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Les cloches, une émotion ancestrale

«Noyau» et «fausse cloche», des techniques ancestrales.

(swissinfo.ch)

Noël est indissociable du son des cloches… Or à Aarau, on coule des cloches d’église depuis le 14e siècle en tout cas.

Visite à la fonderie Rüetschi S.A., la seule entreprise suisse à pratiquer encore cette industrie ancestrale.

L’odeur de Noël, c’est la mandarine et le sapin. Le son de Noël, ce sont les cloches, qui résonnent dans les rues froides.

Ainsi, cette année, «Barbara» vit et sonne son 636e Noël. Barbara, 2000 kilos, une cloche de la Cathédrale de Fribourg, sur laquelle est gravé en latin: «Coulée en l’an de grâce 1367, au mois d’octobre, par le maître Walter Reber d’Aarau».

A l’époque, «les fondeurs de bronze étaient répartis largement dans toute l’Europe. Le travail des cloches est venu d’Irlande, vers le 8e-9e siècle», explique René Spielmann, directeur de l’entreprise Rüetschi S.A.

Spécificité d’Aarau: cette tradition s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui, passant de famille en famille, sans interruption. Si d’autres fonderies existent encore en Suisse, plus aucune ne produit de cloches d’église.

Pour l’entreprise argovienne, la concurrence vient aujourd’hui de France, d’Allemagne, d’Italie. Ce qui ne l’empêche pas d’exporter ses produits, et cela depuis une centaine d’années. Des cloches ‘made in Aarau’ sonnent en Europe comme en Amérique latine, aux Etats-Unis, au Ghana ou aux Philippines…

Le temps arrêté

Etrange impression que de se promener dans les ateliers Rüetschi, non loin de la gare. Le sentiment que le temps s’est arrêté. Peut-être pas au Moyen-Age, mais au début du 19e siècle.

Les grandes cloches sont fabriquées comme elles l’ont toujours été. Construction d’un «noyau» de brique, recouvert d’argile. Puis de la «fausse cloche» ou «cloche perdue», en argile également. Et enfin de la «chape», ou «manteau», toujours en argile.

Une fois ces trois étapes réalisées, on retire la fausse cloche, et l’espace libéré est rempli de métal en fusion (un alliage de 79% de cuivre et de 21% d’étain). Le noyau permet de mouler la face interne de la cloche, et la chape sa face externe.

Une technique qui remonte à la nuit des temps. Mais la technologie, même si on ne la repère pas au cours de cette phase du travail, est passée par là.

Elle intervient notamment dans la préparation des gabarits, qui peut être assistée par ordinateur. Et surtout dans l’incroyable précision atteinte désormais en matière d’accordage, grâce à des analyseurs de fréquence. A noter qu’une cloche, ce n’est pas un son simple, mais une tonalité principale à laquelle s’ajoute toute une série d’harmoniques longues.

La musique avant tout

Voilà pour l’aspect fabrication. Mais tout commence en fait par une analyse de la tonalité exigée, qui sera fonction des désirs du client ou, plus souvent, des impératifs du lieu.

La tonalité exacte d’une cloche se choisit en fonction de son environnement sonore: les cloches qui se trouvent dans le même beffroi, et celles des autres églises de la ville. Car une nouvelle cloche doit s’insérer dans le contexte harmonique de toute une cité!

Et une cloche… n’est pas qu’une cloche, comme l’explique René Spielmann: «Une cloche, c’est un instrument de musique. Il y a la cloche elle-même, mais aussi une caisse de résonance, qui est le clocher, et ce qui tient la cloche, le joug. Tout cela fait partie de l’instrument. C’est cet ensemble, et la maintenance de cet ensemble, qui peut garantir la justesse de la tonalité et la qualité acoustique».

C’est sur l’ensemble de ces données que porte donc le travail de l’entreprise argovienne, qui inclut de nombreux corps de métier, de l’ingénieur au forgeron.

Un signal ancestral

La cloche, symbole religieux, mais symbole socio-politique également. Le tocsin annonce les catastrophes. Et les cloches battent aussi à toute volée le 1er août, jour de la fête nationale, ou en cas de manifestation.

La cloche, moyen de communication, renvoie ainsi à sa fonction ancestrale, puisque si elle est devenue un symbole chrétien, son histoire remonte bien au-delà de l’histoire chrétienne. A l’Age du Bronze, où des ‘plaques acoustiques’, sortes de pré-cymbales, jouaient le rôle d’émetteurs de signaux…

«Dans la réalité du travail, une cloche est une chose comme une autre, avec ses contingences. Mais le fait que l’objet aura une longévité beaucoup plus grande que celui qui le fabrique lui donne une dimension vraiment émotionnelle», relève René Spielmann.

Cette «dimension émotionnelle», il n’y a pas que le fabriquant qui la ressente. Chacun ou presque est touché par le son des cloches. René Spielmann a-t-il une explication?

«D’abord, une cloche a une tonalité, une énergie très fortes, réellement physiques. Le deuxième point, c’est sa musicalité, qui influe sur les sentiments. Et puis il y a le fait que les cloches accompagnent un individu toute sa vie».

Oui, les cloches balisent la vie de chacun, croyant ou non. Elles ponctuent les moments-clé d’une existence, mariages ou enterrements – comme dans la chanson de Piaf. Et, de façon plus anodine, mais persistante, elles rythment la journée, la semaine, l’année.

Le 24 décembre, elles rappellent que Noël est une fête religieuse. Mais aussi, peut-être plus encore, une date, une étape, un moment de vie.

swissinfo, Bernard Léchot à Aarau

En bref

- L’entreprise Rüetschi S.A., à Aarau, est la seule de Suisse à fabriquer encore des cloches d’église. Une industrie qui s’est développé dans le chef lieu argovien depuis plus de six siècles.

- Elle produit 20 à 30 cloches d’église par an, selon une technique traditionnelle, des cloches qui résonnent aujourd’hui dans une trentaine de pays.

- La plus lourde d’entre elles a été coulée pour l’église catholique de Gossau. Elle pèse 8695 kilos!

- Jusqu’en 1869, la fonderie d’Aarau produisait des cloches d’église… et des canons! De nos jours, Rüetschi S.A. pratique également la fonderie d’art et la fonderie industrielle.

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