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L'exceptionnel éclatement des partis genevois

(RSR)

Les Genevois renouvellent leur parlement cantonal dimanche dans un climat marqué par la stigmatisation des travailleurs frontaliers. Un scrutin pouvant accentuer l'éclatement du paysage politique genevois. Une exception en Suisse analysée par le politologue Pascal Sciarini.

Dimanche, les Genevois élisent pour 4 ans les 100 députés du Grand Conseil (parlement cantonal). Des législatives qui seront suivies un mois plus tard par l'élection des 7 membres du Conseil d'Etat (gouvernement cantonal).

Directeur du Département de science politique de l'Université de Genève, Pascal Sciarini analyse les enjeux du scrutin.

swissinfo.ch: Cette semaine, un encart publicitaire de l'UDC (droite conservatrice) associant les frontaliers français à la racaille a allumé la campagne électorale genevoise. Que signifie ce recours de plus en plus fréquent à la provocation et la surenchère populiste en politique, en particulier à Genève?

Pascal Sciarini: Quant ils sont en campagne, les partis cherchent évidemment à attirer l'attention des électeurs et des médias. Dans ce cas, l'UDC genevoise fait donc coup double, vu la résonnance médiatique de son annonce.

Nous assistons effectivement en Suisse à une certaine radicalisation du discours politique surtout à la droite de l'échiquier politique, mais aussi parfois à gauche. Et ce, pour tenter de mobiliser l'électorat.

Cela dit, cette fois-ci, l'annonce de l'UDC s'avère contre-productive. Le président de la section genevoise de l'UDC Soli Pardo a cru bien faire en cherchant à toucher l'électorat de son concurrent, le Mouvement Citoyens Genevois (MCG, parti protestataire anti-frontalier, ndlr). Mais l'outrance du propos a provoqué des divisions au sein même de son parti.

swissinfo.ch: Cette affaire signifie-t-elle que l'UDC est à la recherche d'un second souffle?

P.S.: L'UDC et la droite nationaliste en général se retrouve prise à son propre piège. Elle a toujours besoin de se singulariser pour faire parler d'elle et mobiliser ses troupes. Ce qui l'amène à pousser le bouchon toujours plus loin.

A force de faire l'équilibriste sur la ligne rouge des valeurs républicaines, la droite dure produit des effets dramatiques. Nous assistons à une banalisation considérable du discours d'extrême-droite. Dire, comme le fait le MCG: «frontaliers, assez!» n'est pas un message banal. Mais il semble que ce genre de slogan choque de moins en moins.

Le piège pour l'UDC genevoise est qu'elle a aussi cherché ces 4 dernières années à s'acheter une respectabilité. Et ce, pour devenir un parti gouvernemental et s'allier avec les autres partis de droite. Comme l'a reconnu Yves Nidegger (tenant de cette ligne au sein de la section genevoise de l'UDC, ndlr), 4 ans d'effort ont été ruinés par cette annonce anti-frontaliers.

De fait, au niveau suisse et genevois, le potentiel électoral de l'UDC reste très faible (30% de l'électorat pour la Suisse et 25% pour Genève). Or les progrès spectaculaires de l'UDC ces 12 dernières années ne correspondent pas à un élargissement de son potentiel électorat qui reste constant, mais à la mobilisation de plus en plus large de ce potentiel. Un succès dû à son profil radicalisé.

Pour élargir son potentiel, elle doit aujourd'hui modérer son discours avec le risque de perdre une partie de son électorat qui se reconnait justement dans sa ligne dure.

swissinfo.ch: Le parlement genevois pourrait se retrouver composé de représentants de 8 partis. Que signifie ce morcellement du paysage politique genevois, aussi bien à droite qu'à gauche?

P.S.: Genève est le canton suisse dont le champ politique est le plus morcelé. Il n'y a pas d'autres cantons avec deux segments de la droite populiste aussi forts. Le Tessin connait une situation similaire avec la Lega et l'UDC. Mais les agrariens y sont très minoritaires. Le parlement bernois a dix formations politiques. Mais les partis qui comptent ne sont que 2 ou 3, parce que les socialistes et l'UDC occupent 50% des sièges, les autres partis étant donc secondaires. Par contre à Genève, la plupart des formations représentent entre 10 à 20% des voix.

Autre particularité, Genève connait une grande volatilité de son électorat. Le canton ne connait plus vraiment de vote traditionnel, de lien affirmé entre un parti et un groupe de l'électorat. La population du canton est en effet de plus en plus citadine, multiculturelle et récemment installée dans le canton.

Reste que cet émiettement a des conséquences assez dramatiques en terme de gouvernabilité du canton.

swissinfo.ch: Les élections genevoises font-elles figure de test pour le reste de la Suisse?

P.S.: Pour ce qui est de la montée des Verts et du recul du parti socialiste, ces élections apporteront des indications intéressantes en montrant s'il y a un retournement de tendance ou non.

En revanche, les rivalités au sein de l'extrême gauche et celles de la droite populiste sont très genevo-genevoises. Même si l'extrême gauche arrive à retourner au parlement, cela ne constituera pas un signe avant-coureur pour les autres cantons suisses.

Frédéric Burnand, Genève, swissinfo.ch

Les frontaliers stigmatisés

«Le CEVA? Un nouveau moyen de transport pour la racaille d'Annemasse. Expulsons les criminels étrangers! Ne leur offrons pas encore un accès à Genève!»

Ces propos ont été publiés lundi dernier sous forme d'encart publicitaire dans la Tribune de Genève, provoquant de fortes réactions à Genève, en Suisse et en France.

Premier parti de Suisse avec 29% des votes aux dernières législatives, l'Union démocratique du centre (UDC) a utilisé le projet d'une ligne ferroviaire entre Genève et Annemasse (ville française frontalière), le CEVA, pour frapper les esprits une semaine avant les élections cantonales.

L'UDC a récemment perdu du terrain face à son principal concurrent, le Mouvement Citoyens genevois (MCG) dont le président Eric Stauffer dit craindre que la ville aux bords du Léman ne devienne un «déversoir pour les 2,9 millions de chômeurs français».

En 2005, le tribun genevois d'extrême-gauche Christian Grobet avait établi une équivalence entre le nombre de chômeurs genevois et le nombre de frontaliers.

Le canton de Genève souffre du taux de chômage le plus élevé de la Suisse (7% en septembre contre 3,9% en Suisse).

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