Dürrenmatt, un individu critique

F. Dürrenmatt peint par Varlin (1967). Varlin (1967)

«Répliques», c´est le titre d´un ouvrage que publient les Editions Zoé, qui nous proposent ainsi une vingtaine d´entretiens avec l´écrivain bernois Friedrich Dürrenmatt.

Ce contenu a été publié le 05 septembre 2000 - 13:51

En 1996, l'éditeur zurichois Diogenes Verlag recueillait en quatre volumes une sélection d'entretiens que Friedrich Dürrenmatt accorda, entre 1961 et 1990 -année de sa disparition, à divers journalistes et confrères écrivains. C'est un florilège de cette somme que nous livrent aujourd'hui les Éditions Zoé, sous la forme d'une vingtaine d'entretiens retenus et traduits par Étienne Barilier, titré «Répliques»

Bouleversant l'ordre strictement chronologique de l'édition allemande, l'éditeur genevois a choisi de grouper ces trois cents pages de causerie selon un ordre thématique, allant de la biographie à la métaphysique, en passant par la Suisse et Israël.

Ordre au demeurant très relatif, tant est libre le propos de l'interviewé, sautant constamment du monde à lui-même et de lui-même au monde, élucidant sans fin les rapports complexes que nouent sa vie et son œuvre, répondant Saint-Émilion quand il entend résignation.

L'homme, qui se définit comme «un individu critique», est rétif à l'engagement politique et, à la figure du révolutionnaire voulant transformer une société, oppose celle du rebelle, qui «tient les hommes en eux-mêmes pour une colossale erreur de l'évolution, qu'on ne peut réparer que si l'on en prend conscience»; et d'ajouter: «Mon art, c'est une expression de cette rébellion».

Si les coups de griffe sont nombreux, qui émaillent ses propos (Wagner est un compositeur de bordel, Günter Grass un imbécile et Ionesco un ivrogne), si l'auteur avoue être essentiellement un «fabricant d'explosifs» qui croit «que nous devons toujours compter avec le pire», on ne peut douter de la foncière bienveillance de Dürrenmatt disant, en 1972: «Je crois que les consolations, aujourd'hui, sont quelque chose de très dangereux».

À l'heure où triomphe un Paulo Coelho, le conseil peut être bon à méditer.

Guillaume Colnot

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