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Cachez ce Saint que je ne saurais voir...

Cette exposition illustre la richesse de l’art chrétien à la fin du Moyen-Age.

«Iconoclasme: Vie et mort de l´image médiévale», c´est le titre d´une exposition qu´on peut voir au Musée d´histoire de Berne jusqu´au 16 avril. Superbe, et riche d´enseignements.

Il y a quatorze ans, dans le cadre d'une réparation du mur soutenant la plate-forme de la Cathédrale de Berne, les ouvriers eurent une drôle de surprise: à 14 mètres de profondeur gisaient des statues brisées: têtes arrachées, membres brisés...

Au début du 16e siècle, la Réforme était passée par-là, et ses partisans bernois avaient décidé de faire, sans jeu de mots, d'une pierre deux coups: supprimer la statuaire chrétienne du lieu, et la transformer en matériau de remblayage. Avec l'exposition «Iconoclasme», c'est la première fois que cet ensemble de sculptures est présenté au public.

«Tu ne te feras point d'image taillée, ni aucune ressemblance des choses qui sont là-haut dans les cieux, ni ici-bas sur la terre, ni dans les eaux sous la terre» (Exode 20 :4), aurait dit Dieu à Moïse, après l'avoir convoqué sur le sommet du Mont Sinaï histoire de lui dicter ce qu'on nomme aujourd'hui les «Dix Commandements».

Mais voilà... Il fut peu écouté. «Au début, les Chrétiens, alors qu'ils étaient encore une secte juive, ont strictement observé l'ordonnance des Dix Commandements. C'est avec l'influence des cultures grecques et romaines que les chrétiens ont commencé à adopter des éléments de ces cultures, y compris les images. Cela a peut-être commencé par le fait que les Romains adoraient l'image de l'Empereur. Et l'image de l'Empereur a été remplacée par celle du Christ» explique Quirinus Reichen, conservateur.

Avec des objets provenant de Suisse alémanique et de Suisse romande, mais aussi de France, d'Allemagne, des Pays-Bas ou d'Italie, l'exposition qu'on peut voir à Berne illustre à la fois la richesse de l'art chrétien à la fin du Moyen-Age et, sous un angle presque ethnologique, la piété populaire qui l'accompagnait.

Elle concrétise également l'explosion de colère qui caractérisa les réformés. Le retour au seul et unique «Livre», avec à la clé le rejet de tous les «artifices» du catholicisme: l'art bien sûr, mais aussi le culte des saints, le commerce des indulgences et les supercheries diverses.

Ainsi, on apprend notamment qu'à Oberbüren, près de Büren an der Aare, les prêtres catholiques faisaient semblant de ressusciter momentanément les enfants mort-nés, le temps de pouvoir les baptiser. Une coutume qui entraîna l'opposition de l'Evêque de Constance, mais obtint l'aval du Vatican...

L'iconoclasme, une spécificité protestante? Les organisateurs de l'exposition ont eu l'intelligence d'élargir le propos, et de nous rappeler par exemple que les chrétiens d'avant la Réforme avaient eux-mêmes été des iconoclastes en s'attaquant à moult témoignages de l'art antique, les détruisant ou les transformant selon leurs propres besoins. Un iconoclasme peut en cacher un autre.

Après Berne, l'exposition s'installera au Musée de l'Œuvre Notre-Dame à Strasbourg. Au vu de son importance internationale, elle a été placée sous le haut patronage de la conseillère fédérale Ruth Dreifuss, de Catherine Tasca, ministre française de la Culture et de la Communication et de Walter Schwimmer, secrétaire général du Conseil de l'Europe.

Bernard Léchot

«Iconoclasme: Vie et mort de l'image médiévale» à voir jusqu'au 16 avril 2000 au Musée d'Histoire de Berne, Helvetiaplatz 5. Heures d'ouverture: du mardi au dimanche de 10 h à 17 h; mercredi de 10 h à 20 h; fermé le lundi.

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