit pas la négligence mais seulement l'intention. C'est une loi inefficace et d'ailleurs elle n'a engendré que de rares sanctions contre les banques malgré les innombrables affaires qui ont été mises au jour.

swissinfo/Propos recueillis par Luigino Canal

* «Les nouveaux maîtres du monde et ceux qui leur résistent». Editions Fayard, Paris 2002.

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