Les filles toujours victimes de discrimination

Keystone Archive

L'ONU a ouvert mercredi une session sur les droits de l'enfance. La délégation suisse se battra notamment pour l'égalité entre garçons et filles.

Ce contenu a été publié le 08 mai 2002 - 19:11

La session extraordinaire de l'Assemblée générale des Nations Unies consacrée aux enfants se tient du 8 au 10 mai à New York. L'occasion de faire le point sur les progrès réalisés depuis le Sommet mondial pour les enfants, en 1990.

Vaste programme

Malgré les améliorations réalisées en 12 ans, les droits des enfants sont encore bafoués dans de nombreux pays. La liste est trop longue pour être citée de manière exhaustive. Mais il suffit de songer à la pédophilie, à l'utilisation d'enfants soldats ou au travail forcé pour comprendre qu'il reste beaucoup à faire.

La liste des engagements que la Suisse entend faire inscrire dans le document de conclusion de la session est très longue. Cela va du droit à la santé à l'éradication de la pauvreté, en passant par la lutte contre l'exploitation sexuelle.

Un thème tient cependant particulièrement à cœur à la délégation suisse, emmenée par l'ambassadeur Jean-François Giovannini: l'égalité des chances entre garçons et filles. En effet, dans de nombreux pays, les filles sont discriminées dès le berceau.

Mortes parce que femmes

Cette discrimination est constatée par de nombreuses organisations suisses ou basées en Suisse. La section suisse de l'UNICEF a d'ailleurs basé sa campagne 2001-2002 sur ce thème.

«Dans les familles pauvres, le peu qu'il y a pour vivre est réparti à l'avantage des garçons, note UNICEF-Suisse. Des études montrent que les filles sont allaitées moins longtemps, qu'elles sont plus mal nourries et ne reçoivent guère ou pas de soins médicaux.»

Des méthodes qui ont des conséquences souvent fatales. Selon les chiffres de l'UNICEF, quelque 1,5 million d'enfants meurent chaque année parce qu'ils sont de sexe féminin. Pire: des bébés sont parfois délibérément tués en raison de leur sexe. C'est notamment le cas en Chine.

Souvent privées d'école

Les filles sont souvent exclues du système d'éducation. Responsable du Secteur Sud de l'Action de carême, Yvonne Buschor a pu par exemple constater ce phénomène en Bolivie, où est mené le projet DNI (Defensa de los Niños y Niñas International).

«Il faut distinguer la situation en ville et à la campagne, explique Mme Buschor. En ville, les filles vont plus facilement à l'école. Elles doivent toutefois accomplir des tâches ménagères à la maison et, parfois même, travailler pour payer l'école. A la campagne, les filles ne vont souvent pas à l'école.»

«Cette situation est due à la tradition et à la pauvreté, poursuit Yvonne Buschor. Les filles ne reçoivent pas la même formation que les garçons. Car leur utilité économique est considérée comme plus faible. Or, c'est une idée fausse. Le travail des femmes, notamment dans les domaines de la subsistance et de l'éducation des enfants, est totalement sous-estimé.»

Dans de nombreuses régions du monde, les filles ont un accès limité à l'école. Selon la publication onusienne «Afrique Relance», cette discrimination est particulièrement marquée en Afrique sub-saharienne, en Asie du Sud-Est, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Moins bien soignées

Les discriminations dont sont victimes les filles se retrouvent également au niveau de la santé, ainsi que le montre une étude réalisée en milieu urbain par le Conseil international des infirmières (CII), une organisation basée à Genève. «Les services voués à leur santé et à leur développement accusent souvent un grand retard», note le CII.

D'après de nombreuses études, les raisons de cette discrimination sanitaire sont généralement les mêmes que pour la discrimination scolaire. Le faible taux de scolarisation des filles accentue par ailleurs les problèmes de santé.

«Tout le système de santé est amélioré par l'éducation de la jeune fille, explique le Dr. Mireille Kingma, du CII. L'éducation empêche des grossesses parmi les adolescentes; les enfants nés de femmes qui ont reçu une certaine éducation grandissent d'une façon plus saine et sont mieux nourris.»

Problèmes en Suisse aussi

On serait tenté de croire que les discriminations dont sont victimes les filles épargnent la Suisse. Effectivement, rien dans la législation helvétique n'est discriminatoire, indique Patricia Schulz, directrice du Bureau fédéral de l'égalité entre femmes et hommes.

Mais certains comportements sont encore discriminatoires, spécialement dans le domaine de l'éducation. Les jeunes filles sont cantonnées dans certains domaines d'activités, alors que le choix des garçons est beaucoup plus large.

«Les garçons reçoivent entre trois et quatre fois plus souvent un ordinateur que les filles, relève Patricia Schulz. Quand on sait l'importance qu'a l'informatique dans notre existence, le choix des cadeaux par les parents aura des conséquences.»

«On reproduit beaucoup de stéréotypes qui sont souvent défavorables à l'égard des filles, poursuit Mme Schulz. Pour changer la situation, il faut sensibiliser les parents et les enseignants.»

swissinfo/Olivier Pauchard

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