Emmanuelle Antille, ambassadrice suisse à Venise

Le travail d'Emmanuelle Antille fera cette année le tour du monde. DR

L'artiste contemporaine lausannoise présentera cet été à Venise «Angels Camp», une installation vidéo.

Ce contenu a été publié le 28 janvier 2003 - 15:43

La Kunsthaus de Baselland dévoile actuellement une partie de ce travail. Anne Rubin l'a rencontrée.

Depuis quelques temps, on ne voit plus qu'elle. Emmanuelle Antille, jeune artiste contemporaine, expose en ce moment à la Kunsthaus de Muttenz (BL) jusqu'au 2 mars et au Centre culturel suisse de Paris jusqu'au 30 mars. Dès le mois de mars, elle sera également à Chicago (The Renaissance Society).

Et pour couronner le tout, dès mi-juin elle représentera la Suisse à la Biennale de Venise. Elle y sera accompagnée des artistes zurichois Gerda Steiner et Jörg Lenzinger, le couple qui a conçu la «Heimat Maschine» d'Expo.02.

Nous l'avons rencontrée dans son appartement lausannois, où une pièce est entièrement dédiée au montage de ses vidéos.

swissinfo: Cette année, on verra vos installations un peu partout, en Suisse mais surtout à l'étranger. Comment expliquer-vous ce succès?

Emmanuelle Antille: Je ne me l'explique pas moi-même. Mais pour retracer mon parcours, après mes études à Genève, dans l'atelier de Shérif et Sylvie Defraoui, j'ai effectué un post-grade à Amsterdam.

Là-bas, j'ai eu la chance de pouvoir montrer mon travail à la Kunsthalle De Apple et à la galerie Akinci. Et des curateurs italiens ou anglais l'ont ainsi découvert et apprécié.

Ces deux années ont été extrêmement stimulantes. Mon travail s'y est développé beaucoup plus vite que dans un contexte plus isolé. J'y ai fait des rencontres vraiment charnières avec d'autres artistes internationaux comme Dan Graham, Matt Mulligan ou Pistoletto.

En revenant en Suisse, la galerie genevoise Attitudes m'a offert ma première exposition personnelle. Je leur dois beaucoup, car ils ont contribué à diffuser mon travail à l'étranger, à travers les centres culturels suisses notamment. J'ai aussi pu exposer autant en Suisse romande qu'en Suisse allemande.

swissinfo: En quoi votre carrière a-t-elle changé depuis que vous faites partie des artistes représentés par la grande galerie zurichoise Hauser & Wirt & Presenhuber, où vous êtes d'ailleurs l'une des rares jeunes artiste suisses?

E. A.: Ça a été fantastique à différents niveaux. En 2001, lorsque j'y ai eu ma première exposition, la réalisation technique était extraordinaire. Les moyens mis à disposition de l'installation, très soignés et précis, ont donné de l'ampleur à l'œuvre. La communication autour de l'exposition est aussi précieuse.

swissinfo: Revenons aux deux expositions, à Muttenz (BL) et à Venise, de «Angels Camp». Celle qui s'est ouverte en Suisse est bien un prélude à celle de Venise?

E. A.: Oui. Je travaille depuis l'été 2001 sur le projet «Angels Camp». C'est un vaste univers qui réunit divers éléments, des installations vidéo et sonore, des photos, des textes, et même un roman. Ils fonctionnent de manière autonome mais aussi comme une famille. Le tout tourne autours d'un long métrage d'une heure vingt. A Venise, je montrerai le travail dans son intégralité.

Au Kunsthaus de Muttenz, je participe avec Nic Hess à l'exposition NB, acronyme de New York-Berlin, organisée par l'Office fédéral de la culture. Nous avons chacun passé une année à travailler à l'étranger. Nic était au PS1 de New York et moi dans l'atelier et appartement de l'OFC à Berlin.

J'y présente une sorte d'invitation à l'exposition de Venise. C'est une présentation des personnages et des histoires de l'univers d'«Angels Camp». Ce que j'aime particulièrement, c'est que les gens puissent s'approprier l'histoire. Qu'elle continue à vivre en eux. Et qu'ils aient l'impression, lorsqu'ils verront le film à Venise, qu'elle leur appartient déjà.

swissinfo: Vous avez été choisie pour représenter la Suisse à Venise avec le couple Steiner et Lenzlinger. Quelle est la spécificité de votre travail par rapport au leur?

Il y a une poésie qui se dégage de nos travaux, ainsi qu'un rapport à la nature très fort. Le leur est plus tactile.

J'ai passé une année à filmer dans la région de la Broye où j'ai grandi, près d'Avenches. L'idée de pouvoir habiter le pavillon de Venise, avec l'atmosphère de cette région de Suisse, me plaît beaucoup. C'est une région très riche dont les paysages, atypiques et diversifiés, sont très beaux.

Le film comporte aussi beaucoup d'aspects oniriques. Comme dans tous mes travaux, la limite entre le rêve et la réalité est sans arrêt repoussée. Ainsi que la notion de liberté que les personnages cherchent à redéfinir en inventant leurs propres codes. Avec toujours la nature comme témoin ou miroir pour les émotions des spectateurs.

swissinfo: Ne craignez-vous pas d'être victime d'un effet de mode?

C'est loin d'être une de mes préoccupations. C'est à chaque artiste de se remettre en question. Il faut toujours pouvoir trouver l'énergie de pousser ses rêves plus loin et de les vivre. Mais il faut reconnaître que mon travail répond certainement à des envies du moment. J'espère toutefois qu'il va au-delà et qu'il pose aussi des questions plus profondes et universelles.

swissinfo, propos recueillis par Anne Rubin

En bref

- Emmanuelle Antille, âgée de 30 ans vit à Lausanne.
- 1991-96: Beaux-Arts (ESAV), Genève.
- 1997-98: Rijksakademie van Beeldende Kunsten, Amsterdam
- 1998: première exposition personnelle à la galerie Attitudes, Genève.
- 1999: Kunsthaus Glarus; Fridericianum Museum, Kassel; galerie Akinci, Amsterdam
- 2001: galerie Hauser&Wirt&Presenhuber, Zurich; Fri-art, Fribourg
- 2002: Art et Public, Genève; Contemporary Art Center, Vilnius
- 2003: Kunsthaus de Baselland, Biennale de Venise, Chicago, etc...

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