Navigation

Sauter la navigation

Fonctionnalités principales

Les dessins aériens de jeunes artistes au Musée Rath

Monica Germann et Daniel Lorenzi, Björk, gouache sur papier. © Collection particulière, Courtesy les artistes

A Genève, le Musée Rath présente les œuvres d’une quarantaine de jeunes artistes suisses qui ont choisi le dessin comme moyen d’expression. Pertinentes ou naïves, ces œuvres, conçues entre 1990 et 2010, sont le reflet d’une société prise entre peurs et joie de vivre.

S’envoyer en l’air. C’est ce que propose d’emblée l’immense dessin mural qui s’offre au regard une fois franchi le seuil du musée. S’il fallait à tout prix trouver un fil rouge à l’exposition présentée au Rath sous le titre «Voici un dessin suisse (1990-2010)», il serait dans la joie de s’éclater… en prenant de l’altitude. Ce qui est le cas ici puisque le dessin en question, signé Ingo Giezendanner, reproduit l’intérieur d’un avion, avec vue sur le bas. Le bas monde figuré en minuscule, tandis que dans les airs le bonheur se déguste en majuscule.

Des écrans, rien que des écrans, pour les voyageurs d’en haut, installés sur leurs sièges, nez collés à leurs minuscules télévisions, petites lucarnes ouvertes sur les rêves. En attendant que ceux-ci se fracassent, une fois la terre retrouvée, poursuivons notre visite au musée où les artistes exposés (au nombre de 40, issus des différentes régions linguistiques suisses) semblent chercher dans leurs dessins une forme d’élévation.

La BD, le graffiti, le dessin animé

Il y a ceux dont la hauteur de vue sidère. Et il y a ceux qui vous laissent pantois, tant leurs œuvres sont terre à terre. De ces derniers on parlera moins. On dira tout simplement que leurs dessins auraient plutôt trouvé leur place sur les murs d’une salle de cours.

D’ailleurs, certains de ces artistes, comme Josse Bailly, ont à peine terminé leurs études aux Beaux Arts. Cela ne préjuge pas de leur talent. Mais leur crayon est encore simpliste, il se cherche et se montre parfois mimétique d’une culture pop mal assimilée qui mêle avec fracas le style BD, le graffiti ou le dessin animé.

Leur beauté (on peut toujours en trouver une), c’est leur jeunesse. Quelques uns d’entre eux sont nés dans les années 80. Ils sont l’avenir d’une Suisse artistique dont les aînés, connus ou déjà célèbres, s’appellent Hugo Rondinone, Didier Rittener, Joëlle Flumet, Marc Bauer, Alain Huck…

Ce dernier occupe une place privilégiée dans l’exposition. Une salle, rien qu’à lui ! Normal, son œuvre est monumentale, par sa visée comme par l’espace qu’elle occupe. «VSH (vite soyons heureux, il le faut je le veux)»: c’est son titre. Tout un programme ! Soit 269 dessins et autant d’instants de vie faits de torture, d’exaltation, d’amour, de rejet, d’injustice, de fuite, de fidélité, de vigilance, de relâchement… Bref, une histoire de l’humanité. L’ensemble se lit comme un long poème existentialiste, brillant sous une verrière posée à même le sol.

Clin d’œil à Pasolini

Autre vertige dans la salle d’à côté, celui-là donné par l’œuvre intelligente et critique de Marc Bauer. Une vision grimaçante du machisme vue à travers la dictature de Mussolini. Les Chemises noires («History of Masculinity II»), jeunes élèves à l’école du fascisme, côtoient ici quatre portraits d’hommes présentés sous ce titre: «Salò». Y voir un jeu de mots et un clin d’œil au célèbre film éponyme de Pasolini qui racontait les agissements odieux de quatre fonctionnaires dans une république totalitaire.

Plus légers, mais tout aussi critiques sont les dessins de Monica Germann & Daniel Lorenzi qui donnent, quant à eux, dans le registre caricatural. Une vingtaine de têtes anonymes («Personenporträts»), noires, jaunes ou blanches, fines ou pesantes, s’offrent comme le reflet mat des célébrités couchées sur le papier brillant des magazines people.

«Voici un dessin suisse», c’est la société de ces 20 dernières années, figurée à travers la surconsommation d’images (les écrans, en grand nombre dans l’exposition); à travers les peurs collectives de toujours, entendez les guerres (les obus de l’artiste zougoise Sabina Baumann dormant sur les bords de l’Hudson, face à Manhattan); à travers, enfin, les angoisses intimes (les paysages dévastés et lunaires du Zurichois Andreas Dobler) déjouées souvent par l’humour.

L’exposition, hybride dans ses formes comme dans son contenu, est également une vitrine pour les créateurs de ce pays. Certains y brillent par leur pertinence, d’autres s’y perdent par leur naïveté. Il reste néanmoins le plaisir de la découverte, déjà offert au public, sur le même thème, au début des années 1980.

A cette époque-là, le Musée Rath présentait «Le dessin suisse 1970-1980». Mais depuis, les audaces ont évolué. Y aura-t-il un troisième volet dans trente ans ? Histoire de s’envoyer en l’air un peu plus.

Ghania Adamo, swissinfo.ch

Genèse de l’exposition

Au début des années 1980, le Musée Rath avait hébergé «Le dessin suisse 1970-1980», une exposition organisée par Charles Goerg alors conservateur du Cabinet des estampes, à Genève.

Trente après, «Voici un dessin suisse (1990-2010)» «opère une nouvelle coupe transversale dans les pratiques artistiques, proposant un bilan de la scène suisse contemporaine du dessin». Elle réunit une quarantaine d’artistes «qui, dans leur univers créatif, accordent au dessin une place privilégiée».

Selon Julie Enckell Julliard, commissaire de l’exposition, «la Suisse a toujours prêté une attention particulière à ce médium qu’elle considérait, dans les années 60 déjà, comme la quintessence da l’Art conceptuel».

L’exposition est organisée par le Musée Jenisch de Vevey en collaboration avec le Musée d’art et d’histoire de Genève. Elle s’accompagne d’un catalogue. Le Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève s’est associé au projet, proposant plusieurs œuvres de ses collections.

Fin de l'infobox

Pratique

«Voici un dessin suisse (1990-2010)». A voir au Musée Rath, Genève. Jusqu’au 15 août

Fin de l'infobox


Liens

Neuer Inhalt

Horizontal Line


Rejoignez notre page Facebook en français!

subscription form - French

newsletter

Inscrivez-vous à notre newsletter gratuite et recevez nos meilleurs articles dans votre boîte mail.