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Quand les photos mentent effrontément

Voici la photo publiée par le journal de boulevard «Blick»...

((Museum für Kommunikation))

Les images sont manipulées depuis qu'elles existent. Au Musée de la communication de Berne, une exposition montre plus de 300 exemples de photos falsifiées ou modifiées.

C'est ainsi qu'on peut voir comment une flaque d'eau devant le temple de Hatchepsout à Louxor, en Egypte, s'est soudain transformée en mare de sang.

Cette photo prise en novembre 1997 avait suscité nombre de gros titres et de discussions animées autour du pouvoir de l'image.

Lors du massacre de Louxor, 58 personnes avaient été abattues, dont 36 d'origine suisse.

Après la tragédie, le quotidien de boulevard Blick et la télévision suisse alémanique (DRS) avaient montré chacun de son côté une image où l'eau qui s'écoule devant le temple a été colorée en rouge.

Une aventure exploitée par la presse

Le procédé a été rapidement repéré et les deux médias ont dû présenter leurs excuses. Mais toutes les manipulations ne sont pas toujours percées à jour si vite.

«Cela peut être des cas plutôt amusants qui font sourire et dont on peut se moquer, déclare Ulrich Schenk, commissaire de l'exposition. Mais en falsifiant des images, on peut aussi détruire des personnes, car elles peuvent causer de gros dégâts.»

Et de citer l'exemple de l'ancien ambassadeur de Suisse en Allemagne, Thomas Borer. On lui avait attribué une aventure, largement exploitée par la presse de boulevard, au moyen de photos truquées.

Cette histoire a coûté sa place à Thomas Borer. Les médias concernés se sont ensuite excusés, mais le mal était fait.

ABC du mensonge

Ce sont deux exemples parmi beaucoup d'autres que l'on peut voir au Musée de la communication.

L'exposition temporaire «Images mensongères» propose un véritable ABC du mensonge. Ses 26 stations – de A (comme Aktuelles, en allemand) à Z (comme Zukunft, le futur) – montrent l'éventail des moyens permettant de tromper les gens.

«Nous voulons sensibiliser notre public, afin qu'il examine soigneusement les photos, qu'il les remette en question, qu'il s'interroge sur les forces en présence à l'arrière-plan», explique Ulrich Schenk.

Il estime qu'il est important de se demander d'où viennent ces photos, qui elles montrent et quelles sont les intentions sous-jacentes. «Nous devons questionner la véracité des photos comme nous le faisons pour les mots. Cela veut dire, aussi, qu'il faut en prendre le temps.»

Et bien des gens semblent disposés à le faire, car l'exposition attire de nombreux visiteurs. «Les réactions sont très bonnes et il est intéressant de voir que cela répond à un besoin», ajoute le commissaire de l'exposition.

«Depuis que les images existent»

On peut voir aussi d'innombrables exemples tirés de la Révolution russe. Dans l'Union soviétique de Joseph Staline, les personnes tombées en disgrâce étaient éliminées des photographies et, donc, de la mémoire historique.

La manipulation est-elle née avec la photographie? «Je remonterais encore plus loin dans le temps, répond Ulrich Schenk. La falsification ou l'interprétation existent depuis que les images existent.»

Et de se référer à ces portraits de têtes couronnées peintes de manière flatteuse ou enjolivée.

Redoutables techniques modernes

Aujourd'hui, l'ordinateur rend tout cela encore plus facile. Et les appareils de photo offrent des possibilités toujours renouvelées.

«Bientôt, les boutons et les rides seront effacés automatiquement, pour rendre les visages plus jeunes, beaux et frais. Je suis curieux de voir ce qui va se passer ces prochaines années.»

Il n'y a rien de mal, poursuit Ulrich Schenk, à vouloir se rendre plus beaux. «Pour autant que cela soit signalé clairement.»

Grand succès

L'exposition a été conçue par la Fondation de la Maison de l'Histoire de la République fédérale d'Allemagne. Après avoir eu beaucoup de succès dans les pays nordiques, elle a été complétée par des exemples suisses. Ulrich Schenk n'avait que l'embarras du choix.

«J'ai été moi-même un peu étonné de voir que c'était aussi 'simple' chez nous, car j'ai trouvé énormément de choses. En très peu de temps, nous avons rassemblé un large éventail d'exemples intéressants, rigolos ou choquants, que nous voulions exposer.»

Cela va de la suppression de la chope de bière du chauffeur qui inaugurait la première ligne de car postal en 1906, au gommage du logo des sponsors sur les maillots de footballeurs des années 1970, en passant par la «mare de sang» de Louxor.

swissinfo, Christian Raaflaub
(Traduction de l'allemand: Isabelle Eichenberger)

En bref

L'exposition «Images mensongères» est à voir au Musée de la communication à Berne jusqu'au 6 juillet 2008.

Des ateliers sont organisés pour permettre aux écoliers de s'initier aux méthodes de la manipulation d'images et de discuter sur les motifs des manipulateurs ou sur le pouvoir des images.

La version suisse de l'exposition héberge une rédaction dans laquelle le magazine «objectif» montre des exemples supplémentaires tirés de l'actualité locale.

En février et mars prochains, deux tables rondes sont prévues avec des spécialistes.

Finalement, un livre sera publié.

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