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La droite zurichoise contre les écoles coraniques

D'autres religions pourraient être publiquement acceptés à Zurich.

(Keystone)

Vote à haute tension dimanche prochain à Zurich: le canton se prononce sur de nouvelles lois réglant les rapports Eglises-Etat.

La droite dure (UDC) affirme que des écoles coraniques seront construites. Faux, rétorquent, outrés, les Eglises et le canton.

La campagne a démarré il y a plusieurs semaines et les esprits se sont vite échauffés. Dans le canton de Zurich, l’Union démocratique du centre (UDC-droite dure) s’oppose à la refonte des relations entre les Eglises et l’Etat et à la possible reconnaissance d’autres religions.

Les affiches du comité UDC, rejoint par de nombreux radicaux dont les délégués rejettent également le projet, brandissent une menace précise:

«Les impôts pour des écoles coraniques? 3xnon», martèle le comité, tandis que le journal de l’UDC, le «Zürcher Bote» a publié un photomontage où une des deux tours de la cathédrale de Zurich est remplacée par un minaret.

Une étiquette

Les partisans de la réforme crient au scandale et au mensonge. Contre-affiches et nouvelles annonces en réponse: les deux comités se livrent une guerre des slogans par médias interposés.

La Commission fédérale contre le racisme est également montée au créneau. «Ces affirmations donnent à penser que notre société va être noyautée», critique la porte-parole Gioia Weber.

«De plus, ajoute-t-elle, mettre ainsi des groupes sociaux entiers dans une seule catégorie, en leur accolant une fausse étiquette, est à la limite de la discrimination.»

Une loi précise

De fait, la nouvelle loi ecclésiastique prévoit expressément que les impôts ecclésiastiques ne seront pas utilisés dans le but de servir le culte, quelle que soit la religion considérée.

Ce texte est l’un des trois soumis aux Zurichois, à côté d’un nouvel article constitutionnel présentant les principes généraux et d’une loi autorisant la reconnaissance d’autres religions.

En 1995, deux tiers des Zurichois avaient rejeté en votation une séparation complète des Eglises et de l’Etat, comme seul le canton de Genève la connaît en Suisse.

Neuchâtel vit également sous le régime de la séparation, mais verse néanmoins certaines contributions aux Eglises, pour l’entretien des bâtiments par exemple.

Des réformes

La votation de 1995 avait mis en lumière un incontesté besoin de réformes. Le gouvernement s’est alors mis au travail pour proposer un nouveau partenariat.

Le résultat, objet de la votation de dimanche suite à un référendum, donne davantage d’autonomie aux trois Eglises reconnues (protestante, catholique-romaine et catholique-chrétienne). Elles disposeront ainsi du droit de vote et d’éligibilité de leurs membres.

Ce point est contesté par les opposants qui y voient une manière d’introduire en catimini le droit de vote des étrangers en Suisse. Mais Zurich est le seul canton où les Eglises n’ont pas encore ce droit.

Une polémique

Mais c’est évidemment la question des ressources financières qui suscite le plus de discussions. Selon une étude portant sur les chiffres de 1997, les Eglises zurichoises disposent actuellement d’environ 400 millions de francs par an, dont 60 millions en dons et travail bénévole.

225 millions viennent des impôts individuels, auxquels il faut ajouter 65 millions provenant des entreprises.

L’Etat verse encore 50 millions au titre de subventions, qui vont principalement (40 millions) à l’Eglise réformée pour le salaire des pasteurs.

Ces deux sources financières, impôts et subventions, ne seront pas supprimées. Mais l’Etat a mieux défini leur utilisation.

Un intérêt commun

Jusqu’ici, les Eglises faisaient ce qu’elles voulaient avec les recettes fiscales. Dorénavant, les impôts des entreprises devront explicitement servir à des objectifs «bénéficiant à toute la société», spécialement dans les domaines sociaux, éducatifs et culturels.

Quant aux subventions de l’Etat, leur montant sera fonction du nombre de croyants. L’Eglise réformée perdra environ 10 millions, qui iront à l’Eglise catholique. Le montant global de 50 millions par année est gelé jusqu’en 2012.

Ce qui fait dire aux partisans des réformes que même si de nouvelles religions étaient reconnues, l’argent à disposition ne suffirait pas pour ouvrir des écoles.

Des critères stricts

Cette reconnaissance possible, une nouveauté à Zurich, qui existe dans presque tous les cantons suisses et qui est saluée comme un signe d’intégration des communautés étrangères, est en outre soumise à des critères très stricts.

La religion candidate devra ainsi être active en Suisse depuis 30 ans, avoir au moins 3000 croyants dans le canton, accepter et pratiquer les principes de tolérance et de paix entre religions, être dotée de structures démocratiques et afficher des finances transparentes.

Deux types de reconnaissance sont proposés, une «grande reconnaissance» en tant que communauté de droit public et une «petite reconnaissance» en tant qu’association de droit public, sans droit fiscal ni prestations de l’Etat.

Deux candidats

Parmi les religions qui pourraient prétendre à une reconnaissance sont souvent citées la communauté juive ICZ («Israelitische Cultusgemeinde Zürich») et puis l’Eglise serbe-orthodoxe qui, avec 35 000 membres, est la troisième communauté chrétienne du canton.

Les onze communautés sunnites réunies depuis 1994 au sein d’une association (Vioz, «Vereinigung Islamischer Organisationen Zürich») ont annoncé qu’elles feront une demande si la loi est acceptée.

La Vioz ne représente cependant qu’une petite partie des 66'000 musulmans vivant dans le canton (dont 25'000 en ville de Zurich). En outre, seuls deux de ses membres sont dotés de structures démocratiques et accordent le droit de vote aux femmes.

Pour l’UDC, le scrutin de dimanche représente un test important: jusqu’ici, le parti a rarement, voire jamais, réussi à imposer ses vues sur des sujets sociaux. On saura dimanche prochain si, de ce côté-là aussi, le parti de Christoph Blocher a progressé dans l’opinion publique.

swissinfo, Ariane Gigon Bormann, Zurich

Faits

Les Zurichois votent le 30 novembre sur une refonte des relations entre les Eglises et l’Etat.
Ils avaient refusé en 1995 de séparer Eglises et Etat.

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En bref

- Le paquet de trois textes prévoit notamment que les impôts ecclésiastiques versés par les entreprises ne pourront pas être affectés à des tâches religieuses, mais devront être utilisés dans un but social bénéficiant à tous.

- Les lois prévoient aussi une reconnaissance en droit public d’autres religions, à condition qu’elles respectent des critères stricts (30 ans d’existence en Suisse, au moins 3000 membres dans le canton, reconnaissance et acceptation des principes de tolérance et de paix).

- L’UDC (droite dure), le PRD (radicaux), l’UDF (Union démocratique fédérale) et les Démocrates suisses sont contre les nouvelles lois zurichoises.

- Sur le plan suisse, l’Eglise catholique romaine réunit 41,8% de la population (46,2% en 1990). Les protestants comptent 33% de citoyens (38,5% en 1990).

- Les musulmans représentent 4,3%, les chrétiens-orthodoxes 1,8%, les juifs 0,2%, les hindous 0,4% et les bouddhistes 0,3%. Mais toutes les confessions ne sont pas énumérées.

- En 2000, 39,9% des Zurichois étaient protestants (contre 48% en 1990), 30,5% catholiques-romains, 5,3% musulmans, 2,4% chrétiens orthodoxes, 0,5% juifs (toutes les confessions ne sont pas énumérées).

- La communauté israélite est reconnue de droit public dans les cantons de Berne, Bâle-Ville, St-Gall et Fribourg.

- Presque tous les cantons prévoient la possibilité de reconnaître d’autres religions.

- Seuls les cantons de Genève et Neuchâtel connaissent une séparation Eglises-Etat. Les Neuchâtelois versent cependant des contributions pour les bâtiments religieux.

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