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La guerre des journaux du dimanche fait une nouvelle victime

La Suisse romande ne dispose que de deux titres dominicaux.

(Keystone)

Après le rédacteur en chef du Matin, c'est celui de dimanche.ch, Jean-Philippe Ceppi, qui est à son tour remercié pour dissensions avec son éditeur. Avec un tirage de 45.000 exemplaires, le dernier venu de la presse dominicale romande a réussi un bon départ. Mais il veut se repositionner pour grappiller des parts de marché à son concurrent. Le point de vue de l'ancien rédacteur en chef du Matin, Daniel Pillard.

- swissinfo: Qu'est-ce qui ne tourne pas rond dans la presse romande?

- Daniel Pillard: Vous trouvez qu'elle ne tourne pas rond? Si vous faites allusion au fait que deux rédacteurs en chef ont été débarqués en quelques semaines, cela laisse songeur, en effet.

- Comment interprétez-vous le départ de Jean-Philippe Ceppi?

- D. P.: Ce départ m'a étonné, je n'avais rien pressenti. Je sais qu'après avoir réussi à s'installer sur le marché, dimanche.ch est maintenant en quête d'un deuxième souffle. Il semble qu'il y a eu des divergences concernant l'orientation de ce deuxième souffle, mais je n'en sais pas plus.

- Avez-vous été tous deux les victimes d'une guerre entre les éditeurs Ringier et Edipresse pour le contrôle du marché du dimanche?

D. P.: Franchement, je ne pense pas que ces deux départs aient une relation et qu'il faille les lire de la même façon.

J'ai été engagé pour un programme de changements, au Matin semaine comme au Matin dimanche. Celui-ci a été approuvé par la direction générale d'Edipresse. Ensuite, des résistances internes ont mis fin à cette expérience et ont entraîné mon départ.

Quant à Jean-Philippe, il a été placé à la tête d'un journal dominical qui devait conquérir sa place. Il y est arrivé, et personne ne le conteste. Cela n'explique donc pas son départ. Pas plus, d'ailleurs, qu'une exacerbation du match entre les deux journaux.

- Cela n'a donc rien à voir avec le marché de la presse qui est particulièrement tendu en Suisse romande.

D. P.: La presse est en mutation. Les journaux ont créé des nouvelles formules; la télévision a également connu des réformes. Nous sommes dans une période de changements, et les enjeux sont assez sensibles, c'est vrai.

Mais là, je ne crois pas que le marché explique ces deux départs. Ce sont des affaires d'hommes, et de leur avis sur des programmes de réformes.

- Est-ce que les journaux ont désormais des rédacteurs en chef-kleenex, qui peuvent être jetés comme le sont les entraîneurs de foot?

D. P.: Le destin des rédacteurs en chef est presque pire que celui des entraîneurs de foot. Car ceux-ci sont débarqués quand les résultats sont mauvais. Dans le cas du Matin et de dimanche.ch, ce n'était pas le cas.

Autrefois, les rédacteurs en chef duraient vingt ans, ce qui n'était pas sain. J'avais signé pour cinq ans. Je ne sais pas ce qu'il en était pour Jean-Philippe Ceppi. Mais je trouve ce développement un tout petit peu inquiétant.

- Est-ce que vous vous sentez solidaire de Jean-Philippe Ceppi?

D. P.: Oui, incontestablement. Aujourd'hui, j'ai envie d'être solidaire de lui. Je sais ce qu'une personne peut éprouver lorsque, tout à coup, après avoir beaucoup travaillé, elle se fait jeter. C'est un sentiment extrêmement humiliant.

- Comment passer ce cap? Avez-vous des conseils à donner à Jean-Philippe Ceppi?

D. P.: Il faut essayer de tourner la page. Mais en même temps, il ne faut pas minimiser le choc. Je crois qu'il y a un deuil à faire, un deuil que je n'ai d'ailleurs pas encore fait. Il faut se donner du temps, avant de prendre de nouvelles orientations. Mais aussi pour se reconstruire, car un tel licenciement est très destructeur.

- Est-ce que vous seriez prêt à remplacer Jean-Philippe Ceppi, si on vous le proposait?

D. P.: La question est prématurée. Cette offre ne m'a d'ailleurs pas été faite. Cela dit, tout est ouvert. J'ai plusieurs projets auxquels je suis en train de réfléchir. Mais je me suis promis de ne pas retravailler avant le 1er mai, précisément pour me donner du temps.

Caroline Zuercher


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