Le ciel se dégage (un peu) pour le Gripen

Il faudra encore du temps avec que le Gripen prenne son envol en Suisse. Keystone

Les députés ont accepté mercredi de libérer 3,1 milliards de francs pour l’achat de 22 Gripen. Mais il n’est pas pour autant certain que ces avions de combat de la firme suédoise Saab voleront un jour dans le ciel suisse: ses adversaires ont d’ores et déjà annoncé le lancement d’un référendum.

Ce contenu a été publié le 11 septembre 2013 - 16:22
Olivier Pauchard, Palais fédéral, Berne, swissinfo.ch

Comme attendu, l’achat de nouveaux avions de combat a provoqué une belle empoignade dans les travées du Conseil national (Chambre basse). Les députés en ont débattu toute la matinée pour finalement accepter, par 114 voix contre 70, de débloquer les 3,126 milliards de francs nécessaires.

Sans surprise, l’opposition est venue principalement des rangs de la gauche, mais également des Verts libéraux. Malgré certaines réticences initiales, la droite a quant à elle fait bloc derrière le ministre de la Défense Ueli Maurer.

Les Suisses ne sont pas des resquilleurs

La question de fond consiste à savoir si l’armée suisse a réellement besoin de dépenser plus de trois milliards pour moderniser ses forces aériennes. Pour les opposants, la réponse est clairement non.

«Cet achat est insensé, c’est du gaspillage, a notamment déclaré la députée socialiste Evi Alleman. Cet argent pourrait être mieux utilisé ailleurs, dans le social notamment. Un scénario de guerre aérienne est tellement improbable qu’il ne vaut pas la peine d’y consacrer des milliards. Les risques qui menacent la Suisse ne sont pas de nature militaire.»

A la tribune, plusieurs orateurs ont d’ailleurs rappelé que la Guerre froide était terminée depuis bien longtemps et que l’Europe était désormais pacifiée. Les risques d’une attaque aérienne contre la Suisse, entourée de pays amis, sont donc totalement irréalistes. Quant à la nécessaire mission de police aérienne, elle peut être menée avec les moyens actuels, d’autant qu’une collaboration avec les pays voisins est possible.

Visiblement partisan de l’adage Si vis pacem para bellum (Qui veut la paix prépare la guerre), Ueli Maurer – et la droite avec lui – a insisté sur le fait que la situation actuelle ne préjuge en rien de l’évolution future. «C’est un achat pour les 30 à 40 prochaines années. Il faut des garanties par rapport à ce qui pourrait se produire. Nous sommes aujourd’hui le 11 septembre. Or les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis ont été l’exemple même d’un événement qui n’avait pas été prévu.»

Quant à la collaboration avec les pays voisins, elle n’empêche pas l’acquisition de nouveaux avions, bien au contraire. «Cet achat représente une contribution essentielle de la Suisse à la sécurité de l’Europe. On ne peut pas laisser les pays voisins payer leur défense aérienne et nous contenter d’en profiter. D’ailleurs, qui viendrait aider la Suisse, si elle se comportait en simple resquilleur?», s’est demandé le ministre de la Défense.

Un 4 X 4 solide

L’autre grand débat consiste à savoir si le Gripen est vraiment l’avion qui convient à la Suisse. «Cet avion est une erreur de casting tant sur la forme que sur le fond, a jugé le député socialiste Pierre-Alain Fridez. Sur le fond, nous n’avons plus besoin d’un avion de combat depuis la fin de la Guerre froide. Sur la forme, le Conseil fédéral s’est prononcé pour l’avion le moins performant, un avion de second choix, pour des raisons de plafonnement financier.»

Mais au cours des derniers mois, des représentants de la droite avaient eux aussi fait part de leur scepticisme face à l’avion suédois, jugé bien moins performant que deux compétiteurs écartés par le gouvernement, le français Rafale et l’européen Eurofighter.

«Le choix du matériel n’a pas fait l’unanimité, a reconnu la députée libérale-radicale (droite) Corina Eichenberger. Toutefois, nous n’achetons pas une Ferrari, mais un 4 X 4 solide et adapté aux conditions du terrain. L’évaluation des experts est, de notre point de vue, irréprochable.»

Plusieurs députés se sont aussi inquiétés du fait que la version que la Suisse veut acheter (le Gripen E) est encore en cours de développement. Or 3 milliards, c’est peut-être un peu cher pour un avion qui ne vole encore que «sur le papier».

Mais pour Corina Eichenberger, toutes les précautions ont été prises. «Les dispositions du contrat passé avec la Suède sont décisives, car elles permettent de réduire ces risques. La Suisse, qui a reçu une assurance de la part de l’Etat suédois», pourra bloquer le marché en cas de non-respect des clauses.

Le ministre de la Défense s’est même montré enthousiaste face à la solution choisie. «Le contrat est particulièrement avantageux. Le prix est resté identique, alors que l’avion a été amélioré, notamment au niveau électronique. Et nous avons une garantie de l’Etat suédois; nous ne sommes pas livrés simplement à un avionneur», a-t-il dit.

Référendum en vue

Même si le Gripen n’a jamais suscité un véritable enthousiasme de la part des élus, les députés de droite ont finalement fait taire leurs doutes et voté pratiquement en bloc. Peut-être pour ne pas brouiller le message quant à la nécessité d’un nouvel avion. «Ne vous associez pas à la gauche qui recherche d’autres objectifs et qui ne veut pas d’armée du tout. Prenez vos responsabilités», les a exhortés le démocrate du centre (droite conservatrice) Hans Fehr.

Le dossier repasse maintenant à la Chambre haute. En mars dernier, les sénateurs avaient approuvé le principe de l’achat, mais ils doivent encore accepter les modalités de financement.

Il semble toutefois que le dossier ne s’arrêtera pas au niveau parlementaire. Les opposants ont d’ores et déjà annoncé leur intention de lancer le référendum. La partie n’est pas gagnée d’avance pour Ueli Maurer. Selon le dernier sondage en date, 60% des Suisses seraient opposés à l’achat d’un nouvel avion. La piste d’envol du Gripen n’est de loin pas encore totalement dégagée…

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