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Genève respire (un peu) avec le président élu Joe Biden

Palais des Nations, octobre 2020. Malgré la volonté du nouveau président américain de renouer renouer le lien avec le système multilatéral, les obstacles sont encore nombreux sur la route de l’ONU et de la Genève internationale. SWI-Frédéric Burnand

Les assauts de Donald Trump contre le multilatéralisme ont affecté la Genève internationale. Le président élu Joe Biden annonce sa volonté de rétablir l’engagement des États-Unis dans les organisations internationales, notamment celles basées à Genève. Mais de nombreuses inconnues demeurent.

Ce contenu a été publié le 12 novembre 2020 - 17:30
swissinfo.ch et Keystone-ATS

Les critiques et les mesures prises depuis quatre ans par le président sortant ont sérieusement miné le système des Nations Unies dont Washington est le principal bailleur de fonds. Les attaques de M. Trump «nous touchent de plein fouet», résumait, la semaine dernière à l’agence Keystone-ATS, l'ancienne présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey. «Elles font faire la grimace aux Genevois».

Sous l’administration Trump, les États-Unis ont coupé un certain nombre de leurs financements onusiens. Ils se sont retirés du Conseil des droits de l'homme, ont lancé la procédure pour sortir de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) l'été prochain, tout en menaçant à plusieurs reprises de quitter l'Organisation mondiale du commerce (OMC) dont ils bloquent le fonctionnement.

Depuis près d’une année, Joe Biden a promis à plusieurs reprises que les États-Unis seraient de retour au sein des organisations multilatérales, s'il était élu. Une perspective qui incite beaucoup d'acteurs et d'observateurs à envisager des retombées positives pour l'écosystème de la Genève internationale.

Éclaircie en vue

«Bonne nouvelle pour l'OMS», a commenté sur les réseaux sociaux Ilona Kickbusch, directrice du programme de santé mondiale à l'Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID). Ces derniers mois, Donald Trump avait accusé à de nombreuses reprises l'organisation et son directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus d'avoir mal piloté la réponse internationale à la pandémie et d'être trop proches de la Chine d’où est parti le SARS-Cov-2.

Et les États-Unis continuent de mettre la pression pour des investigations sur la gestion de l'OMS, avant qu'une évaluation indépendante sur l'ensemble des acteurs face au Covid ne soit décidée.

Depuis dimanche, le Dr. Tedros a félicité à plusieurs reprises M. Biden et la future vice-présidente Kamala Harris. Lundi dans son discours devant l'Assemblée mondiale de la santé, sans mentionner M. Trump, Tedros Adhanom Ghebreyesus a ciblé «le déni et l'ignorance délibérée» de l’impact de la pandémie, appelant les États membres à l'unité et la collaboration. De son côté, Joe Biden a promis de maintenir son pays au sein de l'institution, dès son entrée en fonction.

«Cette élection est un signal important. Nous espérons que le nouveau président tiendra parole et donnera à son pays un rôle fort pour mettre fin à la torture dans le monde.» Gerald Staberock, secrétaire général de l’OMCT.

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Autre tension entre Etats-Unis et communauté internationale, le dialogue sur les droits de l'homme devrait aussi changer, plus de deux ans après le retrait américain du Conseil des droits de l'homme. Après l'attitude controversée de l’administration Trump sur la torture, Joe Biden assure depuis plusieurs mois son intention de réaffirmer son interdiction.

Une intention saluée par l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT) à Genève. «Cette élection est un signal important, affirme à Keystone-ATS son secrétaire général Gerald Staberock. Nous espérons que le nouveau président tiendra parole et donnera à son pays un rôle fort pour mettre fin à la torture dans le monde.» Gerald Staberock espère aussi que la nouvelle administration soutiendra davantage les défenseurs des droits de l'homme et que Washington continuera à mettre la pression sur les violations massives des droits de l’homme en Chine.

Pour la Genève internationale, l'impact de cette élection «est immense», relève-t-il en rappelant que le retrait des États-Unis du Conseil des droits de l'homme en juin 2018  «a envoyé un message glaçant aux structures multilatérales à Genève.». Gerald Staberock s'attend à un réengagement de Washington dans cet organe basé à Genève, une attitude qui diminuerait l'influence des gouvernements hostiles aux droits de l'homme, tout en estimant «impossible de réparer les immenses dégâts» sur les droits de l'homme depuis quatre ans.

Les obstacles à surmonter

Une chose est sûre à ce stade. Le prochain locataire de la Maison Blanche continuera de défendre les intérêts de son pays. En revanche, a définition et la manière de les promouvoir devraient rompre avec l’unilatéralisme du président sortant, même si sa marge de manœuvre dépend encore du nombre de parlementaires élus au sénat américain.

D’autant que «Trump a encore 70 jours pour faire des ravages dans le monde», avertissent deux anciens conseillers de Barack Obama dans une tribune parue mercredi dans le New York Times.

«M. Trump restera en fonction jusqu'au 20 janvier. Son refus de céder, le remplacement abrupt de son secrétaire à la défense (avec des licenciements de haut niveau très probablement en cours) et l'annonce de nouvelles ventes d'armes au Moyen-Orient ainsi qu'un "flot" de sanctions supplémentaires contre l'Iran sont autant de signes qu'il profitera de ses derniers jours à la Maison Blanche pour essayer de compliquer encore la volonté de M. Biden de faire marche arrière.», écrivent Philip H. Gordon et Robert Malley, lui-même directeur du think tank International Crisis Group basé à Bruxelles.

Une crise budgétaire durable

L’incertitude n’est donc pas levée, y compris pour l’ONU et l’OMC. Cela alors que ces organisations font face à une crise budgétaire accentuée par les conséquences économiques de la Covid-19, comme le souligne ce jeudi le quotidien Le Temps. 

«Les nuages s’amoncellent sur l’organisation multilatérale. Au 2 novembre, seuls 132 États membres sur 193 avaient payé leur dû. Selon l’Inter Press Service, il manque aux Nations unies la somme faramineuse de 5,1 milliards de dollars. Le siège européen de l’ONU ne va pas être indemne», écrit Stéphane Bussard qui suit de longue date les travaux des Nations Unies.

Dans l’éditorial qui accompagne son article, le journaliste constate: «Quelles que soient les difficultés que pourraient connaître les Nations unies dans les années à venir, le multilatéralisme va souffrir, mais il continuera à être la seule voie possible de l’humanité pour tenter de résoudre les problèmes colossaux qui pointent à l’horizon.»

>> Joe Biden et Kamala Harris, le front démocrate contre Donald Trump (Géopolitis/RTS, 06.09.2020)

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