Bête de scène

Théâtre élisabéthain… et néanmoins trash! (photo Mario Del Curto) swissinfo.ch

Au Théâtre de Vidy-Lausanne, l'Anglais Dan Jemmett présente «Dog face», pièce écrite par deux auteurs élisabéthains.

Ce contenu a été publié le 25 mars 2003 - 17:18

Un humour trash porte ce spectacle qui se rit de la condition animale des hommes.

Il a été choisi pour faire la bête. Non qu'il soit idiot; mais afin d'interpréter «Dog face» (tête de chien), il lui fallait afficher la trogne d'un animal. Ce qu'il réussit à merveille en donnant la preuve au spectateur, qui n'aurait rien compris aux espèces sauvages, qu'entre les monstres et les hommes la différence est souvent minime.

Mais avant d'en arriver là, David Ayala, bête de scène s'il en est, aura connu toutes les affres de l'amour non partagé. Pas lui, bien sûr, mais ce chien de personnage qu'il joue dans le spectacle donné au Théâtre de Vidy-Lausanne, et signé Dan Jemmett.

De ses assiduités, Dog face poursuit donc la jeune Béatrice (Christelle Prot, mégère inapprivoisée) promise par son fou de père (Isabelle Caubère) à Alonzo (Hélène Patarot, sexe hybride), mais éprise d'un dandy désœuvré (Hovnatan Avedikian).

17e siècle revisité

On n'est ici ni chez Marivaux ni chez Molière, mais chez Thomas Middleton et William Rowley. Deux auteurs élisabéthains qui, en 1623, ont écrit cette fable publiée sous le titre de «The Changeling».

Dan Jemmett s'en empare donc et montre une fois de plus sa capacité à faire dérailler une partition écrite depuis longtemps. Le metteur en scène anglais en avait déjà donné la preuve dans ses précédents spectacles inspirés de Shakespeare et présentés à Vidy: «Presque Hamlet» et «Shake». A noter que «shake» signifie «mélanger» en anglais.

Ici aussi, sa mise en scène s'impose comme un mélange de registres où différents genres sont convoqués sur le plateau: farce et tragédie, tréteaux de foire et caravane de cirque, drame et mystère. Elle s'impose aussi par une histoire qui voit l'amour comme une plaie que l'on gratte jusqu'au sang.

Ce sang que Dan Jemmett laisse abondamment couler sur scène. Mais attention, pas de larmes chez lui. Ou plutôt si, des larmes trempées dans l'humour. Un humour trash comparable à celui qu'affichent les cinéastes anglo-saxons d'aujourd'hui qui d'un pas léger parcourent le zoo humain.

swissinfo, Ghania Adamo

«Dog face». Lausanne, Théâtre de Vidy; jusqu'au 5 avril. Tel: 021/619 45 45

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