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La vraie vie au Brésil de Pierre Landolt

(Keystone)

Suisse en Suisse, Brésilien au Brésil, l'héritier de Sandoz se partage entre son pays natal et le Nordeste où l'administrateur de Novartis et Syngenta pratique l'agriculture bio: «Je suis ravi d'être schizophrène, d'avoir un pied dans les deux mondes». Portrait.

Personnage riche dans tous les sens du terme, chaleureux, généreux, suractif mais empli néanmoins de quelques contradictions, Pierre Landolt méritait bien les feux des projecteurs.

C'est désormais chose faite pour cet homme qui a plutôt recherché la discrétion que la surexposition médiatique. Sa mère Nicole, une nonagénaire qui n'a pas sa langue dans la poche, le dit avec la franchise qui la caractérise: «Il ressemble à son grand-père. Il faut toujours courir derrière lui, si on veut être avec lui. Il est exquis, mais compliqué...»

Riche en termes d'argent, Pierre Landolt l'est, même s'il ne roule pas en Rolls et ne collectionne pas les yachts de plaisance. Mais la Fondation de famille Sandoz qu'il préside est l'héritière d'une fortune d'une bonne demi-douzaine de milliards de francs.

Ce qui fait de sa famille – sa mère Nicole née Sandoz et son frère François, passionné de théâtre – l'un des trois ou quatre Suisses parmi les plus riches du pays.

Son grand-père du côté maternel n'est autre que le peintre et sculpteur Edouard-Marcel Sandoz, fils du fondateur de Sandoz à Bâle (aujourd'hui Novartis), qui a créé en 1964 une fondation de famille prônant l'esprit d'entreprise et l'innovation, de même que le respect de la tradition industrielle suisse.

De la banque à l'horlogerie

Présente dans la banque, la pharmacie, la haute horlogerie, les télécommunications et l'hôtellerie, la famille Landolt se trouve en très bonne compagnie avec d'autres héritiers de groupes pharmaceutiques comme Ernesto Bertarelli et la famille Oeri-Hoffmann.

Riche aussi sur le plan personnel, Pierre Landolt passe une bonne partie de sa vie à développer des projets écologiques en Suisse comme au Brésil, comme le montre le film intitulé Pierre Landolt, du rêve à l'action présenté au Festival de Soleure 2009.

Ce documentaire d'une heure est signé par la cinéaste Emmanuelle de Riedmatten (Blandine et les siens, Vivement samedi!). Pour sa réalisation, la Valaisanne a suivi le personnage central pendant des mois, de Bâle où il participe aux séances des conseils d'administration de Novartis et Syngenta jusqu'au lointain Nordeste brésilien où il possède une ferme de 3000 hectares dans l'Etat de Paraïbo, territoire frappé par la semi-sécheresse.

Il y pratique l'agriculture biologique et l'élevage «doux» de bétail suisse, comme il le fait dans les Alpes vaudoises, à Rossinières où il a acquis deux chalets d'alpage pour y produire des tommes de chèvre et des plantes médicinales.

Sur son identité, Pierre Landolt affiche pleinement sa multi-culturalité: «J'ai trois nationalités. Suisse en Suisse, Français en France et Brésilien au Brésil», déclare-t-il dans le documentaire, lui qui a épousé une Française, Catherine née Clermont-Tonnerre, qui a étudié à Paris et partage son temps entre son domicile de La Tour-de-Peilz, au bord du Léman, et sa ferme du Nordeste où il considère que c'est là «la vraie vie».

Contradiction sur les OGM

Mais c'est dans le domaine controversé des organismes génétiquement modifiés (OGN) qu'il affiche une certaine contradiction. En tant membre du conseil de Syngenta, leader mondial de l'agrobusiness qui a son siège à Bâle, et qui emploie plus de 21'000 personnes dans 90 pays, il soutient indirectement la recherche et le développement du marché des semences commerciales à haute valeur ajoutée.

Sur le plan personnel toutefois, il proscrit toute utilisation des OGM sur ses terres brésiliennes, où il cultive la mangue et le jatropha: «J'ai encore d'autres projets qui concernent le développement du maïs, de la grenade et des alicaments, toujours sans trace d'OGM», confie-t-il au Salon international de la Haute-Horlogerie, à Genève, où il est de passage en coup de vent entre quelques séances de conseil d'administration.

Bien sûr, il a une réponse toute faite à cette contradiction quasi-existentielle: «Je suis ravi d'être schizophrène, explique-t-il à Emmanuelle de Riedmatten. C'est merveilleux d'avoir un pied dans les deux mondes». Il ne désespère pas voir évoluer la société bâloise dans un sens qui lui convient mieux. «Tous les chemins mènent à Rome!»

Que pense-t-il de cette image schizo qui lui colle à la peau? «La cinéaste a eu l'entière liberté de faire son film et c'est son œuvre», réagit-il. Mais, dans son œil luit la satisfaction d'être la cible d'un portrait de «personnalité plurielle à la vie éclatée», selon l'expression de la réalisatrice. Le portrait d'un homme «extra-ordinaire» qui jette des ponts entre deux mondes qui s'ignorent.

swissinfo, Olivier Grivat

De la voile aux ballons

Logo. Le film Pierre Landolt, du rêve à l'action commence sur des images dynamiques du navigateur suisse Bernard Stamm à bord de son voilier. Comme d'autres navigateurs au long cours, ses voiles sont marquées du logo de la Banque Landolt, la banque privée appartenant à la famille. C'est aussi un hommage à son frère Marc-Edouard Landolt – que tout le monde appelait Marco – décédé il y a quelques années et qui était un féru de course au large.

Bonté. De nombreux navigateurs doivent leur carrière à sa générosité.

Horlogerie. Autre société familiale qui joue volontiers les sponsors, la marque horlogère Parmigiani. La marque de Fleurier, lancée avec le maître-horloger Michel Parmigiani, est présente dans le domaine du ballon à air chaud.

Palace. Façade la plus luxueuse de la fortune des Landolt, le Beau-Rivage Palace de Lausanne est l'un des fleurons de l'hôtellerie suisse, avec son bâtiment dont la construction remonte à 150 ans.

Etoiles. La famille possède aussi le plus haut 5 étoiles d'Europe, le Riffelalp Resort, à 2222 mètres d'altitude, au-dessus de Zermatt, ainsi que le Palafitte, un hôtel dressé sur pilotis sur le lac de Neuchâtel.

Pharma. Enfin, la famille possède 3% des actions du groupe pharmaceutique Novartis, formé par la fusion des Laboratoires Sandoz et de Ciba-Geigy en 1996.

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