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«Raser le Liban est complètement stupide»

Rachid Bouchareb vivait avec l'idée d'"Indigènes" depuis dix ans. (Fotofestival/Pedrazzini)

Son film «Indigènes» a été récompensé à Cannes et montré au Festival de Locarno jeudi. Pour swissinfo, Rachid Bouchareb évoque la guerre et le Liban.

De parents Algériens, le cinéaste né en 1953 jette un regard douloureux sur l'impuissance du cinéma à changer l'homme.

Grand film de guerre, à la fois classique et bouleversant, «Indigènes» a été chaleureusement applaudi sur la Piazza Grande, où il était présenté en première internationale.

Il a valu à ses acteurs (Jamel, Samy Naceri, Roschdy Zem, Sami Bouajila, Bernard Blancan) un prix d'interprétation masculine collectif à Cannes.

A travers quatre soldats maghrébins, le film évoque les cent trente mille «indigènes» engagés dans l'armée française pour libérer la France en 1944-45. Son réalisateur Rachid Bouchareb s'explique.

swissinfo: Comment vous est venu ce projet de film et qu'avez-vous voulu montrer ou dire à travers lui?

Rachid Bouchareb: J'avais envie de faire ce film depuis une dizaine d'années. A l'époque, je me suis très vite dit que l'envie n'était pas suffisante. Qu'il fallait que j'attende un peu.

Je me suis réellement mis au travail il y a quatre ans. J'ai commencé à écrire le scénario et à faire des recherches. J'y voyais un sujet important pour la société française. Faire connaître ce moment d'histoire était important pour moi.

swissinfo: S'agit-il pour vous d'un film purement historique ou est-ce une manière aussi de parler d'aujourd'hui?

R.B.: Ce film historique doit servir à voir le présent et à réfléchir sur l'avenir. Sur la relation de la France avec son ancien empire colonial. Les relations existent aujourd'hui encore. Elles ont des hauts et des bas. Réfléchir donc pour leur donner une bonne direction.

Il y aussi toute l'immigration en France, qui représente 10% de la population. Entre 5 et 6 millions de personnes sont issues des anciennes colonies françaises. Ces personnes doivent savoir que leurs grands-parents sont morts pour que la France soit un pays libre. C'est important pour aujourd'hui et demain.

swissinfo: Y a-t-il un lien à tirer entre votre film qui évoque une période historique bien précise et le Liban d'aujourd'hui, à feu et à sang?

R.B.: On peut seulement dire qu'il y a soixante ans, des centaines de milliers de soldats musulmans se sont battus pour que l'Europe soit libre.

Ces soldats musulmans allaient en première ligne au nom de «Allah est grand!» faire reculer le nazisme et libérer l'Europe de l'occupation allemande.

swissinfo: En tant que cinéaste d'origine maghrébine, quel est votre regard sur le conflit au Liban?

R.B.: J'ai un ami là-bas nommé Ziad (Doueri). Il me dit au téléphone que les bombes sont en train de casser le quart du pays. Tous les ponts, les immeubles. Pourquoi?

Cette solution - raser à nouveau le Liban - est complètement stupide. Je suis contre cette méthode de destruction totale. La guerre est toujours un truc horrible. Il faut combattre pour trouver d'autres voies de discussion et de compromis que celle des armes.

Toutes les guerres sont horribles. Au Moyen-Orient, au Liban, en Afrique ou n'importe où dans le monde, dans le passé, le présent ou l'avenir, je suis opposé à cette forme de règlement des situations.

swissinfo: Ce conflit au Liban vous donne-t-il l'envie de prendre la caméra?

R.B.: Oui, bien sûr! J'ai déjà produit le premier film de Ziad. Il s'appelle «West Beyrouth». Ziad a un autre projet qui va raconter toute la diplomatie du Moyen-Orient et tout le conflit israélo-palestinien par le biais de personnages pacifistes.

Ce prochain film va s'appeler «Men on the middle». C'est à travers ce film là par exemple – étant aussi producteur – que je vais apporter mon adhésion et m'associer au regard du cinéaste.

swissinfo: Face au déchaînement de l'horreur, le cinéma n'est-il pas désarmé?

R.B.: Oui, c'est vrai. Qu'est-ce qu'un film à côté d'une vie humaine... rien. Savoir qu'on est inefficaces devant ce type de situations est douloureux.

Il est douloureux de constater la récurrence des guerres. Faut-il avoir de l'espoir en l'homme? C'est lui qui choisit son destin... L'homme étant responsable, il faut lui faire une guerre mentale.

Mais le cinéma l'a faite déjà tellement de fois. Alors... je ne sais pas. C'est désespérant, oui.

Interview swissinfo: Pierre-François Besson à Locarno

Faits

Festival international du film de Locarno: 2 au 12 août 2006
Compétition internationale: 21 films sélectionnés
Piazza Grande: 19 films projetés, dont 3 suisses
Léopard d'honneur: Alexander Sokurov
Locarno Excellence Award: Willem Dafoe
Prix Raimondo Rezzonico à Agat Films (mené par Robert Guédiguian)
Rétrospective: Aki Kaurismäki

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Des Suisses à l'affiche

- Intitulé «Das Fräulein», le premier film de fiction d'Andrea Staka est en lice pour le Léopard d'or dans la compétition internationale. Il dresse le portait de trois émigrées d'ex-Yougoslavie vivant à Zurich.

- Trois longs métrages et deux courts métrages suisses ont droit à une projection sur la Piazza Grande – «Die Herbstzeitenlosen» de Bettina Oberli, «La liste de Carla», de Marcel Schüpbach, «Mon frère se marie», de Jean-Stéphane Bron, ainsi que «Jeu» de Georges Schwizgebel et «Rachel» de Frédéric Mermoud.

- En compétition aussi: «La vraie vie est ailleurs» de Frédéric Choffat dans la section Compétition Cinéastes du présent. Et «La traductrice» de Helena Hazanov, «Que viva Mauricio Demierre» de Stéphane Goël et «No Body is Perfect» de Raphaël Sibilla dans celle des Cinéastes du présent.

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