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L'antisémitisme n'est pas mort en Europe

En Suisse aussi, on trouve des provocations comme cette affiche placardée à Emmen.

(Keystone)

A Berlin, la Suisse et une cinquantaine d’autres pays participent à la conférence de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) sur l’antisémitisme.

Leur objectif: renforcer la lutte sur tous les fronts contre ce fléau qui hante toujours l’Europe.

C’est l’Allemagne qui est à l’origine de la convocation de cette réunion. Pas étonnant, soixante ans après la chute du nazisme, l’antisémitisme - qui fut honni par les générations de l’après-guerre - semble y refaire surface.

En effet, selon un sondage réalisé par l’organisation juive américaine Anti-Defamation League (ADL), 36% des Allemands interrogés manifesteraient des tendances antisémites.

Le durcissement du conflit israélo-palestinien n’est d'ailleurs certainement pas étranger à ce phénomène.

Et c'est pour tenter de passer des paroles aux actes que l'OSCE a invité 500 délégués de 55 pays, mercredi et jeudi, à Berlin.

Il faut condamner

A la tête de la délégation helvétique, Franz von Däniken estime que la plupart des pays sont touchés par l'antisémitisme. Et, confirme le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, «cela est aussi valable pour la Suisse.»

«En tant que pays membre de l’OSCE, la Suisse se doit de condamner ce phénomène déplorable», explique Roman Busch sur les ondes de la Radio suisse romande.

Et le chef de la section OSCE au ministère suisse des Affaires étrangères d'ajouter: «Cela peut paraître banal, mais il est important de le faire au niveau gouvernemental».

Dans les faits pourtant, la montée de l’antisémitisme sur le territoire de la confédération helvétique ne saute pas aux yeux.

Le sondage de l'Anti-Defamation League (ADL) montre même que la proportion de Suisses nourrissant des sentiments antisémites aurait reculé de 22% en 2002 à 17% aujourd’hui.

Quant au nombre de condamnations qui ont été prononcées en vertu de la norme pénale antiraciste pour antisémitisme et révisionnisme, il est passé de 22 en 2000 à 3 en 2002 (dernière année pour laquelle les chiffres sont disponibles).

Au niveau du citoyen

Chaque pays a sa propre forme de racisme, confie le président d'honneur de la communauté israélite de Zurich. En Suisse, dit-il, on observe «un antisémitisme larvé, qui ne se manifeste qu'à certaines occasions».

Pour Sigi Feigel, «il faut commencer par soi et son propre pays». Les élites ont tendance à politiser systématiquement les problématiques, sans atteindre les simples citoyens.

Et de préconiser, en lieu et place d'une conférence internationale réunissant 500 participants, des réunions régulières, en petits groupes, pour parler des moyens de lutter contre l'antisémitisme.

La bête ne dort que d’un oeil

En recul? Peut-être. Mais le fléau n'est pas mort pour autant. «Des études ont montré que les bases de l’antisémitisme restent en gros les mêmes dans toute l’Europe occidentale», explique la présidente de la Commission fédérale contre le racisme.

Une sorte d’hostilité latente envers les juifs qui, selon Doris Angst, serait aujourd’hui attisée par les développements du conflit au Proche-Orient.

«On a tendance à rendre les juifs qui habitent chez nous responsables de la politique menée par l’Etat hébreu», observe-t-elle. Une forme d’assimilation à laquelle les médias ne sont peut-être pas étrangers.

Selon Sigi Feigel, la politique israélienne a effectivement une influence directe sur la forte augmentation du nouvel antisémistisme.

Pour lui, en Suisse, les juifs sont systématiquement tenus pour responables du comportement de l'Etat hébreu. «Je suis fatigué de ce rôle, lance-t-il. Les gens feraient mieux de s'en prendre directement au gouvernement israélien.»

Le droit international

Récemment une étude menée par l’Université de Zurich a montré que la presse alémanique était en général plutôt bienveillante envers les juifs, sauf en ce qui concerne ses compte-rendus du conflit israélo-palestinien.

Par le passé, la Fédération suisse des communautés israélites a même accusé les autorités helvétiques de pencher ouvertement en faveur des Palestiniens et de favoriser ainsi la montée de l’antisémitisme en Suisse.

Franz von Däniken rejette ces accusations. «Notre référence c'est toujours le droit international, argumente le secrétaire d’Etat. Et, comme les autres pays, Israël a l’obligation de s’y conformer.»

Et de conclure: «Lorsque nous évoquons d’éventuelles violations de ces lois, nous ne pouvons donc pas être accusés d’antisémitisme».

L’utilité d’une loi

A Berlin, la Suisse entend montrer aux autres comment elle compte enrayer le fléau de l’antisémitisme.

«Notre norme légale contre le racisme nous aide beaucoup dans cette lutte, dit Roman Busch sur les ondes de la Radio suisse romande. Les autres devraient, eux aussi, se doter d’un système légal fort dans ce domaine.»

«Il faut également être très actif au niveau de l’éducation», poursuit le chef de la section OSCE au ministère des Affaires étrangères. Un point de vue que partage Alfred Donath.

«Nous aimerions que, dans l’enseignement, on parle davantage de l’histoire des juifs, et surtout de la shoah», plaide le président de la Fédération des communautés israélites de Suisse.

Des actions concrètes

«Cette année, rappelle Doris Angst de la Commission fédérale contre le racisme, les écoles suisses ont célébré pour la première fois la journée du 27 janvier, qui est la Journée de la mémoire de l’Holocauste.»

De son côté, le secrétaire d'Etat Franz von Däniken rappelle la décision prise par le gouvernement suisse d’établir un Fonds contre le racisme et en faveur des droits de l’Homme.

Entre 2001 et 2005, 15 millions de francs devraient être alloués à des projets de formation, de sensibilisation et de prévention, mais aussi à des centres de conseils aux victimes de conflits et de discriminations.

swissinfo et les agences

Faits

La conférence de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a lieu les 28 et 29 avril à Berlin.
Les 55 pays de l’OSCE – dont font partie les USA, le Canada et la plupart des pays européens – y participent.
Certains Etats sont représentés au plus haut niveau. Ainsi, le chef de la diplomatie américaine Colin Powell et le président israélien Moshe Katzav sont à Berlin.
Près de 15'000 policiers sont mobilisés dans la capitale allemande pour assurer la sécurité de la conférence.
La délégation helvétique est dirigée par Franz von Däniken, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères.

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En bref

- Un sondage publié lundi par l’organisation juive américaine Anti-Defamation League (ADL) montre que, même s’il reste encore une tendance forte en Europe occidentale, l’antisémitisme a reculé entre 2002 et 2004 dans huit pays sur les dix examinés.

- Les deux pays où il est en augmentation sont la Grande-Bretagne et les Pays Bas.

- En tête, on trouve l’Allemagne, avec des tendances antisémites exprimées par 36% des personnes interrogés. Viennent ensuite la Belgique (35%), la France (25%), l’Espagne et la Grande-Bretagne (24%), l’Italie (23%), la Suisse et l’Autriche (17%), le Danemark (16%) et les Pays-Bas (9%).

- Toujours selon le même sondage, les tendances antisémites ont baissé en Suisse ces deux dernières années. De 22% en 2002, la proportion des sondés qui expriment ce genre de sentiments est tombée à 17% en 2004.

- Dans les faits, le nombre de condamnations pour antisémitisme ou révisionnisme prononcées en Suisse en vertu de l’article 261bis du Code pénal (norme antiraciste) avait déjà baissé de 22 en 2000 (année record) à 18 en 2001, puis à 3 en 2002.

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