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Drug testing, une méthode de prévention critiquée

Les pilules testées sont au préalable photographiées pour pouvoir diffuser l'information en cas de substances dangereuses.

(swissinfo.ch)

Tester les drogues dont usent ‘clubbers’ et ‘ravers’ ne fait pas l’unanimité. Mais pour les milieux de la prévention, c’est un moyen efficace de limiter les risques.

Pragmatiques, le canton de Berne et la ville de Zurich sont pionniers en la matière.

24 millions de francs: c’est ce qu’aurait dépensé, selon une enquête de la Haute école spécialisée (HES) en administration et économie de Zurich, le million de ‘ravers’ de la Street Parade zurichoise, édition 2001, pour s’approvisionner en drogue.

A 20 ou 25 francs l’ecstasy, on peut imaginer le nombre de consommateurs ce jour-là.

Diabolisation inefficace

Selon une estimation de la police fédérale datant de 2000, les consommateurs de «party drugs» seraient environ 70’000 en Suisse. L'ecstasy (MDMA), la kétamine, le GHB (Gamma hydroxide butyrate) et autres amphétamines sont en importance la deuxième catégorie de stupéfiants consommés en Europe.

Une étude bernoise montre pour sa part que 34% des ‘ravers’ interrogés ont déjà consommé de l’ecstasy et 20% en prennent une fois par mois.

Chiffre encore plus frappant dans le canton de Vaud: 47% en avaient absorbé au cours des trois derniers mois, d’après l’étude vaudoise du Service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent (SUPEA).

La consommation peut durer des années avant que des effets négatifs ne se fassent sentir. Psychologiques essentiellement (fragilité ou instabilité d’humeur) mais aussi physiques, dentaires notamment, selon Léonie Chinet, psychologue du SUPEA et militante de l’association Prevtech, active dans le milieu techno en Suisse romande.

Au vu de ces chiffres, la diabolisation de ces produits est donc inefficace. C’est pourquoi le ‘drug testing’, une méthode pragmatique qui vise à la réduction des risques, est prôné par tous les représentants des milieux actifs dans la prévention que nous avons interrogés.

Une douzaine d’expériences en Europe

Une douzaine de projets pilote de ‘drug testing’ sont en cours en Europe, y compris ceux du canton de Berne et de la ville de Zurich.

«Les jeunes concernés, bien intégrés socialement, ne sont habituellement pas en contact avec les réseaux qui s’occupent de toxicomanie. Ils ne reçoivent donc pas les messages de prévention», explique Jakob Huber, directeur de Réseau Contact, groupement bernois d'aide en matière de dépendance, à la base du projet ‘Pilot e’.

Ce premier projet bernois avait comme cible l’ecstasy. De 1998 à 1999, ce sont 200 analyses qui ont été effectuées en une dizaine de sorties par an.

Son successeur, ‘Pilot p’ (pour «Party drugs») a débuté cet été et durera deux ans. Son financement est assuré par le canton à raison de 65'000 francs par an.

Consommation responsable

Comme il n’y a pas de consommation de drogue sans risques, l’abstinence est souhaitable, estiment les acteurs de ‘Pilot p’ et leurs homologues zurichois de Streetwork. Mais celui qui consomme doit pouvoir le faire en connaissance de cause.

Et l’évaluation de ‘Pilot e’, ainsi que trois projets similaires en Autriche, Allemagne et Pays-Bas, démontrent que de telles analyses font augmenter le nombre de personnes qui, mieux informées, renoncent à consommer. Et surtout, fait sortir du marché les produits nocifs.

«Les ravers que nous avons sondés sont très demandeurs», précise Léonie Chinet. Du côté des clubs, «le message est plus difficile à faire passer, constate Eric Moser, responsable de ‘Pilot p’. En acceptant le ‘drug testing’, ils ont peur d’être assimilés à cette image négative de consommation.»

Et pourtant, les responsables de clubs ont affaire à des clients à risque, mais préfèrent souvent se voiler la face.

Réticences romandes

Si ‘Pilot p’ a pu être avalisé par le Parlement cantonal bernois, c’est parce que la police et la justice, souhaitant connaître l’évolution du marché de la drogue sur cette scène, ont soutenu le projet.

Dans le canton de Vaud, on est loin d’un soutien du chef de la Brigade des stupéfiants. «Le projet bernois est une incitation à la consommation», déclare Christian Hochstaetller.

Et d’accuser le ‘drug testing’ d’être dangereux, car il rassurerait les consommateurs, tous les produits n’étant pas décelés. «Totalement faux, rétorque le bernois, Daniel Alleman. Notre laboratoire permet d’analyser 97% des substances, quantitativement et qualitativement. Rien à voir avec les tests qui étaient utilisés il y a dix ans!»

Quoi qu’il en soit, la Commission cantonale vaudoise pour la toxicomanie se prononcera sur le sujet en 2004. Et le Dr Laufer, médecin cantonal, est tout à fait favorable au ‘drug testing’.

Dans les autres cantons romands, à part le Jura, rien n’a été mis en place. Pour preuve, Annie Mino, directrice genevoise de la Santé, reconnaît que l’idée ne lui a jamais traversé l’esprit: «Ce n’est pas un problème de santé publique», estime-t-elle, laconique.

C’est pourtant un sujet qui va être amplement discuté en juin, lors la conférence nationale sur la cocaïne et les ‘designer drugs’, organisée par l’Office fédéral de la santé publique, qui lui, le considère comme préoccupant.

swissinfo, Anne Rubin

En bref

- Au niveau légal, deux avis de droits ont été mandatés, dont un en 1997 par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), réalisé par le professeur Hansjörg Seiler.

- Les deux expertises juridiques confirment qu’il est possible de pratiquer le drug testing, mais à certaines conditions.

- Les cantons doivent l’autoriser. Le matériel - un laboratoire mobile à chromatographie liquide à haute performance - doit être certifié et ceux qui pratiquent les analyses doivent être habilités à le faire (chimistes ou pharmaciens).

- Autre point important, pour remplir sa mission, l’information sur la composition des drogues doit être «neutre et fidèle à la réalité des risques». Un message d’abstinence doit en outre être dominant.

- Et les comprimés estimés dangereux après analyse doivent être impérativement mis sous séquestre. Sinon, la responsabilité civile ou pénale des personnes participant au monitoring peut être mise en cause.

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