Hors la foi catholique, point de salut

Le cardinal Ratzinger, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, réaffirme la primauté de l’Eglise catholique sur toutes les autres. Keystone

Même si la phrase n´y apparaît pas, elle sous-tend la déclaration «Dominus Jesus» publiée mardi par le Vatican. Privés par Rome du titre d´Eglise, les protestants de Suisse et d´ailleurs n'entendent pas pour autant raviver les guerres de religion.

Ce contenu a été publié le 05 septembre 2000 - 20:40

«Il existe une unique Eglise du Christ, gouvernée par le successeur de Pierre (le pape) et les évêques en communion avec lui». Par conséquent, «les communautés qui n'ont pas conservé la substance intégrale du mystère eucharistique ne sont pas des Eglises au sens propre du terme».

On ne saurait être plus clair. Ainsi, selon la dernière déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi, approuvée le 16 juin par Jean-Paul II et publiée mardi, ni les protestants, ni les anglicans ne méritent le titre d'Eglises. Un titre réservé aux catholiques, voire éventuellement aux orthodoxes.

Quelques jours après la béatification contestée du pape Pie IX, le Vatican fait à nouveau très fort, avec cette déclaration que le jésuite Albert Longchamp, rédacteur en chef à Genève de «l'Echo magazine», n'hésite pas à qualifier de «fracassante».

En Grande-Bretagne, la réaction de l'archevêque de Cantorbéry ne s'est pas fait attendre. Pour George Carey, primat de l'Eglise anglicane, la déclaration est simplement «inacceptable». En France, le président de la Fédération protestante, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, dit sa «surprise attristée». En ajoutant que cette déclaration «contraste singulièrement avec les invitations à l'humilité et à l'ouverture entendues durant cette année jubilaire».

A Berne, le président du conseil de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse, le pasteur Thomas Wipf, n'a pas eu le temps de prendre connaissance du texte mardi. Pas de réaction officielle donc pour l'instant. A Genève, en revanche, le siège du Conseil oecuménique des Eglises (COE) - qui regroupe 337 Eglises protestantes, anglicanes et orthodoxes de par le monde - exprime ses regrets et rappelle à Rome que la chrétienté a besoin à l'aube du IIIème millénaire d'un témoignange «commun et crédible».

Et le pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du COE, de se demander pourquoi la Congrégation pour la doctrine de la foi (héritière du Saint Office, lui-même successeur de l'Inquisition) a cru bon de faire cette déclaration à ce moment.

La réponse appartient peut-être à Albert Longchamp. Selon le jésuite, l'Eglise catholique veut avant tout raviver l'action missionnaire et réaffirmer son identité face aux tentatives de syncrétisme qui viseraient à fondre toutes les religions les unes dans les autres. «On se réclame de Vatican II, mais on en donne ici une interprétation très restrictive. C'est en quelque sorte une fin de non-recevoir opposée aux tenants du dialogue inter-religions», souligne cet observateur avisé - et non sectaire - de la vie catholique.

Marc-André Miserez

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